Zéolite : le guide de référence
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Les zéolites forment un vaste groupe de minéraux principalement composés d’aluminosilicates hydratés. Elles sont surtout connues pour leur structure cristalline ouverte, traversée de minuscules cavités et canaux pouvant contenir de l’eau ainsi que différents ions comme le sodium, le calcium ou le potassium. Cette architecture particulière explique plusieurs de leurs propriétés minéralogiques et leurs nombreuses applications industrielles.
Dans les collections minéralogiques, les zéolites sont particulièrement appréciées pour la diversité spectaculaire de leurs formes. Certaines développent de longues aiguilles blanches, d’autres des gerbes, des rosettes, des cristaux tabulaires, des formes presque cubiques ou encore des agrégats fibreux extrêmement fins. La stilbite, l’heulandite, la natrolite, la scolécite, la mésolite, la chabazite, l’analcime et la mordenite comptent parmi les membres les plus connus du groupe.
Il est toutefois important de comprendre que « zéolite » n’est pas le nom d’une seule espèce minérale. Deux spécimens vendus sous le nom de zéolite peuvent donc posséder une composition chimique, une structure cristalline, une dureté et une apparence complètement différentes. Une identification précise nécessite de déterminer l’espèce réellement présente.
La zéolite en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom | Zéolite |
| Nature du nom | Groupe de minéraux |
| Classe minérale | Silicates |
| Sous-classe | Principalement tectosilicates |
| Composition générale | Aluminosilicates hydratés contenant notamment Na, Ca, K et parfois d’autres cations |
| Structure caractéristique | Charpente tridimensionnelle comportant des cavités et des canaux |
| Eau structurale | Présente dans les cavités de nombreuses espèces |
| Cations fréquents | Sodium, calcium, potassium; selon l’espèce, d’autres éléments peuvent intervenir |
| Couleurs fréquentes | Incolore, blanc, crème, jaune, rose, pêche, gris, verdâtre |
| Dureté | Variable selon l’espèce; plusieurs zéolites communes se situent autour de 3,5 à 5,5 |
| Densité | Généralement faible pour de nombreuses espèces courantes |
| Éclat | Vitreux, nacré ou parfois soyeux |
| Transparence | Transparente à opaque selon l’espèce et l’habitus |
| Habitus fréquents | Aiguilles, fibres, prismes, tablettes, gerbes, rosettes, agrégats radiés |
| Environnement typique | Cavités de roches volcaniques, altération hydrothermale, tufs volcaniques et certains dépôts sédimentaires |
| Exemples | Stilbite, heulandite, natrolite, scolécite, mésolite, chabazite, analcime, mordenite |
| Présence au Québec | Oui, plusieurs espèces sont documentées |
| Utilisations | Collection, recherche, adsorption, échange ionique, séparation moléculaire et catalyse |
Les propriétés indiquées dans ce tableau sont nécessairement générales. Une stilbite et une natrolite appartiennent toutes les deux au groupe des zéolites, mais elles n’ont ni exactement la même composition, ni la même dureté, ni le même système cristallin.
Qu’est-ce qu’une zéolite?
Une zéolite est un minéral cristallin possédant une charpente construite principalement à partir de tétraèdres reliés entre eux. Dans les zéolites classiques, ces tétraèdres sont principalement constitués de silicium ou d’aluminium entourés d’oxygène. Leur assemblage crée une structure tridimensionnelle contenant des espaces microscopiques.
Ces cavités peuvent accueillir des molécules d’eau ainsi que des cations qui compensent la charge électrique de la charpente. Plusieurs de ces cations peuvent être échangés sans que l’ensemble de la structure cristalline soit nécessairement détruit, tandis qu’une partie de l’eau peut être retirée dans certaines conditions. Cette caractéristique est à l’origine du comportement de « tamis moléculaire » de nombreuses zéolites.
Le Musée canadien de la nature décrit également cette structure comme une charpente comportant des canaux pouvant contenir de l’eau et des cations échangeables. Cette architecture distingue fortement les zéolites de nombreux autres silicates plus compacts.
Un groupe plutôt qu’un minéral unique
Le terme zéolite fonctionne donc de la même manière que le nom d’une grande famille.
Parmi les espèces et séries fréquemment rencontrées figurent notamment :
-
la stilbite-Ca;
-
l’heulandite-Ca;
-
la chabazite-Ca;
-
la natrolite;
-
la scolécite;
-
la mésolite;
-
la mordenite;
-
l’analcime;
-
la laumontite;
-
la thomsonite-Ca;
-
la clinoptilolite;
-
et plusieurs dizaines d’autres espèces.
La nomenclature moderne reconnaît les espèces selon leur structure et leur composition. Dans certaines séries, le suffixe -Ca, -Na ou -K, par exemple, indique quel élément domine un site particulier de la structure.
Pourquoi les zéolites ont-elles des couleurs variées?
De nombreuses zéolites chimiquement relativement pures sont incolores ou blanches. Elles peuvent néanmoins présenter une gamme beaucoup plus étendue de couleurs, notamment du crème, du jaune, du rose, du pêche, du rougeâtre, du brun ou du verdâtre.
La couleur ne possède pas une origine unique pour l’ensemble du groupe. Elle dépend de l’espèce, de sa composition, de la présence d’éléments en faibles concentrations, d’inclusions microscopiques et parfois de minéraux déposés avec ou sur les cristaux.
Blanc et incolore
Les cristaux transparents ou incolores sont fréquents chez plusieurs espèces.
La natrolite, la mésolite et la scolécite sont particulièrement connues pour leurs cristaux blancs ou incolores en aiguilles. L’analcime forme également fréquemment des cristaux incolores à blancs.
Lorsque des milliers de très petits cristaux sont réunis, la diffusion de la lumière peut donner un aspect blanc même si chaque cristal individuel est presque transparent.
Rose, pêche et jaune
La stilbite est célèbre pour ses couleurs blanches, crème, roses ou pêche. L’heulandite peut elle aussi présenter des teintes similaires.
La cause exacte d’une coloration doit toutefois être étudiée au cas par cas. Il serait incorrect d’attribuer automatiquement toutes les zéolites roses, jaunes ou vertes au même élément chimique.
Revêtements et associations
Un cristal peut également sembler coloré parce qu’il est recouvert ou accompagné d’autres minéraux.
Les oxydes de fer, la calcite, le quartz et différents minéraux secondaires peuvent modifier considérablement l’apparence générale d’un spécimen sans que la zéolite elle-même possède nécessairement cette couleur.
Composition chimique et structure cristalline
Il n’existe pas de formule chimique unique pour la zéolite.
La caractéristique fondamentale du groupe réside davantage dans son architecture cristalline que dans une composition exacte. Les zéolites classiques possèdent une charpente tridimensionnelle dans laquelle des tétraèdres de SiO₄ et AlO₄ sont reliés par leurs sommets.
L’introduction d’aluminium dans une charpente silicatée produit une charge qui doit être compensée par des cations situés dans les cavités. Parmi les plus fréquents se trouvent :
le sodium;
le calcium;
le potassium;
et, dans certaines espèces, le baryum, le strontium ou d’autres éléments.
L’eau se trouve elle aussi dans les cavités de nombreuses zéolites.
Une structure microporeuse
Les canaux et cavités de la structure possèdent des dimensions extrêmement petites.
Cette porosité ordonnée permet à certaines molécules d’entrer dans la structure tandis que d’autres en sont exclues. Les zéolites peuvent ainsi agir comme adsorbants, échangeurs d’ions ou tamis moléculaires.
L’International Zeolite Association classe les différentes architectures à l’aide de codes structuraux constitués de trois lettres. Ces codes décrivent le type de charpente plutôt qu’une composition chimique particulière.
Des structures différentes selon l’espèce
Toutes les zéolites ne cristallisent pas dans le même système.
La natrolite est orthorhombique, la stilbite-Ca principalement monoclinique et la chabazite possède une structure très différente permettant la formation de cristaux rhomboédriques. L’analcime développe quant à elle des cristaux souvent presque cubiques.
Cette diversité explique pourquoi il n’existe pas une « forme de zéolite » universelle.
Propriétés physiques et optiques
Les propriétés physiques varient considérablement d’une zéolite à l’autre.
Plusieurs espèces courantes possèdent cependant une densité relativement faible en raison de leur charpente ouverte et de leurs cavités internes. Leur dureté est également généralement modérée.
Une stilbite-Ca se situe autour de 3,5 à 4 sur l’échelle de Mohs, tandis qu’une natrolite atteint environ 5 à 5,5. L’analcime possède elle aussi une dureté proche de 5 à 5,5.
Éclat
L’éclat est généralement vitreux sur les faces cristallines.
Certaines espèces peuvent cependant présenter un éclat nacré sur leurs plans de clivage. Les agrégats extrêmement fins ou fibreux peuvent produire un aspect soyeux.
Transparence
Les zéolites peuvent être transparentes, translucides ou opaques.
Les cristaux bien développés de natrolite, de chabazite ou d’analcime peuvent être suffisamment transparents pour laisser traverser facilement la lumière. Les agrégats très fins deviennent généralement beaucoup plus opaques.
Clivage et fragilité
Plusieurs zéolites possèdent un clivage bien développé et demeurent relativement fragiles.
Cette combinaison d’une dureté modérée, d’un clivage et d’habitus parfois extrêmement fins explique pourquoi les spécimens peuvent être facilement endommagés pendant le transport ou le nettoyage.
Comment se forment les zéolites?
Les zéolites se forment principalement lorsque des matériaux riches en silicium et en aluminium interagissent avec de l’eau dans des conditions chimiques appropriées.
L’altération de roches volcaniques constitue l’un des mécanismes les plus fréquents. Le Musée canadien de la nature souligne notamment l’importance de l’interaction entre les roches volcaniques et des fluides aqueux dans leur formation.
Cavités dans les roches volcaniques
Lorsqu’une lave se solidifie, les bulles de gaz peuvent laisser des cavités dans la roche.
Après le refroidissement, des eaux circulant dans les fractures transportent du silicium, de l’aluminium, du calcium, du sodium et d’autres éléments. Ces solutions peuvent pénétrer dans les cavités et y déposer progressivement des minéraux secondaires.
Des zéolites cristallisent alors sur les parois.
Plusieurs générations de minéraux peuvent se succéder dans une même cavité, ce qui explique les associations spectaculaires de stilbite, heulandite, calcite, quartz, apophyllite et différentes autres espèces.
Altération hydrothermale de basse température
Les zéolites peuvent également se former lors de la circulation de fluides hydrothermaux relativement peu chauds dans des fractures et des cavités.
Dans la Ceinture métasédimentaire centrale de la province de Grenville, qui comprend plusieurs occurrences québécoises, une étude importante conclut que de nombreuses zéolites se sont probablement développées par circulation de solutions de basse température dans les fractures, failles et autres espaces ouverts des roches.
Transformation des cendres volcaniques
D’immenses quantités de zéolites ne se présentent pas nécessairement sous forme de beaux cristaux dans des cavités.
Des couches entières de cendres volcaniques et de tufs peuvent être transformées en minéraux zéolitiques lorsque le verre volcanique réagit avec les eaux environnantes. Le phénomène est particulièrement important dans certains bassins lacustres alcalins.
Ces dépôts constituent une source importante de zéolites utilisées industriellement.
Où trouve-t-on les zéolites dans le monde?
Les zéolites sont présentes dans de nombreuses régions volcaniques et sédimentaires du monde.
Certaines localités sont surtout importantes pour les magnifiques cristaux destinés aux collections, tandis que d’autres possèdent d’immenses couches de roche riche en zéolites exploitées industriellement.
Inde
Les trapps du Deccan, dans l’ouest de l’Inde, constituent l’une des régions les plus célèbres au monde pour les zéolites de collection.
Les cavités présentes dans les énormes empilements de basaltes ont produit des associations remarquables de stilbite, heulandite, scolécite, mésolite, laumontite et autres minéraux secondaires. Une étude minéralogique des trapps du Deccan a notamment mis en évidence plusieurs zones distinctes de zéolitisation associées à la circulation des fluides dans les roches volcaniques.
Les régions de Maharashtra autour de Pune, Nashik et Mumbai sont particulièrement connues des collectionneurs.
Islande
L’Islande représente une autre région classique.
Ses épaisses séries de basaltes renferment de nombreuses cavités dans lesquelles des fluides ont déposé des zéolites après le refroidissement de la lave. Ces occurrences historiques ont joué un rôle important dans l’étude des minéraux du groupe.
États-Unis
L’ouest des États-Unis possède d’immenses dépôts formés par l’altération de cendres et de tufs volcaniques.
Des espèces comme la clinoptilolite, la chabazite, la mordenite et l’analcime peuvent y constituer une partie importante de certaines couches rocheuses. L’USGS documente notamment la transformation du verre volcanique en zéolites dans plusieurs anciens environnements lacustres.
Europe
L’Italie, la Grèce et plusieurs autres régions européennes possèdent également des occurrences importantes.
En Grèce, des dépôts riches en heulandite, clinoptilolite, mordenite et analcime sont documentés dans différentes formations pyroclastiques et lacustres.
Les zéolites ne sont donc pas associées à une seule province géologique : elles apparaissent partout où la composition des roches, l’eau, la température et la chimie des fluides permettent leur formation.
Les zéolites au Québec
Le Québec possède une diversité remarquable de zéolites.
Elles sont documentées aussi bien dans les complexes alcalins de la Montérégie que dans plusieurs localités de la province géologique de Grenville, notamment dans les Laurentides et en Outaouais.
Mont Saint-Hilaire
Le mont Saint-Hilaire constitue l’une des localités minéralogiques les plus importantes du Québec.
Des documents de Géologie Québec décrivent notamment des cristallisations secondaires d’analcime dans les roches du complexe alcalin. D’autres zéolites y sont également documentées, dont différentes chabazites, la natrolite et la gmélinite-Na.
L’analcime peut y former des cristaux particulièrement bien développés dans les cavités des roches alcalines.
Laurentides
Plusieurs occurrences particulièrement intéressantes sont connues dans les Laurentides.
À la coupe routière de White Road, près de Harrington, une étude consacrée aux zéolites de la province de Grenville documente notamment :
la chabazite-Ca;
l’heulandite-Ca;
la mésolite;
et la thomsonite-Ca.
À Laurel, dans Wentworth-Nord, la diversité est encore plus importante. Des espèces comme la clinoptilolite-Ca, la cowlesite, l’heulandite-Ca, la mésolite, la stilbite-Ca, la thomsonite-Ca et la chabazite-Ca y ont été documentées.
Outaouais
L’Outaouais possède également plusieurs occurrences.
La mine Seybold, près de Val-des-Monts, possède notamment de la chabazite-Ca, de l’heulandite-Ca et de la stilbite-Ca. Dans le secteur du lac Pythonga près de Maniwaki, plusieurs de ces mêmes espèces sont également documentées.
La mine Haycock est quant à elle connue pour la présence de scolécite.
Les zéolites du Québec ne correspondent donc pas à une seule espèce ni à un seul contexte géologique. Leur diversité constitue précisément l’un des aspects les plus intéressants de leur étude dans la province.
À quoi ressemble une zéolite naturelle?
Il n’existe pas une apparence unique permettant de reconnaître toutes les zéolites.
Certaines espèces sont tellement différentes qu’un débutant pourrait facilement croire qu’elles appartiennent à des familles minérales complètement distinctes.
Cristaux en aiguilles
La natrolite, la scolécite et la mésolite sont célèbres pour leurs cristaux allongés.
Ils peuvent former :
des aiguilles isolées;
des gerbes rayonnantes;
des sphères couvertes de cristaux;
ou des tapis de fibres extrêmement fines.
La mésolite peut produire des cristaux particulièrement délicats ressemblant presque à des cheveux minéraux.
Gerbes et nœuds papillon
La stilbite développe fréquemment des cristaux aplatis regroupés en faisceaux.
Ces agrégats peuvent prendre la forme de gerbes, d’éventails ou de structures ressemblant à des nœuds papillon. Cet habitus est l’un des aspects les plus reconnaissables des spécimens classiques de stilbite.
Cristaux tabulaires
L’heulandite possède souvent des cristaux plus larges et aplatis.
Leur forme peut paraître rectangulaire, tabulaire ou légèrement inclinée, avec un éclat parfois nacré sur certaines surfaces.
Cristaux presque cubiques
L’analcime offre une apparence complètement différente.
Ses cristaux sont souvent des trapézoèdres qui peuvent sembler presque sphériques ou presque cubiques au premier regard. Leur couleur est généralement blanche ou incolore, mais d’autres nuances existent.
Rhomboèdres
La chabazite produit fréquemment des cristaux rhomboédriques.
Certaines macles donnent l’impression d’observer de petits cubes légèrement déformés.
Cette diversité montre pourquoi le mot « zéolite » ne suffit jamais à décrire précisément l’apparence d’un spécimen.
Comment identifier une zéolite?
L’identification d’une zéolite commence généralement par l’observation de son habitus, de sa couleur, de son éclat et des minéraux qui l’accompagnent.
Ces critères permettent souvent de réduire le nombre de possibilités, mais ils ne garantissent pas une identification définitive.
Forme des cristaux
La morphologie constitue un premier indice particulièrement utile.
Une gerbe aplatie peut orienter vers la stilbite, tandis que de longues aiguilles peuvent suggérer la natrolite, la mésolite ou la scolécite. Des cristaux trapézoédriques évoquent davantage l’analcime.
Le problème apparaît lorsque plusieurs espèces développent presque exactement le même habitus.
Dureté
La dureté permet parfois de séparer certaines espèces.
La stilbite se situe généralement autour de 3,5 à 4, tandis que la natrolite et la scolécite se rapprochent davantage de 5 à 5,5.
Le test de dureté doit toutefois être utilisé avec prudence sur les spécimens de collection, car il peut endommager définitivement les cristaux.
Densité et propriétés optiques
La densité, les indices de réfraction et le comportement sous lumière polarisée peuvent fournir des indices supplémentaires.
Ces propriétés deviennent particulièrement intéressantes lorsqu’un cristal est suffisamment gros, transparent et intact pour permettre des mesures.
Diffraction des rayons X
Lorsque plusieurs zéolites proches sont présentes dans une même localité, l’apparence ne suffit parfois plus.
La diffraction des rayons X constitue alors l’une des méthodes les plus fiables pour déterminer la structure cristalline. Une analyse chimique peut également être nécessaire lorsque deux membres d’une même série se distinguent principalement par le cation dominant.
La mésolite, la natrolite et la scolécite illustrent particulièrement bien cette difficulté : leurs cristaux blancs et aciculaires peuvent être suffisamment semblables pour nécessiter une caractérisation spécialisée.
Zéolites naturelles, synthétiques et traitements
Une zéolite naturelle s’est formée par des processus géologiques sans intervention humaine.
Les zéolites synthétiques sont au contraire produites artificiellement en contrôlant la composition, la température et les conditions de cristallisation. Elles occupent aujourd’hui une place considérable dans l’industrie chimique.
Zéolites synthétiques
La fabrication de zéolites permet de contrôler avec une grande précision :
la taille des pores;
la composition de la charpente;
la morphologie des cristaux;
et les propriétés d’adsorption ou de catalyse.
Les zéolites synthétiques sont ainsi largement utilisées comme catalyseurs, adsorbants, échangeurs d’ions et matériaux de séparation.
Une zéolite synthétique n’est donc pas nécessairement une imitation destinée à ressembler à un cristal naturel de collection. Dans la majorité des cas, sa fonction est technologique.
Déshydratation et chauffage
L’eau contenue dans la structure constitue une caractéristique fondamentale de nombreuses zéolites.
Un chauffage peut provoquer une perte d’eau et modifier les propriétés physiques ou même la structure de certaines espèces. La réaction exacte dépend fortement de la zéolite concernée.
La chaleur doit donc être considérée avec prudence pour les spécimens de collection. Un traitement thermique n’est pas un procédé universel permettant « d’améliorer » une zéolite.
L’identification reste la principale difficulté
Pour un spécimen minéralogique, la question essentielle est souvent moins de savoir s’il a été traité que de déterminer quelle zéolite est réellement présente.
Une étiquette indiquant simplement « zéolite » donne une information incomplète. Une identification précise devrait idéalement indiquer l’espèce ou, lorsqu’elle ne peut être déterminée avec certitude, la série ou le sous-groupe correspondant.
Stilbite, heulandite, natrolite, scolécite ou analcime?
Plusieurs des zéolites les plus connues peuvent être distinguées par leur forme cristalline et leurs propriétés physiques.
| Propriété | Stilbite-Ca | Heulandite-Ca | Natrolite | Scolécite | Analcime |
|---|---|---|---|---|---|
| Groupe | Zéolites | Zéolites | Zéolites | Zéolites | Zéolites |
| Système cristallin | Monoclinique | Monoclinique | Orthorhombique | Monoclinique | Souvent pseudocubique |
| Dureté Mohs | 3,5–4 | Env. 3,5–4 | 5–5,5 | 5–5,5 | 5–5,5 |
| Densité approximative | Env. 2,1–2,2 | Env. 2,1–2,2 | Env. 2,20–2,26 | Env. 2,25–2,29 | Env. 2,24–2,29 |
| Couleurs fréquentes | Blanc, crème, pêche, rose | Blanc, rose, pêche, brunâtre | Incolore, blanc, parfois coloré | Incolore, blanc | Incolore, blanc, gris, rose |
| Habitus typique | Gerbes, éventails, nœuds papillon | Cristaux tabulaires | Aiguilles et prismes allongés | Aiguilles et gerbes rayonnantes | Trapézoèdres |
| Éclat | Vitreux à nacré | Vitreux à nacré | Vitreux à soyeux | Vitreux à soyeux | Vitreux |
| Principal indice visuel | Gerbes aplaties | Tablettes bien développées | Longues aiguilles droites | Gerbes blanches aciculaires | Cristaux presque cubiques |
La stilbite est généralement la plus facile à reconnaître lorsqu’elle forme ses gerbes caractéristiques. Sa faible dureté constitue également un indice important.
L’heulandite présente souvent des cristaux plus plats et tabulaires. Son aspect peut cependant devenir très semblable à celui de la stilbite lorsque les cristaux sont petits ou mal développés.
La natrolite forme de longues aiguilles ou des prismes extrêmement minces. Elle est sensiblement plus dure que la stilbite.
La scolécite ressemble énormément à la natrolite et à la mésolite. Une identification uniquement basée sur une photographie est souvent insuffisante.
L’analcime se distingue davantage grâce à ses cristaux trapézoédriques presque cubiques et à son habitus très différent des zéolites fibreuses.
Qualité, rareté et valeur des zéolites
Il n’existe pas de système universel permettant de classer toutes les zéolites selon des grades comme A, AA ou AAA.
Le groupe est beaucoup trop diversifié pour qu’un tel système ait une signification minéralogique réelle.
Espèce
Certaines zéolites sont relativement communes tandis que d’autres sont extrêmement rares.
La valeur d’un spécimen dépend donc d’abord de l’espèce réellement présente et de la difficulté à obtenir du matériel comparable.
Qualité des cristaux
Pour un spécimen de collection, les cristaux bien terminés et intacts sont généralement davantage recherchés.
Cette caractéristique est particulièrement importante pour les espèces aciculaires comme la mésolite, la natrolite et la scolécite, dont les extrémités peuvent facilement être cassées.
Taille
La taille doit être considérée avec la qualité.
Un grand cristal intact peut être remarquable pour une espèce normalement observée sous forme de minuscules cristaux, mais un spécimen massif sans faces bien développées ne possède pas nécessairement la même valeur minéralogique.
Couleur et esthétique
Les couleurs inhabituelles peuvent contribuer à l’intérêt d’un spécimen.
Les stilbites pêche ou rose, les heulandites colorées et les associations contrastées avec de l’apophyllite, de la calcite ou du quartz peuvent être particulièrement esthétiques.
La disposition des cristaux sur la matrice joue également un rôle considérable.
Provenance
Une provenance précise peut fortement augmenter l’intérêt scientifique et historique d’une zéolite.
Un spécimen provenant d’une localité classique, d’un gisement fermé ou d’une occurrence produisant une association minérale inhabituelle peut posséder un intérêt bien supérieur à celui d’un cristal similaire dont l’origine est inconnue.
Utilisation en joaillerie et entretien
La majorité des zéolites sont avant tout des minéraux de collection plutôt que des pierres destinées à la joaillerie quotidienne.
Leur dureté modérée, leur fragilité et leur clivage rendent plusieurs espèces beaucoup plus délicates que le quartz, le spinelle ou le corindon.
Joaillerie
Certains cristaux transparents peuvent exceptionnellement être taillés.
La natrolite de qualité gemme représente un exemple : elle peut être suffisamment transparente pour être facettée, mais les cristaux utilisables sont rares et la pierre demeure fragile. Sa dureté de 5 à 5,5 et son clivage parfait limitent fortement son utilisation dans les bijoux exposés aux chocs.
Une zéolite facettée convient donc généralement davantage :
aux collections gemmologiques;
aux pendentifs portés occasionnellement;
aux boucles d’oreilles;
ou aux bijoux bénéficiant d’une monture très protectrice.
Les bagues destinées à être portées quotidiennement sont beaucoup moins adaptées.
Nettoyage
Les spécimens cristallisés doivent être manipulés avec beaucoup de précautions.
Les gerbes de stilbite et les aiguilles de mésolite, de scolécite ou de natrolite peuvent se casser sous une pression extrêmement faible. Un nettoyage mécanique agressif peut détruire en quelques secondes des cristaux qui ont nécessité des milliers ou des millions d’années pour se développer.
L’eau à température ambiante ou légèrement tiède peut convenir à certains spécimens stables, mais il faut éviter les changements brusques de température et les produits chimiques agressifs lorsque l’espèce et les minéraux associés ne sont pas parfaitement connus.
Les nettoyeurs à ultrasons et la vapeur sont généralement déconseillés pour les spécimens délicats.
Enfin, il ne faut pas considérer toutes les zéolites comme présentant exactement les mêmes caractéristiques. L’érionite, par exemple, peut former des fibres dangereuses lorsqu’elles sont libérées dans l’air; le NIOSH recommande d’éviter l’exposition aux poussières provenant de matériaux contenant de l’érionite. Il est donc préférable de ne pas couper, poncer ou broyer une zéolite fibreuse inconnue sans identification et mesures de protection appropriées.