Angélite : le guide de référence
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L’angélite est le nom commercial donné à une variété massive d’anhydrite de couleur bleu pâle à bleu gris, principalement connue au Pérou. Sa composition chimique est celle de l’anhydrite, soit CaSO₄, un sulfate de calcium anhydre. Son apparence douce et relativement uniforme lui permet d’être transformée en cabochons, perles, sphères, sculptures et différents objets décoratifs.
Contrairement à l’aigue-marine, au saphir ou à la calcédoine, l’angélite n’est pas une espèce minérale indépendante. Il s’agit d’une anhydrite fine et massive dont la couleur bleue caractéristique est associée à de faibles concentrations de fer ferreux Fe²⁺. Le matériau péruvien classique s’est notamment formé lorsque des solutions riches en sulfate ont remplacé la calcite présente dans des roches calcaires.
L’angélite est relativement tendre, avec une dureté d’environ 3 à 3,5 sur l’échelle de Mohs, et possède un autre caractère important : l’anhydrite peut s’hydrater progressivement et se transformer en gypse lorsqu’elle est exposée à des conditions favorables. Cette propriété explique pourquoi certaines masses naturelles d’angélite développent une croûte blanche de gypse à leur surface.
L’angélite en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom commercial | Angélite |
| Espèce minérale | Anhydrite |
| Formule chimique | CaSO₄ |
| Classe minérale | Sulfates |
| Système cristallin | Orthorhombique |
| Couleur | Bleu pâle, bleu gris à gris bleuté |
| Dureté | 3 à 3,5 sur l’échelle de Mohs |
| Densité | Environ 2,95 à 2,98 |
| Indice de réfraction | Environ 1,567 à 1,618 |
| Biréfringence | Environ 0,044 à 0,051 |
| Caractère optique | Biaxe positif |
| Éclat | Vitreux à nacré, parfois légèrement gras |
| Transparence | Translucide à opaque dans l’angélite lapidaire |
| Clivage | Parfait à bon dans plusieurs directions |
| Trace | Blanche à gris pâle |
| Principal élément associé au bleu | Fer ferreux Fe²⁺ |
| Texture commerciale typique | Massive et finement grenue |
| Principale provenance | Pérou |
| Localités péruviennes documentées | Casapalca, Morococha et district d’Aplao |
| Anhydrite présente au Québec | Oui |
| Angélite bleue documentée au Québec | Non à ce jour |
L’angélite possède donc les propriétés fondamentales de l’anhydrite. Son faible indice de dureté, son clivage marqué et sa capacité à se transformer en gypse demandent davantage de précautions que pour la majorité des pierres gemmes destinées à un usage quotidien.
Qu’est-ce que l’angélite?
L’angélite est une anhydrite massive bleu pâle à bleu gris utilisée comme matière gemme et ornementale.
L’anhydrite est une véritable espèce minérale de formule CaSO₄. Le mot angélite correspond en revanche à une appellation commerciale plutôt qu’à une espèce reconnue séparément.
Dans son utilisation la plus précise, le nom désigne principalement le matériau bleu massif provenant du Pérou.
Des anhydrites légèrement bleutées existent dans plusieurs autres régions du monde, mais elles ne sont pas automatiquement considérées comme de l’angélite au sens strict utilisé pour le matériau lapidaire péruvien.
Le nom permet donc avant tout de différencier cette anhydrite bleue ornementale de l’anhydrite ordinaire, qui peut être blanche, incolore, grise, rose, brunâtre, mauve ou présenter différentes autres nuances.
L’angélite commerciale est généralement massive plutôt que constituée de grands cristaux transparents.
La matière peut être relativement homogène ou contenir des zones blanches, grisâtres et de petites veines. Sa texture suffisamment compacte permet de la couper et de la polir malgré la faible dureté du minéral.
Elle ne doit pas être confondue avec l’augélite, un phosphate d’aluminium de formule Al₂(PO₄)(OH)₃. Malgré la ressemblance des noms, l’augélite et l’angélite sont des matériaux minéralogiquement complètement différents.
Pourquoi l’angélite est-elle bleue?
L’anhydrite chimiquement pure est incolore. Les couleurs observées dans les spécimens naturels dépendent de différents éléments traces, défauts structuraux et inclusions présents pendant leur formation.
Dans le cas de l’angélite péruvienne classique, la coloration bleu gris caractéristique est associée à de faibles quantités de fer ferreux Fe²⁺.
Le rôle du fer Fe²⁺
Le fer ferreux peut être incorporé en traces dans le matériau pendant sa formation.
Même lorsqu’il représente seulement une très petite proportion de la masse totale, le fer peut modifier la manière dont certaines longueurs d’onde de la lumière sont absorbées.
Le résultat est une couleur bleu pâle à bleu gris relativement douce plutôt qu’un bleu extrêmement saturé.
Cette coloration permet de distinguer visuellement le matériau péruvien des grandes masses d’anhydrite blanche ou incolore présentes dans les dépôts évaporitiques du monde entier.
Pourquoi le bleu est-il généralement pâle?
La concentration des éléments colorants reste faible.
L’angélite n’atteint donc normalement pas les bleus intenses d’un saphir ou de certaines pierres artificiellement colorées.
Les nuances naturelles sont plutôt comparables à un bleu ciel légèrement gris, parfois presque lavande sous certains éclairages.
L’épaisseur du matériau joue également un rôle. Une zone mince ou légèrement translucide peut sembler plus claire qu’une masse épaisse de la même pierre.
Pourquoi certaines zones deviennent-elles blanches?
Une partie du blanc visible dans les spécimens peut simplement correspondre à des variations minérales ou texturales.
Il existe toutefois un phénomène particulièrement important : l’anhydrite peut absorber de l’eau et se transformer progressivement en gypse, CaSO₄·2H₂O.
Dans les occurrences péruviennes, des nodules d’angélite exposés à des eaux souterraines peuvent développer une enveloppe blanche de gypse.
Une croûte blanche à la surface d’un spécimen naturel ne signifie donc pas nécessairement qu’il s’agit d’un matériau artificiel ou peint.
Composition chimique et structure cristalline
La formule chimique de l’anhydrite et donc de l’angélite est :
CaSO₄
Elle est constituée de calcium, de soufre et d’oxygène.
Le nom anhydrite vient du fait que sa structure ne contient normalement pas les molécules d’eau présentes dans le gypse.
Le gypse possède en effet la formule :
CaSO₄·2H₂O
Les deux minéraux sont donc chimiquement très proches, mais l’intégration de deux molécules d’eau dans le gypse modifie complètement sa structure cristalline et plusieurs de ses propriétés.
L’anhydrite cristallise dans le système orthorhombique.
Sa structure est formée d’ions calcium Ca²⁺ associés à des groupes sulfate SO₄²⁻.
Les groupes sulfate sont constitués d’un atome de soufre entouré de quatre atomes d’oxygène disposés approximativement selon un tétraèdre.
Les cristaux naturels d’anhydrite peuvent être tabulaires, prismatiques ou équants.
Le minéral se présente toutefois très souvent sous forme massive, granulaire, nodulaire ou fibreuse.
L’angélite lapidaire appartient principalement à cette catégorie massive et finement grenue.
Son apparence relativement uniforme provient donc de l’intercroissance de nombreux petits cristaux plutôt que d’un seul grand cristal bleu transparent.
Propriétés physiques et optiques
L’angélite possède une dureté de seulement 3 à 3,5 sur l’échelle de Mohs.
Elle peut donc être rayée beaucoup plus facilement que le quartz, la calcédoine ou le béryl. Cette faible dureté constitue l’une des principales limites de la pierre en joaillerie.
Sa densité se situe généralement autour de 2,95 à 2,98.
Cette valeur est nettement supérieure à celle du gypse, dont la densité se situe généralement autour de 2,3.
La différence peut être utile lorsqu’il faut distinguer une anhydrite massive d’un gypse visuellement similaire.
Les indices de réfraction de l’anhydrite sont approximativement :
α : 1,567 à 1,574
β : 1,574 à 1,579
γ : 1,609 à 1,618
Sa biréfringence est donc relativement importante, même si cette propriété est difficile à observer directement dans le matériau massif et translucide utilisé sous le nom d’angélite.
Le minéral est optiquement biaxe positif.
L’anhydrite possède plusieurs clivages bien développés. Un clivage est parfait, un autre presque parfait et un troisième varie de bon à imparfait.
Lorsque ces directions se croisent, elles peuvent produire des fragments d’apparence presque rectangulaire.
Cette combinaison entre faible dureté, clivage important et caractère cassant signifie que l’angélite peut s’ébrécher ou se fracturer assez facilement sous un choc.
Comment se forme l’angélite?
L’anhydrite peut se former dans de nombreux environnements géologiques, notamment dans les dépôts évaporitiques, les systèmes hydrothermaux, certaines roches magmatiques et les zones d’altération.
L’angélite péruvienne possède cependant une origine particulière.
Dans les occurrences classiques de Casapalca, des solutions riches en sulfate ont réagi avec du calcaire et remplacé une partie de sa calcite par de l’anhydrite massive bleue.
Réaction avec le calcaire
Le calcaire est principalement constitué de calcite CaCO₃.
Lorsque des solutions contenant d’importantes concentrations de sulfate circulent dans cette roche, des réactions chimiques peuvent modifier la minéralogie originale.
Le carbonate peut être progressivement éliminé et remplacé par du sulfate.
Le calcium déjà présent dans la calcite participe alors à la formation du nouveau minéral CaSO₄.
Le résultat peut être une masse ou un nodule d’anhydrite remplaçant partiellement la roche carbonatée originale.
Formation des nodules bleus
À Casapalca, l’angélite s’est notamment développée sous forme de nodules dans une couche de calcaire altérée.
Le fer présent en traces pendant cette transformation a produit la couleur bleu gris caractéristique.
Cette origine est différente de celle des gigantesques couches d’anhydrite blanche associées aux dépôts de sel formés par évaporation de bassins marins.
Transformation de l’anhydrite en gypse
L’anhydrite est stable dans certaines conditions relativement sèches ou à des températures suffisamment élevées.
Lorsqu’elle entre durablement en contact avec de l’eau dans des conditions appropriées, elle peut toutefois incorporer cette eau dans sa structure et devenir du gypse.
La réaction simplifiée peut être écrite :
CaSO₄ + 2H₂O → CaSO₄·2H₂O
Dans les gisements péruviens, ce phénomène explique la présence de gypse blanc autour de certains nodules d’angélite.
Formation générale de l’anhydrite
En dehors du Pérou, l’anhydrite constitue également un minéral majeur des dépôts évaporitiques.
Lorsque des eaux très salines s’évaporent, différents sels précipitent successivement.
Le gypse peut également perdre son eau pendant l’enfouissement et se transformer en anhydrite.
L’anhydrite se rencontre ainsi avec le gypse, l’halite, la sylvite, la dolomite, la calcite et différents autres minéraux évaporitiques.
Où trouve-t-on l’angélite dans le monde?
L’angélite au sens lapidaire strict est principalement associée au Pérou.
Des anhydrites bleu pâle existent dans d’autres régions, notamment en Allemagne, au Mexique et aux États-Unis, mais l’appellation angélite est traditionnellement appliquée au matériau massif bleu gris péruvien.
La provenance doit donc être prise en considération lorsqu’un vendeur utilise ce nom.
Casapalca, Pérou
Les occurrences de Casapalca, dans la province de Huarochirí de la région de Lima, comptent parmi les mieux documentées.
La région est surtout connue pour ses importants gisements métalliques de cuivre, plomb, zinc et argent.
L’angélite n’est toutefois pas directement un produit de cette minéralisation métallique.
Elle s’est formée lorsque des solutions riches en sulfate ont remplacé la calcite présente dans des couches calcaires par de l’anhydrite massive.
Les nodules obtenus possèdent la couleur bleu gris caractéristique liée aux traces de fer ferreux.
Morococha, Pérou
Du matériau comparable est également connu dans le district minier de Morococha, dans la région de Junín.
Comme Casapalca, Morococha constitue une importante région minière des Andes centrales.
Des anhydrites massives bleues y sont signalées et peuvent être commercialisées sous le nom d’angélite.
L’emplacement précis des occurrences lapidaires n’est pas toujours aussi bien documenté que celui des grands gisements métalliques de la région.
Aplao, Pérou
Le district d’Aplao, dans la province de Castilla, région d’Arequipa, constitue une autre source importante de matériau bleu massif destiné au lapidaire.
Des couches sédimentaires peu consolidées contiennent des morceaux et nodules d’anhydrite bleue suffisamment compacte pour être transformée.
Une partie du matériau est travaillée localement au Pérou, mais d’importants volumes sont également exportés vers des ateliers lapidaires étrangers pour être transformés en perles, cabochons, sphères et objets décoratifs.
Autres anhydrites bleues
Des anhydrites présentant une légère coloration bleutée sont documentées en Allemagne, au Mexique et aux États-Unis.
Ces matériaux montrent qu’une couleur bleue n’est pas géologiquement exclusive au Pérou.
Ils sont cependant généralement beaucoup plus pâles et ne constituent pas les grandes sources du matériau commercial traditionnellement appelé angélite.
Il est donc préférable de parler simplement d’anhydrite bleue pour ces occurrences lorsqu’aucune relation avec le matériau lapidaire péruvien n’est établie.
L’angélite au Québec
L’anhydrite est réellement présente au Québec, dans plusieurs régions de la province.
Elle est notamment documentée en Abitibi-Témiscamingue, en Estrie, en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine, dans les Laurentides, en Outaouais et même dans certaines occurrences de la région de Montréal.
Parmi les localités connues figurent la mine de Gaspé à Murdochville, la mine Cupra à Stratford, la mine Parker à Notre-Dame-du-Laus et les anciennes mines New Calumet sur l’île du Grand-Calumet.
L’anhydrite a également été étudiée historiquement avec du gypse à la mine Calumet en Outaouais.
Aux Îles-de-la-Madeleine, l’anhydrite est associée aux importantes formations évaporitiques contenant également du sel et du gypse.
Ces occurrences confirment que CaSO₄ anhydre fait véritablement partie de la minéralogie québécoise.
Il faut cependant distinguer cette présence de l’angélite bleu gris utilisée comme pierre ornementale.
Les occurrences québécoises documentées concernent l’anhydrite comme espèce minérale, mais ne constituent pas des sources reconnues de la variété massive bleu ciel péruvienne commercialisée sous le nom d’angélite.
À l’heure actuelle, aucune provenance québécoise d’angélite gemme comparable à celle du Pérou n’est établie.
Une anhydrite québécoise légèrement bleutée devrait donc être décrite selon sa couleur et sa localité plutôt que d’être automatiquement commercialisée comme angélite.
À quoi ressemble une angélite naturelle?
L’angélite naturelle présente généralement une couleur bleu ciel pâle à bleu gris, souvent accompagnée d’une légère composante lavande ou grise.
La couleur n’est habituellement pas extrêmement saturée.
Le matériau possède plutôt une apparence douce et pastel qui le distingue des bleus intenses du lapis-lazuli, de la turquoise ou du saphir.
À l’état brut, l’angélite peut former des masses irrégulières et des nodules dont la surface extérieure est blanchâtre, grisâtre ou partiellement transformée.
Une croûte de gypse blanc peut notamment recouvrir une partie du matériau lorsque l’anhydrite a commencé à se réhydrater.
Lorsqu’une masse est coupée, son intérieur peut révéler un bleu beaucoup plus homogène.
De petites veines blanches, zones grisâtres ou changements de texture peuvent néanmoins traverser la pierre.
Après polissage, l’angélite développe généralement une surface lisse avec un éclat légèrement cireux à vitreux.
Sa translucidité est généralement faible, mais les bords minces peuvent laisser passer une petite quantité de lumière.
Les grandes masses homogènes permettent la fabrication de sphères et de sculptures sans nécessiter une importante transparence.
Comment identifier une angélite?
Une pierre bleu pâle opaque ou translucide ne peut pas être identifiée comme angélite uniquement à partir de sa couleur.
La calcite bleue, la célestine, le larimar, certaines calcédoines, l’aragonite et différents matériaux artificiellement colorés peuvent présenter une apparence assez proche.
Une identification correcte doit donc vérifier les propriétés fondamentales de l’anhydrite.
Dureté
Avec une dureté de 3 à 3,5, l’angélite est relativement tendre.
Elle est nettement plus tendre que la calcédoine et le larimar.
Ce caractère fournit un indice important, mais les tests de rayure sont légèrement destructifs et ne devraient pas être réalisés sur une surface polie visible.
La calcite est encore légèrement plus tendre, avec une dureté de 3, ce qui signifie qu’une dureté approximative seule ne suffit pas à les séparer parfaitement.
Densité
La densité de l’anhydrite est proche de 2,98.
Cette valeur permet notamment de la distinguer du gypse, sensiblement plus léger.
Elle est également légèrement supérieure à celle de nombreuses calcédoines et calcites.
Une mesure hydrostatique correctement réalisée fournit donc un bon complément aux autres propriétés.
Clivage
L’anhydrite possède plusieurs directions de clivage bien développées.
Les trois directions peuvent produire des fragments évoquant des blocs rectangulaires ou pseudo-cubiques.
Ce comportement est différent de celui d’une calcédoine, qui ne possède pas de véritable clivage et se fracture de manière conchoïdale.
Dans une pierre polie, ces clivages ne sont pas toujours visibles sans dommage et ne doivent pas être provoqués volontairement.
Indice de réfraction
Sur un cristal suffisamment adapté à la mesure, l’anhydrite présente des indices compris approximativement entre 1,567 et 1,618.
Cette plage est supérieure à celle de la calcédoine mais recoupe certaines valeurs d’autres minéraux.
L’importante biréfringence de l’anhydrite permet cependant de compléter l’identification lorsqu’un échantillon transparent ou translucide peut être correctement mesuré.
Spectroscopie et analyses minéralogiques
La spectroscopie Raman permet d’identifier directement les vibrations caractéristiques du groupe sulfate SO₄.
La diffraction des rayons X permet quant à elle de confirmer la structure orthorhombique de l’anhydrite.
Ces techniques sont particulièrement utiles lorsque l’on souhaite distinguer l’anhydrite du gypse, puisque les deux possèdent la même base chimique CaSO₄ mais des quantités d’eau structurale différentes.
Une analyse chimique peut également détecter les faibles quantités de fer responsables de la couleur bleue du matériau péruvien.
Angélite naturelle, synthétique et traitements
L’angélite commercialisée comme pierre ornementale est généralement une anhydrite naturelle massive provenant du Pérou.
L’anhydrite peut être produite artificiellement dans des contextes industriels et expérimentaux, mais il n’existe pas d’important marché de véritable angélite synthétique cultivée spécifiquement pour la joaillerie.
Les principaux risques concernent plutôt les imitations, la teinture d’autres matériaux et la confusion avec des pierres bleues naturelles.
Anhydrite synthétique
Du CaSO₄ anhydre peut être produit artificiellement, notamment par déshydratation contrôlée du gypse.
Cette transformation est chimiquement relativement simple.
Le produit industriel n’est toutefois pas équivalent au matériau lapidaire péruvien possédant naturellement une texture compacte et une couleur bleu gris.
La fabrication de CaSO₄ ne produit donc pas automatiquement une imitation convaincante de l’angélite.
Matériaux teints
Des pierres poreuses ou blanches peuvent être colorées artificiellement afin de reproduire un bleu pastel.
Une teinture peut se concentrer dans les fissures, les pores et autour des trous de perçage des perles.
Sous grossissement, ces concentrations de couleur peuvent constituer un indice de traitement.
Une véritable angélite possède une coloration intégrée à la masse du matériau plutôt qu’un bleu simplement accumulé en surface.
Résines et stabilisation
En raison de sa faible dureté et de ses clivages, un matériau fracturé peut éventuellement être imprégné de résine afin d’améliorer sa cohésion.
La stabilisation n’est toutefois pas nécessaire pour toutes les angélites.
Lorsqu’une importante quantité de résine a été introduite, le traitement devrait être divulgué puisqu’il influence la résistance, le poids et les méthodes de nettoyage.
Transformation en gypse
L’une des particularités les plus importantes de l’angélite n’est pas un traitement humain, mais une transformation naturelle possible.
En présence d’eau et dans des conditions appropriées, l’anhydrite peut progressivement se transformer en gypse.
Cette réaction modifie la structure, le volume et les propriétés physiques du matériau.
Une pierre exposée régulièrement à l’humidité n’est donc pas aussi stable chimiquement qu’un quartz ou un corindon.
Chauffage
Le chauffage peut produire le phénomène inverse dans certains systèmes contenant du sulfate de calcium hydraté.
Le gypse perd son eau lorsqu’il est chauffé suffisamment et peut produire différentes phases de sulfate de calcium moins hydratées ou anhydres.
Ces transformations industrielles ne constituent toutefois pas un traitement gemmologique standard de l’angélite.
Il est préférable d’éviter les fortes températures plutôt que d’essayer de modifier volontairement la pierre.
Angélite, calcite bleue, célestine, larimar ou calcédoine bleue?
Plusieurs pierres naturelles possèdent des couleurs bleu ciel ou bleu gris suffisamment proches pour être confondues avec l’angélite.
| Propriété | Angélite | Calcite bleue | Célestine | Larimar | Calcédoine bleue |
|---|---|---|---|---|---|
| Espèce minérale | Anhydrite | Calcite | Célestine | Pectolite | Quartz |
| Composition | CaSO₄ | CaCO₃ | SrSO₄ | NaCa₂Si₃O₈(OH) | SiO₂ |
| Système cristallin | Orthorhombique | Trigonal | Orthorhombique | Triclinique | Trigonal |
| Dureté Mohs | 3–3,5 | 3 | 3–3,5 | Environ 4,5–5 | 6,5–7 |
| Densité approximative | 2,95–2,98 | 2,71 | Environ 3,95–3,97 | Environ 2,7–2,9 | Environ 2,6 |
| Couleur fréquente | Bleu ciel à bleu gris | Bleu pâle à bleu gris | Bleu pâle à presque incolore | Bleu ciel à bleu turquoise avec blanc | Bleu gris à bleu lavande |
| Aspect courant | Massif et relativement uniforme | Massif, souvent nuageux | Cristaux tabulaires ou masses | Motifs blancs et bleus caractéristiques | Uniforme, cireux, translucide |
| Principale distinction | Sulfate de calcium anhydre, densité ~3 | Réagit aux acides et possède un clivage rhomboédrique | Beaucoup plus dense | Plus dure, motifs volcaniques caractéristiques | Beaucoup plus dure, aucun clivage |
La calcite bleue constitue l’une des comparaisons les plus difficiles à l’œil. Elle possède une couleur semblable et une dureté presque identique, mais sa densité est plus faible et elle réagit facilement avec les acides dilués.
La célestine est elle aussi un sulfate et peut présenter un bleu très pâle. Sa densité proche de 4 est cependant nettement supérieure à celle de l’angélite.
Le larimar est une variété bleue de pectolite principalement connue en République dominicaine. Ses motifs blancs et bleu turquoise sont généralement beaucoup plus marqués et sa dureté est supérieure.
La calcédoine bleue possède une apparence plus cireuse et une dureté de 6,5 à 7. Cette différence de résistance permet de la séparer très facilement de l’angélite lors d’une analyse complète.
Qualité, rareté et valeur de l’angélite
La valeur de l’angélite dépend principalement de sa couleur, de son homogénéité, de sa compacité, de l’absence de fractures importantes, de la qualité du polissage, de sa taille et de sa provenance.
Il n’existe pas de système gemmologique officiel attribuant des grades A, AA ou AAA à l’angélite.
Ces appellations sont commerciales et peuvent varier considérablement d’un vendeur à l’autre.
Couleur
Le bleu ciel à bleu gris constitue l’apparence la plus caractéristique.
Une couleur suffisamment nette et homogène est généralement préférée pour les cabochons et les perles.
Les spécimens trop gris, brunâtres ou fortement blanchâtres sont souvent moins recherchés lorsque l’objectif est d’obtenir l’apparence classique de l’angélite.
Une légère nuance lavande peut cependant être entièrement naturelle.
Homogénéité
Une masse compacte contenant peu de veines permet au lapidaire de produire de grandes surfaces bleues relativement uniformes.
Les zones blanches ne constituent pas nécessairement un défaut géologique, mais peuvent réduire l’homogénéité recherchée pour certaines pièces.
À l’inverse, une répartition esthétique de blanc et de bleu peut rendre une sculpture ou un grand objet décoratif plus intéressant.
Fractures
Le clivage de l’anhydrite et sa faible dureté rendent la qualité mécanique particulièrement importante.
Une pierre contenant de nombreuses fissures risque de se casser pendant le perçage, la taille ou l’utilisation.
Les grands morceaux homogènes et relativement exempts de fractures sont donc plus adaptés à la fabrication de sphères et de sculptures.
Polissage
L’angélite peut prendre un poli agréable, mais sa faible dureté rend la surface relativement sensible.
Un excellent cabochon doit présenter un lustre homogène sans nombreuses rayures ou zones mal polies.
La qualité du poli influence fortement son apparence puisqu’une surface mate rend le bleu beaucoup moins lumineux.
Provenance
Le Pérou représente la provenance de référence.
Casapalca, Morococha et Aplao sont associés à du matériau bleu massif reconnu dans le commerce lapidaire.
Une provenance précise peut augmenter l’intérêt d’un spécimen minéralogique, mais pour un bijou ordinaire, la qualité individuelle de la pierre reste généralement plus importante.
Rareté
L’anhydrite comme espèce minérale est loin d’être rare.
Elle constitue même un composant important de nombreuses formations évaporitiques.
Ce qui est beaucoup plus particulier est l’anhydrite massive bleu gris suffisamment compacte et esthétique pour être commercialisée comme angélite.
L’angélite doit donc être considérée comme une variété lapidaire particulière d’un minéral relativement commun plutôt que comme une espèce exceptionnellement rare.
Utilisation en joaillerie et entretien
L’angélite est principalement utilisée pour fabriquer des cabochons, pendentifs, boucles d’oreilles, perles, bracelets, sphères, sculptures et petits objets décoratifs.
Sa couleur pastel se prête particulièrement bien aux surfaces lisses et arrondies.
Le facettage est beaucoup moins fréquent parce que le matériau commercial est généralement massif et translucide plutôt que transparent.
Sa dureté de 3 à 3,5 constitue cependant une limitation importante.
Une bague portée quotidiennement n’est pas recommandée puisque la pierre risque de se rayer rapidement et peut s’ébrécher sous un choc.
Les pendentifs, boucles d’oreilles et broches sont beaucoup plus adaptés.
Le contact prolongé avec l’eau devrait être évité.
L’anhydrite porte précisément ce nom parce qu’elle ne contient pas l’eau structurale du gypse, mais elle peut se réhydrater progressivement dans des conditions favorables. Une exposition répétée à l’humidité n’est donc pas souhaitable pour préserver durablement une pièce polie.
Pour le nettoyage courant, un chiffon doux légèrement humide suivi d’un séchage immédiat constitue la méthode la plus prudente.
Il est préférable d’éviter le trempage prolongé, les nettoyeurs à ultrasons et les appareils à vapeur.
Les acides et les produits chimiques agressifs sont également inutiles.
Une pierre stabilisée ou réparée avec une résine demande encore davantage de précautions.
Enfin, l’angélite doit être rangée séparément des autres pierres. Pratiquement toutes les grandes gemmes courantes — quartz, améthyste, calcédoine, tourmaline, béryl, spinelle, saphir et diamant — sont suffisamment dures pour la rayer.
Une pochette individuelle ou un compartiment rembourré permet donc de conserver beaucoup plus longtemps son poli et son bleu caractéristique.