Rubellite : le guide de référence
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La rubellite est une tourmaline naturelle dont la couleur varie du rose soutenu au rouge, en passant par le rouge violacé, le rouge framboise et parfois le rouge légèrement orangé. Elle fait partie des variétés de tourmaline les plus recherchées en joaillerie, notamment lorsque sa couleur demeure vive et suffisamment lumineuse malgré une forte saturation. Les plus beaux spécimens peuvent présenter des teintes rappelant celles du rubis ou du saphir rose, tout en conservant les propriétés gemmologiques caractéristiques de la tourmaline.
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, la rubellite n’est pas une espèce minérale distincte. Le terme est utilisé dans le commerce des gemmes pour désigner certaines tourmalines roses à rouges, principalement des tourmalines appartenant à l’espèce elbaïte. La frontière entre une simple « tourmaline rose » et une rubellite n’est cependant pas définie par une norme minéralogique universelle : certains professionnels réservent le nom rubellite aux pierres rouges ou rouge rosé fortement saturées, tandis que d’autres l’utilisent également pour certaines tourmalines d’un rose intense.
La couleur de la rubellite est principalement associée au manganèse et aux mécanismes d’absorption de la lumière qui se produisent dans sa structure cristalline. La composition chimique particulièrement complexe des tourmalines permet une grande variété de substitutions entre différents éléments, ce qui explique l’extraordinaire diversité de couleurs observée dans ce groupe minéral.
La rubellite en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom | Rubellite |
| Nature | Variété commerciale de tourmaline rose à rouge |
| Espèce la plus fréquente | Elbaïte |
| Groupe minéral | Groupe de la tourmaline |
| Formule de l’elbaïte | Na(Li₁.₅Al₁.₅)Al₆Si₆O₁₈(BO₃)₃(OH)₄ |
| Classe minérale | Borosilicates |
| Système cristallin | Trigonal |
| Couleur | Rose intense, rouge rosé, rouge, rouge violacé, parfois rouge orangé |
| Principal élément associé à la couleur | Manganèse |
| Dureté | 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs |
| Densité | Environ 3,0 à 3,2 selon la composition |
| Indice de réfraction | Environ 1,624 à 1,644 |
| Biréfringence | Environ 0,018 à 0,040 |
| Caractère optique | Uniaxe négatif |
| Éclat | Vitreux |
| Transparence | Transparente à translucide |
| Pléochroïsme | Souvent visible à fort |
| Clivage | Faible à indistinct |
| Forme cristalline caractéristique | Cristaux prismatiques allongés à section triangulaire |
| Principales provenances | Brésil, Nigeria, Mozambique, Madagascar, Afghanistan et autres régions pegmatitiques |
| Présence de tourmalines au Québec | Oui |
| Production importante de rubellite gemme au Québec | Non connue comme provenance commerciale majeure |
Les valeurs physiques peuvent légèrement varier d’une rubellite à une autre, car « rubellite » désigne une variété de couleur plutôt qu’une espèce minérale possédant une composition chimique parfaitement fixe. La majorité des rubellites gemmes sont toutefois des elbaïtes riches en lithium, dont les propriétés se situent généralement dans les intervalles caractéristiques des tourmalines utilisées en joaillerie.
Qu’est-ce qu’une rubellite?
La rubellite est une tourmaline rose intense à rouge appartenant généralement à l’espèce minérale elbaïte. Son nom provient du latin rubellus, signifiant approximativement « rougeâtre ». Dans le commerce des pierres gemmes, le terme permet de distinguer les tourmalines présentant des couleurs rouges ou rose rouge particulièrement soutenues des tourmalines simplement décrites comme roses.
Cette distinction reste cependant commerciale plutôt que strictement minéralogique. Il n’existe pas de valeur précise de teinte, de saturation ou de tonalité à partir de laquelle une tourmaline rose devient officiellement une rubellite. Une pierre rouge framboise intense sera généralement reconnue comme rubellite sans difficulté, tandis qu’une tourmaline rose pâle sera habituellement commercialisée simplement comme tourmaline rose. Entre ces deux extrêmes existe une zone où les appellations peuvent varier selon les vendeurs, les laboratoires et les habitudes du marché.
La rubellite ne doit donc pas être considérée comme une espèce séparée de la tourmaline. Une analyse minéralogique peut déterminer que la pierre appartient par exemple à l’elbaïte ou, plus rarement, à une autre espèce du groupe de la tourmaline, tandis que le terme rubellite décrit essentiellement son apparence et sa couleur.
Pourquoi la rubellite est-elle rouge ou rose?
La couleur d’une tourmaline dépend de la manière dont sa structure cristalline absorbe certaines longueurs d’onde de la lumière visible. Les tourmalines possèdent une composition extrêmement variable dans laquelle plusieurs éléments peuvent se substituer les uns aux autres. De très petites variations chimiques peuvent donc produire des différences spectaculaires de couleur, allant de l’incolore au noir en passant par le vert, le bleu, le jaune, le rose et le rouge.
Dans les tourmalines roses et rouges, le manganèse joue un rôle particulièrement important. Différents états d’oxydation du manganèse ainsi que des centres colorés associés à l’irradiation naturelle peuvent modifier les bandes d’absorption du cristal et produire des teintes allant du rose tendre au rouge fortement saturé. Une rubellite n’a donc pas nécessairement une concentration spectaculaire de manganèse : de petites quantités incorporées à la structure peuvent suffire lorsqu’elles se trouvent dans les conditions chimiques appropriées.
Le rôle du manganèse
Le manganèse peut être incorporé dans la structure de la tourmaline pendant la cristallisation. Ses différents états électroniques modifient la manière dont le cristal interagit avec la lumière. Les absorptions produites réduisent certaines parties du spectre visible et laissent dominer les longueurs d’onde perçues par l’œil humain comme roses, rouges ou rouge violacé.
La concentration en manganèse n’est toutefois pas le seul facteur qui détermine l’apparence finale. La présence de fer, la distribution des éléments dans le cristal, l’orientation cristallographique, les centres colorés et les phénomènes d’irradiation naturelle peuvent tous modifier la couleur obtenue.
Irradiation naturelle et centres colorés
Certaines tourmalines roses ou rouges doivent également une partie de leur couleur à des centres colorés créés naturellement par l’exposition à des rayonnements provenant de leur environnement géologique. Des éléments radioactifs présents à proximité dans les pegmatites peuvent fournir, sur de très longues périodes, l’énergie nécessaire pour modifier l’état électronique de certains défauts du cristal.
Cela permet d’expliquer pourquoi deux tourmalines chimiquement proches peuvent présenter des couleurs très différentes. Une pierre peut être rose pâle alors qu’une autre, provenant du même environnement pegmatitique, développe un rouge framboise beaucoup plus soutenu.
Composition chimique et structure cristalline
La tourmaline ne correspond pas à une seule composition chimique. Il s’agit d’un groupe extrêmement complexe de borosilicates comprenant plusieurs dizaines d’espèces minérales reconnues. Les différentes espèces possèdent la même architecture cristalline générale, mais certains éléments occupant les différents sites du réseau peuvent varier considérablement.
La rubellite appartient le plus souvent à l’elbaïte, une tourmaline riche en lithium et en aluminium dont la formule idéale peut être représentée par Na(Li₁.₅Al₁.₅)Al₆Si₆O₁₈(BO₃)₃(OH)₄. Dans les cristaux naturels, cette formule idéale est rarement respectée exactement. Du manganèse, du fer, du calcium, du magnésium, du fluor et plusieurs autres éléments peuvent s’introduire dans la structure et modifier les propriétés du cristal.
Les tourmalines cristallisent dans le système trigonal. Les cristaux bien développés forment généralement des prismes allongés possédant des faces fortement striées parallèlement à leur longueur. Une coupe perpendiculaire à l’axe principal peut révéler une section triangulaire caractéristique, souvent aux côtés légèrement arrondis.
Cette croissance peut également produire un zonage de couleur spectaculaire. Un même cristal peut par exemple posséder un centre rose, une zone presque incolore et une terminaison verte. Les célèbres tourmalines « melon d’eau », avec leur centre rose entouré de vert, constituent l’un des exemples les plus connus de ce phénomène.
Propriétés physiques et optiques
La rubellite possède une dureté comprise approximativement entre 7 et 7,5 sur l’échelle de Mohs. Elle résiste donc relativement bien aux rayures rencontrées dans une utilisation normale en joaillerie. Elle demeure néanmoins moins dure que le corindon, auquel appartiennent le rubis et le saphir, et doit être protégée contre les chocs importants ainsi que contre le contact répété avec des matériaux plus durs.
Son indice de réfraction se situe généralement autour de 1,624 à 1,644 pour les tourmalines gemmes courantes. La rubellite possède également une biréfringence relativement importante qui peut atteindre environ 0,040. Sous grossissement, cette propriété peut parfois provoquer un dédoublement visible des arêtes des facettes lorsqu’elles sont observées dans certaines directions.
La tourmaline est optiquement uniaxe négative et présente souvent un pléochroïsme marqué. Cela signifie que la couleur et son intensité peuvent varier lorsque la pierre est observée selon différentes orientations cristallographiques. Une rubellite peut ainsi présenter une direction rouge foncé et une autre plus rose ou légèrement violacée.
Sa densité se situe généralement autour de 3,0 à un peu plus de 3,1 pour de nombreuses tourmalines rouges et roses, même si la composition chimique peut modifier cette valeur. Son éclat est vitreux et les pierres transparentes correctement facettées peuvent présenter une belle brillance, particulièrement lorsque leur couleur n’est pas trop sombre.
Comment se forme la rubellite?
La majorité des rubellites gemmes se forment dans des pegmatites granitiques évoluées. Les pegmatites sont des roches magmatiques caractérisées par des cristaux souvent très gros et par une concentration inhabituelle de certains éléments qui deviennent progressivement enrichis dans les derniers liquides issus de la cristallisation d’un magma granitique.
À mesure que le magma se refroidit, des éléments comme le lithium, le bore, le fluor et plusieurs éléments rares peuvent se concentrer dans les fluides résiduels. Ces environnements chimiquement particuliers sont particulièrement favorables à la formation d’elbaïte. Lorsque du manganèse est également disponible dans des conditions appropriées, certaines zones du cristal peuvent développer une coloration rose ou rouge.
Formation dans les pegmatites granitiques
Les cristaux de rubellite se développent fréquemment dans des cavités ou des zones riches en fluides à l’intérieur des pegmatites. Ils peuvent être associés au quartz, à l’albite, au microcline, à la lépidolite, au spodumène et à différents phosphates ou minéraux riches en lithium.
Les changements chimiques du fluide pendant la croissance peuvent produire plusieurs générations de tourmaline dans un même cristal. Une tourmaline initialement sombre peut progressivement devenir rose, rouge, verte ou incolore à mesure que la composition du liquide à partir duquel elle cristallise change.
Cristaux zonés
Le zonage constitue justement l’une des caractéristiques les plus remarquables des tourmalines pegmatitiques. Certaines rubellites sont uniformément rouges sur presque toute leur longueur, tandis que d’autres présentent plusieurs bandes de couleurs visibles parallèlement ou perpendiculairement à l’axe du cristal.
Cette architecture interne peut devenir particulièrement intéressante pour les collectionneurs. Lorsqu’un cristal conserve sa terminaison naturelle et présente une combinaison harmonieuse de rubellite avec du quartz, de la lépidolite ou une autre couleur de tourmaline, sa valeur comme spécimen minéralogique peut dépasser celle de la matière qui pourrait être obtenue en le taillant.
Où trouve-t-on la rubellite dans le monde?
La rubellite est connue dans plusieurs grandes régions pegmatitiques du monde. Les provenances les plus importantes pour le marché des gemmes comprennent notamment le Brésil et plusieurs pays africains, mais des tourmalines roses et rouges remarquables sont également connues en Afghanistan, à Madagascar et dans différentes régions possédant des pegmatites riches en lithium.
Brésil
Le Brésil constitue l’une des grandes références mondiales pour les tourmalines gemmes. L’État du Minas Gerais possède de nombreuses pegmatites ayant produit des cristaux de tourmaline de grande qualité dans une impressionnante variété de couleurs.
La mine de Cruzeiro est particulièrement connue pour ses tourmalines. Des poches pegmatitiques y ont produit des quantités importantes de cristaux roses et rouges, dont des rubellites transparentes pouvant être utilisées pour la taille. Certains cristaux brésiliens atteignent également des dimensions considérables.
Nigeria
Le Nigeria est une autre provenance importante de rubellite. Des gisements pegmatitiques de l’État d’Oyo ont notamment produit des tourmalines rouges de qualité gemme, et d’autres découvertes ont ensuite été signalées dans le pays.
Les rubellites nigérianes peuvent présenter des rouges intenses, des teintes rose rouge et parfois des nuances légèrement violacées. Comme dans les autres gisements pegmatitiques, la transparence et le degré d’inclusion peuvent varier considérablement d’un cristal à l’autre.
Mozambique
Le Mozambique est devenu une provenance majeure de tourmalines gemmes de différentes couleurs. Les pegmatites du pays sont particulièrement célèbres pour leurs tourmalines cuprifères de type Paraíba, mais elles peuvent également produire des tourmalines roses, violettes et rouges.
Certaines tourmalines mozambicaines montrent une chimie et des phénomènes de coloration particulièrement complexes. Des études gemmologiques ont notamment démontré l’influence du manganèse, de l’irradiation naturelle et du chauffage sur certaines couleurs observées dans ces matériaux.
Madagascar et Afghanistan
Madagascar possède de vastes provinces pegmatitiques produisant de nombreuses espèces de tourmaline, notamment de l’elbaïte. Les cristaux peuvent présenter des couleurs simples ou des zonages particulièrement complexes, parfois avec plusieurs couleurs réunies dans un même spécimen.
L’Afghanistan, notamment certaines pegmatites du Nuristan et des régions voisines, est également célèbre pour ses tourmalines gemmes. Les couleurs roses, rouges, vertes et bicolores peuvent être rencontrées dans le matériel provenant de ces pegmatites riches en lithium.
La rubellite au Québec
Le Québec possède de nombreuses occurrences de tourmaline, mais il ne constitue pas une grande provenance commerciale de rubellite comparable au Brésil, au Nigeria ou au Mozambique. Différentes espèces de tourmaline sont présentes dans les pegmatites et les terrains métamorphiques de la province.
L’un des exemples québécois les plus intéressants se trouve dans le secteur de Saint-Pierre-de-Wakefield, aujourd’hui Val-des-Monts, en Outaouais. La mine Leduc est notamment connue pour avoir produit de l’elbaïte et de la fluor-elbaïte. Des spécimens montrent des zones roses, vertes, blanches ou sombres, ce qui démontre que des tourmalines colorées riches en lithium peuvent effectivement se former au Québec.
Cela ne signifie cependant pas que le Québec soit une source reconnue de rubellite gemme rouge comparable aux grands gisements internationaux. Les occurrences québécoises sont surtout intéressantes d’un point de vue minéralogique et pour la collection. Il faut donc éviter d’attribuer automatiquement l’appellation « rubellite du Québec » à une tourmaline rose simplement parce qu’elle provient d’une pegmatite québécoise.
À quoi ressemble une rubellite naturelle?
Une rubellite naturelle peut présenter une gamme de couleurs beaucoup plus large que le simple rouge pur. Les pierres les plus claires peuvent être rose framboise ou rose rouge, tandis que les spécimens plus saturés prennent des teintes rouge cerise, rouge violacé, rouge profond ou parfois légèrement orangé.
Une rubellite de belle qualité doit conserver suffisamment de luminosité pour que sa couleur demeure visible. Certaines tourmalines rouges extrêmement foncées paraissent presque noires dans un éclairage faible, ce qui réduit généralement leur attrait comme gemme. À l’inverse, une pierre trop pâle peut être considérée simplement comme une tourmaline rose plutôt que comme une véritable rubellite par certains professionnels.
À l’état brut, la rubellite forme généralement des cristaux prismatiques allongés possédant des stries verticales caractéristiques. Les faces terminales peuvent être complexes et la couleur peut changer fortement d’une zone du cristal à une autre. Des associations avec du quartz, de l’albite ou de la lépidolite sont fréquentes dans les spécimens pegmatitiques.
Les rubellites naturelles peuvent également être assez incluses. Des fractures cicatrisées, des inclusions fluides et des tubes de croissance allongés sont notamment courants dans les tourmalines. Une pierre rouge fortement saturée peut demeurer très attractive malgré certaines inclusions visibles, particulièrement lorsque celles-ci n’affectent pas fortement sa transparence ou sa solidité.
Comment identifier une rubellite?
La couleur seule ne permet pas d’identifier une rubellite. Un rubis, un spinelle rouge, un grenat, un saphir rose ou même certains verres peuvent présenter une apparence suffisamment proche pour être confondus avec une tourmaline rouge lorsqu’ils sont examinés uniquement à l’œil nu.
L’identification gemmologique repose donc sur plusieurs propriétés complémentaires. L’indice de réfraction, la biréfringence, le pléochroïsme, la densité et l’observation microscopique permettent généralement de distinguer la tourmaline des autres gemmes rouges.
Indice de réfraction
L’indice de réfraction de nombreuses tourmalines gemmes se situe approximativement entre 1,624 et 1,644. La présence de deux valeurs mesurables avec un réfractomètre reflète le caractère biréfringent de la pierre.
Ces valeurs sont sensiblement différentes de celles du rubis, du spinelle ou de plusieurs grenats rouges. Elles constituent donc l’un des critères les plus utiles pour identifier rapidement une rubellite lorsque la pierre peut être examinée avec des instruments gemmologiques.
Pléochroïsme et biréfringence
La rubellite est anisotrope et peut présenter un pléochroïsme important. En observant la pierre dans différentes orientations, deux intensités ou nuances de rouge peuvent devenir visibles.
La biréfringence peut également produire un dédoublement apparent de certaines arêtes de facettes sous grossissement. Ce phénomène contribue à la distinguer du spinelle rouge, qui appartient au système cubique et est normalement simplement réfringent.
Inclusions
Les tourmalines peuvent contenir des tubes de croissance parallèles à l’axe du cristal, des inclusions fluides, des fractures partiellement cicatrisées et différentes inclusions minérales. Certaines rubellites présentent un réseau interne assez complexe sans que cela signifie nécessairement que la pierre soit de mauvaise qualité.
L’observation microscopique doit néanmoins être combinée aux autres propriétés. Aucune inclusion isolée ne permet de conclure automatiquement qu’une pierre rouge est une rubellite naturelle.
Rubellite naturelle, synthétique et traitements
Une rubellite naturelle s’est développée dans une roche au cours de processus géologiques pouvant durer des millions d’années. Ses caractéristiques internes, son zonage et sa composition chimique résultent des conditions présentes pendant la croissance du cristal dans la pegmatite.
La situation des tourmalines synthétiques est particulière. Contrairement au rubis, au saphir, au spinelle ou à l’émeraude, les tourmalines gemmes synthétiques ne constituent pas un produit courant du marché. Les imitations d’une rubellite sont donc généralement beaucoup plus pertinentes à considérer que de véritables équivalents synthétiques.
Irradiation
L’irradiation peut être utilisée pour intensifier ou créer certaines couleurs roses à rouges dans la tourmaline. Des tourmalines initialement pâles peuvent ainsi développer une coloration rose beaucoup plus soutenue après traitement.
Le problème gemmologique est que certaines irradiations peuvent être extrêmement difficiles, voire impossibles à détecter avec des méthodes gemmologiques conventionnelles. Une couleur rose ou rouge intense ne constitue donc pas à elle seule une preuve que la couleur est entièrement naturelle.
Chauffage
Le chauffage peut également modifier la couleur de certaines tourmalines. Son effet dépend cependant fortement de la chimie initiale de la pierre. Dans plusieurs tourmalines roses ou violettes, un chauffage suffisamment important peut au contraire diminuer ou éliminer une partie de la composante rouge ou rose.
Le chauffage est donc utilisé différemment de celui appliqué au corindon. Il ne faut pas supposer qu’une rubellite chauffée devient nécessairement plus rouge : selon le matériau, l’effet peut être exactement inverse.
Remplissage de fractures
Certaines tourmalines fortement fracturées peuvent recevoir un traitement destiné à réduire visuellement l’apparence des fissures atteignant la surface. Le remplissage améliore principalement la clarté apparente plutôt que la couleur elle-même.
Pour une rubellite importante, particulièrement une pierre de grande taille ou de valeur élevée, un rapport délivré par un laboratoire gemmologique reconnu peut aider à confirmer l’identité de la pierre et à rechercher certains traitements détectables.
Rubellite, rubis, saphir rose, spinelle rouge ou grenat rhodolite?
Plusieurs pierres naturelles peuvent présenter des couleurs suffisamment proches de la rubellite pour rendre leur identification visuelle difficile. Les différences deviennent toutefois importantes lorsqu’on compare leur composition, leur dureté et leurs propriétés optiques.
| Propriété | Rubellite | Rubis | Saphir rose | Spinelle rouge | Grenat rhodolite |
|---|---|---|---|---|---|
| Famille ou espèce | Tourmaline, généralement elbaïte | Corindon | Corindon | Spinelle | Grenat |
| Composition principale | Borosilicate complexe | Al₂O₃ | Al₂O₃ | MgAl₂O₄ | Silicate complexe |
| Couleur typique | Rose rouge à rouge violacé | Rouge | Rose à rose rouge | Rouge à rose rouge | Rose rouge à rouge violacé |
| Système cristallin | Trigonal | Trigonal | Trigonal | Cubique | Cubique |
| Dureté Mohs | 7–7,5 | 9 | 9 | Environ 8 | Environ 7–7,5 |
| Indice de réfraction | Environ 1,62–1,64 | Environ 1,76–1,77 | Environ 1,76–1,77 | Environ 1,718 | Généralement plus élevé que la tourmaline |
| Biréfringence | Présente | Présente | Présente | Aucune | Aucune |
| Pléochroïsme | Souvent marqué | Présent | Présent | Absent | Absent |
| Éclat | Vitreux | Vitreux à subadamantin | Vitreux à subadamantin | Vitreux | Vitreux |
| Principale distinction | RI autour de 1,62–1,64 et fort pléochroïsme possible | Beaucoup plus dur et RI plus élevé | Plus dur et RI plus élevé | Isotrope | Isotrope et RI généralement plus élevé |
Le rubis constitue probablement l’une des confusions les plus évidentes lorsqu’une rubellite possède une couleur rouge intense. Le rubis est cependant beaucoup plus dur et possède un indice de réfraction nettement supérieur. Une rubellite peut également présenter un dédoublement optique plus prononcé et un pléochroïsme caractéristique.
Le spinelle rouge peut lui aussi être extrêmement similaire visuellement, mais son système cristallin cubique le rend normalement isotrope. Le grenat rhodolite est également simplement réfringent, tandis que le saphir rose partage avec le rubis les propriétés fondamentales du corindon. Une véritable identification doit donc reposer sur des mesures gemmologiques plutôt que sur la couleur photographiée.
Qualité, rareté et valeur de la rubellite
La valeur d’une rubellite dépend principalement de sa couleur, de sa luminosité, de sa transparence, de ses inclusions, de son poids et de la qualité de sa taille. Comme pour la majorité des pierres de couleur, il n’existe pas de système universel reconnu permettant de classer toutes les rubellites à l’aide de grades commerciaux comme A, AA ou AAA.
Couleur
La couleur constitue généralement le facteur le plus important. Les rouges francs, les rouges rosés intenses et les rouges légèrement violacés bien saturés sont particulièrement appréciés lorsqu’ils demeurent lumineux sous plusieurs types d’éclairage.
Une pierre trop sombre peut perdre une grande partie de sa brillance et présenter des zones presque noires. À l’inverse, une tourmaline très pâle sera généralement considérée comme une tourmaline rose plutôt que comme une rubellite de qualité supérieure.
L’uniformité joue également un rôle. Un léger zonage naturel peut être acceptable, voire intéressant dans certains spécimens, mais de grandes zones incolores ou beaucoup plus sombres peuvent réduire l’attrait d’une pierre facettée.
Transparence et inclusions
Les tourmalines roses et rouges sont souvent plus incluses que certaines variétés vertes. Des inclusions visibles ne disqualifient donc pas automatiquement une rubellite de qualité. Le marché tolère généralement davantage d’inclusions lorsqu’une pierre possède une couleur particulièrement riche et attractive.
Les inclusions deviennent plus problématiques lorsqu’elles réduisent fortement la transparence, atteignent la surface, diminuent la qualité du poli ou créent des zones fragiles. Une rubellite très propre présentant simultanément une couleur intense devient naturellement beaucoup moins commune.
Poids
La rubellite peut être trouvée dans des dimensions beaucoup plus importantes que le rubis naturel de qualité comparable. Des pierres facettées de plusieurs carats sont donc disponibles sur le marché, mais la quantité de matière transparente, bien colorée et suffisamment propre diminue progressivement avec la taille.
À qualité équivalente, le prix par carat tend généralement à augmenter lorsque les dimensions deviennent importantes. Pour les tourmalines gemmes de belle qualité, le passage au-dessus de plusieurs carats peut ainsi avoir une influence significative sur la valeur.
Taille
Le facettage doit tenir compte du pléochroïsme et de l’orientation du cristal. Une mauvaise orientation peut produire une pierre excessivement foncée ou au contraire réduire fortement la saturation de sa couleur.
Les tailles ovales, coussin, émeraude, poire et rectangle sont fréquentes. Comme les cristaux naturels de tourmaline sont souvent allongés, les lapidaires peuvent privilégier certaines formes permettant de conserver davantage de matière tout en obtenant une couleur uniforme et un bon retour de lumière.
Utilisation en joaillerie et entretien
Avec une dureté de 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs, la rubellite possède une résistance suffisante pour être utilisée dans de nombreux types de bijoux. On la retrouve dans des bagues, pendentifs, boucles d’oreilles, bracelets et pièces de haute joaillerie. Les pierres transparentes fortement saturées sont généralement facettées, tandis que les rubellites très incluses peuvent être taillées en cabochon.
Une rubellite portée sur une bague reste toutefois plus exposée aux chocs qu’une pierre placée dans un pendentif ou des boucles d’oreilles. La tourmaline ne possède pas la dureté du rubis ou du saphir et certaines pierres peuvent contenir des fractures internes. Une monture suffisamment protectrice est donc préférable pour une utilisation quotidienne intensive.
Pour le nettoyage domestique, l’eau tiède accompagnée d’un savon doux constitue la méthode la plus sûre. Une brosse très souple peut être utilisée pour retirer les dépôts accumulés sous une pierre montée, puis le bijou doit être soigneusement rincé et séché.
La chaleur excessive doit être évitée, particulièrement lorsque l’historique de la pierre ou la présence de fractures n’est pas connu. Les nettoyeurs à vapeur ne constituent donc pas le premier choix pour une rubellite, et les appareils à ultrasons devraient être évités pour les pierres très incluses, fracturées ou traitées. Un nettoyage manuel doux permet généralement de conserver durablement la brillance et la couleur de la pierre.