Tourmaline bicolore : le guide de référence
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La tourmaline bicolore est une tourmaline naturelle présentant deux couleurs distinctes à l’intérieur d’un même cristal. Les combinaisons les plus connues associent le rose et le vert, mais il existe également des cristaux vert et bleu, rose et incolore, jaune et vert, rouge et vert ou encore des associations plus complexes comportant plusieurs nuances. Cette séparation des couleurs n’est généralement pas provoquée par un traitement : elle se développe directement pendant la croissance du cristal lorsque la composition chimique du milieu de formation évolue.
Le terme « tourmaline bicolore » ne correspond pas à une espèce minérale précise. Il décrit avant tout une caractéristique visuelle appelée zonation ou zonage de couleur. Une grande partie des tourmalines bicolores transparentes utilisées en joaillerie appartiennent à l’elbaïte, une espèce riche en lithium particulièrement connue pour sa diversité chromatique. D’autres espèces du groupe des tourmalines peuvent toutefois présenter elles aussi plusieurs zones colorées. Le GIA souligne que les changements de composition du milieu pendant la cristallisation expliquent fréquemment le zonage observé dans les tourmalines naturelles.
La tourmaline bicolore possède ainsi un intérêt particulier autant pour les gemmologues que pour les collectionneurs. Contrairement à de nombreuses pierres où une variation de couleur peut être considérée comme un défaut, un zonage bien défini devient ici une caractéristique recherchée. Les lapidaires peuvent même orienter volontairement une pierre afin de conserver les deux couleurs visibles dans la gemme terminée.
La tourmaline bicolore en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom courant | Tourmaline bicolore |
| Nature du terme | Appellation gemmologique décrivant deux zones de couleur |
| Groupe minéral | Tourmalines |
| Espèce fréquemment concernée | Elbaïte |
| Formule de l’elbaïte | Na(Li₁.₅Al₁.₅)Al₆(Si₆O₁₈)(BO₃)₃(OH)₄ |
| Classe minérale | Cyclosilicates boratés |
| Système cristallin | Trigonal |
| Couleurs possibles | Rose, rouge, vert, bleu, jaune, incolore et nombreuses combinaisons |
| Zonage fréquent | Longitudinal, transversal ou concentrique |
| Dureté | Environ 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs |
| Densité | Généralement autour de 3,0 à 3,2 selon la composition |
| Indices de réfraction | Environ 1,62 à 1,65 |
| Biréfringence | Généralement environ 0,018 à 0,040 pour le groupe |
| Caractère optique | Généralement uniaxe négatif |
| Éclat | Vitreux |
| Transparence | Transparente à translucide |
| Pléochroïsme | Souvent marqué |
| Clivage | Aucun clivage net à très faible |
| Forme cristalline fréquente | Prisme allongé à section triangulaire arrondie |
| Origine du zonage | Modification de la composition chimique pendant la croissance |
| Utilisation | Pierre gemme, bijoux, cristaux et tranches de collection |
| Présence de tourmaline au Québec | Oui |
| Elbaïte documentée au Québec | Oui, notamment à la mine Leduc en Outaouais |
Les valeurs physiques peuvent varier légèrement puisque « tourmaline bicolore » désigne une apparence plutôt qu’une espèce minérale unique. Pour une grande partie des pierres gemmes bicolores, les propriétés observées sont néanmoins proches de celles de l’elbaïte. Le GIA donne pour le groupe des tourmalines gemmes une dureté d’environ 7 à 7,5, une densité voisine de 3,06 et des indices de réfraction généralement compris entre 1,624 et 1,644.
Qu’est-ce qu’une tourmaline bicolore?
Une tourmaline bicolore est un cristal de tourmaline dans lequel deux couleurs suffisamment distinctes peuvent être observées. Ces couleurs appartiennent au même cristal et résultent normalement de changements survenus pendant sa croissance. Une pierre peut par exemple commencer par cristalliser sous forme de tourmaline rose, puis devenir progressivement incolore ou verte lorsque la composition du fluide qui alimente le cristal se modifie.
Le terme ne précise donc pas automatiquement la composition minéralogique exacte de la pierre. Une tourmaline bicolore peut être de l’elbaïte, de la fluor-elbaïte ou appartenir à une autre espèce du groupe. L’elbaïte demeure néanmoins particulièrement importante dans le commerce des pierres gemmes parce qu’elle peut présenter pratiquement toutes les couleurs et qu’elle développe fréquemment des zonations spectaculaires.
Le zonage peut se présenter de plusieurs manières. Certaines pierres montrent deux couleurs disposées l’une à la suite de l’autre dans le sens de la longueur du cristal. Une extrémité peut être verte alors que l’autre est rose. D’autres cristaux présentent plutôt des couches concentriques : un cœur rose peut être entouré d’une bordure verte. Ce second type de disposition est à l’origine des célèbres tourmalines dites « pastèque » ou « melon d’eau ». Gem-A distingue justement les zonages longitudinaux des zonages concentriques qui entourent progressivement le cœur du cristal.
Pourquoi la tourmaline est-elle bicolore?
La présence de deux couleurs différentes dans un même cristal s’explique principalement par une modification de la composition chimique du milieu pendant la croissance de la tourmaline. Un cristal ne se forme pas instantanément : il grandit couche après couche à partir d’un magma résiduel ou de fluides enrichis en différents éléments. Lorsque la concentration de ces éléments change, les nouvelles portions du cristal peuvent acquérir une couleur différente de celles formées précédemment.
Le fer, le manganèse, le cuivre, le chrome et le vanadium font partie des éléments pouvant influencer la couleur des tourmalines. Leur concentration, leur état d’oxydation et leur position dans la structure cristalline modifient la manière dont la lumière visible est absorbée. L’elbaïte peut ainsi devenir rose ou rouge lorsqu’elle possède certaines concentrations de manganèse, verte ou bleue dans d’autres conditions chimiques, alors qu’une matière presque dépourvue d’éléments chromogènes peut demeurer pratiquement incolore.
Lorsque la composition du fluide change pendant la croissance, la tourmaline enregistre donc cette évolution à l’intérieur même du cristal. Le GIA décrit le zonage coloré comme une conséquence fréquente des changements survenant dans la solution minérale pendant la cristallisation. Un cristal bicolore peut ainsi être considéré comme une sorte d’enregistrement chimique de son environnement de formation.
Le zonage longitudinal
Dans un zonage longitudinal, les couleurs se succèdent principalement dans le sens de la longueur du cristal. Une extrémité peut être rose tandis que l’autre devient verte, bleue, jaune ou presque incolore. La frontière entre les couleurs peut être extrêmement nette ou former une transition graduelle sur plusieurs millimètres.
Ce type de matière est particulièrement intéressant pour le facettage. Le lapidaire peut positionner la table de la pierre parallèlement à l’allongement du cristal afin que les deux couleurs demeurent visibles simultanément. Les tailles rectangulaires, émeraude, coussin allongé et certaines tailles fantaisie sont souvent bien adaptées à cette configuration parce qu’elles permettent d’exposer une plus grande partie du zonage.
Le zonage concentrique
Le zonage concentrique se développe du centre du cristal vers sa périphérie. Une première couleur constitue alors le cœur tandis que des couches plus récentes forment différentes enveloppes autour de celui-ci. Lorsqu’une tourmaline possède un centre rose ou rouge entouré d’une zone verte, l’apparence d’une tranche rappelle celle d’une pastèque.
Les cristaux présentant ce type de structure sont fréquemment sciés perpendiculairement à leur axe afin de produire des tranches polies révélant directement les différentes zones. Ces tranches permettent également d’observer la section triangulaire caractéristique de nombreuses tourmalines.
Composition chimique et structure cristalline
La tourmaline constitue un groupe minéral chimiquement très complexe. Dans le cas des pierres bicolores utilisées en joaillerie, l’elbaïte est particulièrement fréquente. Sa formule idéale peut être écrite Na(Li₁.₅Al₁.₅)Al₆(Si₆O₁₈)(BO₃)₃(OH)₄, ce qui montre la présence de sodium, de lithium, d’aluminium, de silicium, de bore et de groupes hydroxyles dans sa structure.
Cette formule ne représente toutefois qu’une composition idéale. La structure de la tourmaline contient plusieurs sites capables d’accueillir différents éléments chimiques. Du fer, du manganèse, du cuivre, du magnésium, du calcium, du chrome, du vanadium ou du fluor peuvent s’y intégrer dans des proportions variables. Cette flexibilité explique à la fois le grand nombre d’espèces appartenant au groupe et l’extraordinaire variété de couleurs rencontrée dans les cristaux naturels.
Toutes les tourmalines cristallisent dans le système trigonal. Les cristaux bien développés forment généralement des prismes allongés présentant de fortes stries longitudinales. Leur section est souvent triangulaire avec des côtés arrondis, une morphologie suffisamment caractéristique pour constituer un indice important lors de l’identification d’un cristal brut.
Propriétés physiques et optiques
La tourmaline possède une dureté d’environ 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs. Cette résistance aux rayures est suffisante pour permettre son utilisation dans une grande variété de bijoux, même si la pierre peut toujours être endommagée par un choc important. L’absence de clivage parfaitement développé représente également un avantage, mais les tourmalines peuvent contenir des fractures naturelles capables de diminuer leur résistance mécanique.
Les tourmalines gemmes présentent généralement un indice de réfraction situé approximativement entre 1,624 et 1,644, avec une biréfringence souvent comprise entre 0,018 et 0,040. Leur densité se situe généralement autour de 3,0 à 3,2, bien que la composition chimique puisse entraîner des variations. Une elbaïte bicolore de 20,15 carats étudiée dans la collection du GIA présentait par exemple des indices de 1,628 et 1,642, une biréfringence de 0,014 et une densité de 3,05.
Le pléochroïsme est particulièrement important dans les tourmalines colorées. Une même zone peut sembler plus claire, plus sombre ou légèrement différente lorsqu’elle est observée selon une autre orientation cristallographique. Le lapidaire doit donc considérer à la fois le zonage et le pléochroïsme avant de déterminer l’orientation finale d’une pierre.
Comment se forme la tourmaline bicolore?
Une grande partie des tourmalines bicolores de qualité gemme se forme dans des pegmatites granitiques fortement évoluées. Les pegmatites correspondent aux dernières fractions de certains magmas granitiques et peuvent devenir exceptionnellement riches en eau, bore, lithium et autres éléments qui favorisent la croissance de grands cristaux.
Lorsque ces fluides restent suffisamment mobiles et disposent d’espaces ouverts, des cristaux de quartz, feldspath, mica, béryl, spodumène et tourmaline peuvent atteindre des dimensions importantes. Les tourmalines gemmes riches en lithium, particulièrement l’elbaïte, sont étroitement associées à ce type d’environnement. Le GIA indique que la majorité des tourmalines de qualité gemme appartiennent justement à l’elbaïte riche en lithium et proviennent de pegmatites granitiques enrichies en bore et en lithium.
La création d’une pierre bicolore nécessite ensuite une évolution des conditions pendant la croissance. La première partie du cristal peut incorporer une certaine proportion de fer ou de manganèse. À mesure que le fluide résiduel évolue, certains éléments sont consommés alors que d’autres se concentrent. Les nouvelles couches possèdent alors une composition différente et produisent une autre couleur.
Une frontière particulièrement nette entre deux couleurs peut indiquer un changement relativement rapide des conditions chimiques. Une transition progressive suggère plutôt une évolution graduelle du fluide. Le cristal conserve ainsi différentes étapes de sa propre croissance, parfois sous la forme de plusieurs bandes successives plutôt que de seulement deux couleurs.
Où trouve-t-on la tourmaline bicolore dans le monde?
Les tourmalines gemmes sont extraites dans de nombreuses régions du monde. Le Brésil constitue historiquement l’une des sources les plus importantes, mais des pierres de qualité proviennent également d’Afghanistan, du Pakistan, de Madagascar, du Mozambique, du Nigeria et des États-Unis.
Brésil
Le Brésil, particulièrement l’État du Minas Gerais, constitue une provenance majeure de tourmalines colorées. Les pegmatites de la région ont fourni d’innombrables elbaïtes vertes, roses, rouges et multicolores. La collection gemmologique du GIA comprend notamment une elbaïte bicolore de 20,15 carats provenant d’Itambacuri, dans le Minas Gerais, montrant simultanément des zones rouge violacé et vert jaunâtre.
La diversité du matériel brésilien permet de rencontrer aussi bien des transitions relativement douces que des séparations chromatiques particulièrement nettes. Plusieurs cristaux sont conservés intacts comme spécimens de collection lorsqu’ils présentent des terminaisons naturelles et un zonage remarquable.
États-Unis
Les États-Unis possèdent deux régions historiques particulièrement importantes pour la tourmaline gemme : la Californie et le Maine. Le district de Pala, dans le comté de San Diego en Californie, a produit de nombreux cristaux roses, verts et bicolores. Le GIA illustre notamment un cristal bicolore provenant de la célèbre Himalaya Mine.
Le Maine est également connu pour ses pegmatites riches en tourmaline. Le GIA a notamment étudié une tourmaline bicolore provenant de Newry dont une partie était rose et l’autre pratiquement incolore.
Madagascar
Madagascar constitue une autre source majeure de tourmalines à zonation complexe. Certaines pierres appartiennent à l’elbaïte, tandis que plusieurs magnifiques cristaux multicolores correspondent à des compositions de liddicoatite ou de fluor-liddicoatite. Les tranches de cristaux malgaches peuvent présenter des triangles, des étoiles à trois branches et plusieurs bandes concentriques successives.
Afrique et Asie
Le Mozambique, le Nigeria, l’Afghanistan et le Pakistan constituent également d’importantes sources internationales de tourmaline gemme. Toutes les pierres provenant de ces pays ne sont évidemment pas bicolores, mais leurs pegmatites produisent une grande diversité de tourmalines riches en couleurs. Le GIA cite notamment le Brésil, les États-Unis, Madagascar, le Nigeria et le Mozambique parmi les principales sources d’elbaïte gemme.
La tourmaline bicolore au Québec
Le Québec possède réellement des occurrences de tourmaline et même d’elbaïte. L’une des localités les plus importantes est la mine Leduc, près du lac Saint-Pierre à Val-des-Monts, en Outaouais. Cette ancienne occurrence pegmatitique est connue pour ses tourmalines colorées et constitue l’un des sites québécois les plus intéressants pour les espèces riches en lithium. Mindat répertorie notamment l’elbaïte à la mine Leduc.
Les travaux consacrés aux tourmalines de la province de Grenville indiquent toutefois qu’une grande partie des tourmalines colorées de la mine Leduc possède une composition dominée par le fluor et se rapproche donc davantage de la fluor-elbaïte. L’elbaïte au sens strict est présente mais semble moins abondante. Cette distinction illustre une caractéristique importante du groupe : deux cristaux présentant exactement les mêmes couleurs peuvent appartenir à des espèces légèrement différentes sur le plan chimique.
Des cristaux fortement zonés et multicolores existent donc au Québec, mais la province ne représente pas actuellement une grande source commerciale internationale de tourmalines bicolores gemmes comparable au Brésil ou à certaines régions d’Afrique et d’Asie. Les occurrences québécoises possèdent surtout un intérêt minéralogique et pour les collectionneurs.
À quoi ressemble une tourmaline bicolore naturelle?
À l’état brut, une tourmaline bicolore présente généralement la morphologie classique du groupe : un cristal prismatique allongé dont les surfaces latérales montrent des stries parallèles à l’axe principal. La section du cristal est souvent approximativement triangulaire avec des côtés légèrement arrondis.
Les deux couleurs peuvent être disposées de manière très différente. Dans certains cristaux, une extrémité rose passe progressivement au vert. Dans d’autres, une séparation presque droite divise les deux couleurs. Certains cristaux sont principalement verts mais possèdent une terminaison rose, bleue ou incolore. Les tourmalines peuvent également comporter une troisième zone intermédiaire transparente ou légèrement colorée.
Les pierres possédant un zonage concentrique sont particulièrement impressionnantes lorsqu’elles sont découpées en tranches. Un cœur rose entouré de vert produit la célèbre apparence de tourmaline pastèque, mais d’autres combinaisons existent. Les recherches gemmologiques montrent que les tourmalines peuvent enregistrer des architectures de croissance extrêmement complexes comprenant plusieurs bandes de couleurs.
Après facettage, le résultat dépend énormément de l’orientation choisie. Une pierre correctement orientée peut présenter une couleur différente à chacune de ses extrémités avec une séparation clairement visible au centre. Une mauvaise orientation peut au contraire mélanger optiquement les couleurs et diminuer fortement l’effet bicolore.
Comment identifier une tourmaline bicolore?
La présence de deux couleurs ne suffit pas à identifier une tourmaline. De nombreuses autres gemmes peuvent présenter un zonage chromatique, notamment le quartz, le corindon et la fluorite. Une identification fiable doit donc reposer sur les propriétés physiques et optiques de la pierre plutôt que sur son apparence seule.
Forme cristalline
Sur un spécimen brut, la combinaison d’un cristal prismatique allongé, de stries longitudinales et d’une section triangulaire ou pseudo-triangulaire constitue un indice important. Cette morphologie est particulièrement caractéristique des tourmalines.
Une pierre déjà facettée ne permet évidemment plus d’observer ces caractéristiques. Les mesures gemmologiques prennent alors beaucoup plus d’importance.
Indice de réfraction
Les tourmalines gemmes présentent généralement des indices de réfraction autour de 1,62 à 1,65. La mesure au réfractomètre permet de distinguer relativement facilement une tourmaline de nombreuses pierres présentant des couleurs similaires.
Une elbaïte bicolore peut néanmoins montrer de légères variations selon sa composition. Une seule valeur ne devrait donc jamais être interprétée indépendamment des autres propriétés.
Biréfringence et caractère optique
La tourmaline est anisotrope et généralement uniaxe négative. Elle possède donc une biréfringence mesurable, contrairement aux matériaux isotropes comme le spinelle.
Cette caractéristique devient particulièrement utile pour séparer une tourmaline d’autres pierres présentant un zonage similaire.
Pléochroïsme
Le pléochroïsme est fréquent et parfois très prononcé. Une zone verte peut devenir sensiblement plus sombre lorsqu’elle est observée selon l’axe principal du cristal, tandis qu’une zone rose peut montrer des variations allant du rose clair à une nuance plus rouge ou brunâtre.
La combinaison du zonage de couleur et du pléochroïsme peut créer une apparence particulièrement complexe dans une pierre facettée.
Inclusions
Les tourmalines naturelles peuvent contenir des tubes de croissance, des inclusions fluides, des fractures cicatrisées et différents cristaux minéraux. Le GIA documente régulièrement ces caractéristiques dans les elbaïtes naturelles et souligne que les tubes de croissance sont particulièrement fréquents.
La microscopie permet ainsi de confirmer plusieurs caractéristiques compatibles avec une tourmaline naturelle, mais aucune inclusion unique ne suffit à identifier toutes les pierres.
Tourmaline bicolore naturelle, synthétique et traitements
Une tourmaline bicolore naturelle possède des zones de couleur développées directement pendant sa croissance géologique. Selon le GIA, aucune véritable tourmaline synthétique de qualité gemme comparable aux rubis, saphirs ou spinelles synthétiques couramment commercialisés n’est actuellement présente sur le marché. Une pierre correctement identifiée comme tourmaline est donc normalement d’origine naturelle, même si elle peut avoir reçu certains traitements après son extraction.
Les imitations demeurent toutefois possibles. Du verre coloré ou d’autres gemmes présentant un zonage naturel peuvent être utilisés pour reproduire visuellement une tourmaline bicolore. Les mesures de l’indice de réfraction, de la densité et de la biréfringence permettent généralement de les distinguer.
Chauffage et irradiation
Certaines tourmalines sont chauffées afin de modifier ou d’éclaircir leur couleur. Le GIA indique notamment que certaines pierres bleues et vertes peuvent subir un chauffage à relativement basse température. Des tourmalines roses peuvent également être irradiées afin d’augmenter l’intensité de leur couleur. Ces traitements ne sont pas nécessairement faciles à détecter avec les méthodes gemmologiques traditionnelles.
Pour une tourmaline bicolore, une modification de l’une des zones peut évidemment changer l’équilibre visuel de l’ensemble de la pierre. Une gemme présentant une combinaison de couleurs particulièrement importante ou possédant une valeur élevée peut donc justifier un rapport provenant d’un laboratoire gemmologique reconnu.
Remplissage des fractures
Les tourmalines colorées sont parfois naturellement fracturées, particulièrement près des frontières entre certaines zones de croissance. Des huiles ou des résines peuvent être introduites dans les fissures atteignant la surface afin de les rendre moins visibles.
Le GIA a spécifiquement documenté l’utilisation de ce type d’amélioration de pureté sur des tourmalines bicolores, des rubellites et des tourmalines Paraíba. Un remplissage ne transforme pas une autre pierre en tourmaline, mais il modifie son apparence et doit être pris en considération lors de l’évaluation et de l’entretien.
Tourmaline bicolore, tourmaline pastèque, amétrine, saphir bicolore ou fluorite bicolore?
Plusieurs pierres peuvent présenter deux couleurs dans un même cristal. Leur composition et leurs propriétés gemmologiques sont toutefois très différentes.
| Propriété | Tourmaline bicolore | Tourmaline pastèque | Amétrine | Saphir bicolore | Fluorite bicolore |
|---|---|---|---|---|---|
| Nature | Tourmaline présentant deux couleurs | Type de tourmaline zonée | Variété de quartz | Corindon zoné | Fluorite zonée |
| Composition principale | Variable, souvent elbaïte | Généralement elbaïte | SiO₂ | Al₂O₃ | CaF₂ |
| Zonage caractéristique | Deux couleurs longitudinales ou concentriques | Centre rose/rouge et extérieur vert | Violet et jaune | Plusieurs couleurs possibles | Plusieurs couleurs possibles |
| Système cristallin | Trigonal | Trigonal | Trigonal | Trigonal | Cubique |
| Dureté Mohs | 7–7,5 | 7–7,5 | 7 | 9 | 4 |
| Indice de réfraction | Env. 1,62–1,65 | Env. 1,62–1,65 | Env. 1,54–1,55 | Env. 1,76–1,77 | Env. 1,43 |
| Biréfringence | Marquée | Marquée | Présente | Présente | Aucune |
| Densité approximative | Env. 3,0–3,2 | Env. 3,0–3,2 | Env. 2,65 | Env. 4,0 | Env. 3,18 |
| Principale distinction | Zonage très variable et fort pléochroïsme | Configuration particulière de la tourmaline bicolore | RI et densité nettement plus faibles | Beaucoup plus dur et plus dense | Beaucoup plus tendre et isotrope |
La tourmaline pastèque n’est donc pas une pierre différente de la tourmaline bicolore. Il s’agit plutôt d’une configuration particulière dans laquelle un cœur généralement rose à rouge est entouré d’une zone verte. Une tourmaline dont une moitié est rose et l’autre verte peut être bicolore sans présenter la structure concentrique nécessaire pour correspondre réellement à l’apparence « pastèque ».
L’amétrine constitue une confusion possible lorsque les couleurs sont jaune et violette. Il s’agit cependant de quartz et ses indices de réfraction ainsi que sa densité sont nettement inférieurs à ceux de la tourmaline.
Un saphir bicolore est beaucoup plus dur et possède une densité et des indices de réfraction plus élevés. La fluorite est au contraire beaucoup plus tendre et appartient au système cristallin cubique, ce qui la rend optiquement isotrope.
Qualité, rareté et valeur de la tourmaline bicolore
La qualité d’une tourmaline bicolore dépend principalement de la combinaison des couleurs, de leur saturation, de la disposition du zonage, de la transparence, des inclusions, du poids et de la qualité du facettage. Il n’existe pas de système universel reconnu attribuant automatiquement des grades comme A, AA ou AAA aux tourmalines bicolores.
Couleurs et contraste
Une séparation clairement visible entre deux couleurs attractives constitue généralement l’une des caractéristiques les plus recherchées. Les combinaisons rose et vert sont particulièrement connues, mais la valeur ne dépend pas simplement du nom des couleurs. Leur intensité, leur équilibre et la façon dont elles apparaissent une fois la pierre observée de face sont plus importantes.
Une gemme présentant deux couleurs bien saturées et suffisamment lumineuses peut être particulièrement spectaculaire. À l’inverse, une moitié presque noire ou une transition boueuse entre les couleurs peut réduire l’effet visuel même si la pierre possède techniquement deux zones différentes.
Position du zonage
La position de la frontière entre les couleurs influence énormément l’apparence finale. Une séparation située approximativement au centre de la pierre peut produire une composition équilibrée, mais certaines tailles utilisent volontairement une proportion différente afin de créer un effet artistique.
Une frontière nette augmente souvent l’impression de bicoloration. Une transition progressive peut néanmoins être tout aussi intéressante lorsqu’elle produit un dégradé harmonieux entre les deux extrémités.
Transparence et inclusions
Une bonne transparence permet généralement aux couleurs et aux facettes de s’exprimer plus clairement. Les inclusions visibles peuvent diminuer la valeur d’une pierre destinée à la joaillerie lorsqu’elles nuisent fortement à la transmission de la lumière.
Les zones de transition peuvent parfois comporter des fractures ou des irrégularités de croissance. Geology.com souligne que les cristaux zonés peuvent présenter des problèmes de pureté près des changements de couleur, sans pour autant perdre leur intérêt lorsque le contraste chromatique demeure particulièrement esthétique.
Taille et orientation
Le travail du lapidaire joue probablement un rôle encore plus important pour une tourmaline bicolore que pour une pierre possédant une couleur uniforme. Il faut simultanément considérer la forme du brut, la position des différentes zones, le pléochroïsme et le rendement en poids.
Une taille trop profonde peut rendre certaines zones excessivement sombres. Une mauvaise orientation peut également superposer visuellement les deux couleurs et produire une teinte intermédiaire peu définie. Les pierres les plus réussies montrent clairement leur caractère bicolore lorsque la gemme est regardée normalement de face.
Dimensions et poids
De grandes tourmalines bicolores transparentes possédant deux couleurs attrayantes et une séparation bien positionnée sont moins faciles à obtenir que de petits fragments issus du même cristal. Les grands cristaux naturels présentent fréquemment davantage de fractures ou de changements de qualité entre leurs différentes zones.
Le poids en carats ne suffit cependant pas à déterminer la valeur. Une pierre plus petite possédant une excellente transparence, une séparation nette et deux couleurs remarquablement équilibrées peut être plus recherchée qu’une gemme beaucoup plus grande mais sombre ou fortement incluse.
Utilisation en joaillerie et entretien
Avec une dureté comprise autour de 7 à 7,5 sur l’échelle de Mohs, la tourmaline bicolore convient bien aux pendentifs, boucles d’oreilles et autres bijoux. Elle peut également être utilisée dans une bague, mais une monture protégeant suffisamment les arêtes est préférable pour une pierre importante ou portée quotidiennement.
Les tailles rectangulaires et allongées sont particulièrement fréquentes parce qu’elles permettent de conserver deux zones colorées visibles dans une même pierre. Les tailles émeraude, baguette, coussin et certaines formes fantaisie peuvent ainsi mettre en valeur une transition longitudinale. Les cristaux présentant un zonage concentrique sont quant à eux souvent transformés en tranches polies, pendentifs ou pierres de collection.
Pour le nettoyage courant, de l’eau tiède et un savon doux constituent la méthode la plus prudente. Une brosse souple peut être utilisée lorsque la monture le permet, puis la pierre doit être soigneusement rincée et séchée. Les changements brusques de température et les chocs doivent être évités, particulièrement lorsqu’un cristal comporte des fractures naturelles.
Le nettoyage par ultrasons ou à la vapeur demande davantage de prudence. Une tourmaline très propre et non traitée peut parfois le supporter, mais les pierres fortement incluses, fracturées ou remplies de résine peuvent être endommagées. Pour une tourmaline bicolore dont les traitements sont inconnus, un nettoyage manuel doux demeure donc l’option la plus sécuritaire.