Sinhalite : le guide de référence
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La sinhalite est un rare borate de magnésium et d’aluminium de formule chimique MgAlBO₄. Principalement connue dans des couleurs jaune pâle, jaune brunâtre, brun doré, brun verdâtre à brun foncé, elle peut également être presque incolore, verte ou, beaucoup plus rarement, rose pâle.
Pendant de nombreuses années, les sinhalites gemmes provenant du Sri Lanka ont été prises pour du péridot brun. Leur apparence, leur dureté et certaines de leurs propriétés optiques étaient suffisamment proches pour entretenir cette confusion. Ce n’est qu’en 1952 que des analyses cristallographiques démontrèrent que ces pierres appartenaient en réalité à une espèce minérale complètement différente.
La sinhalite peut produire des gemmes transparentes relativement importantes et particulièrement brillantes. Elle reste cependant beaucoup moins connue que le péridot, le chrysobéryl ou le zircon. Le Sri Lanka demeure sa provenance gemmologique classique, tandis que des occurrences sont également documentées au Myanmar, en Tanzanie, en Chine, en Russie, à Madagascar, aux États-Unis et au Canada.
La sinhalite en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom | Sinhalite |
| Formule chimique | MgAlBO₄ |
| Classe minérale | Borates |
| Type | Borate anhydre de magnésium et d’aluminium |
| Système cristallin | Orthorhombique |
| Couleur | Incolore, jaune pâle, jaune, brun doré, brun verdâtre, brun foncé, rarement rose pâle |
| Dureté | 6,5 à 7 sur l’échelle de Mohs |
| Densité | Environ 3,47 à 3,50 |
| Indices de réfraction | Environ 1,667 à 1,712 |
| Biréfringence | Environ 0,037 à 0,039 pour de nombreuses gemmes |
| Caractère optique | Biaxe négatif |
| Éclat | Vitreux |
| Transparence | Transparente à translucide |
| Trait | Blanc |
| Cassure | Conchoïdale |
| Ténacité | Fragile |
| Pléochroïsme | Faible à modéré, parfois bien visible dans les pierres colorées |
| Dispersion | Environ 0,017 |
| Habitus | Cristaux équants à prismatiques, grains irréguliers |
| Principal élément associé aux couleurs jaune-brun | Fer |
| Couleur rose possible | Matériau contenant du chrome |
| Localité type | Sri Lanka |
| Principales provenances gemmes | Sri Lanka, Myanmar, Tanzanie |
| Utilisation comme gemme | Oui, rare |
| Présence au Canada | Oui, notamment en Ontario |
| Présence documentée au Québec | Non à ce jour |
La sinhalite possède notamment une densité sensiblement supérieure à celle du péridot et un arrangement particulier de ses trois indices de réfraction. Ces caractéristiques permettent de la distinguer assez facilement lorsqu’une véritable analyse gemmologique est réalisée.
Qu’est-ce que la sinhalite?
La sinhalite est une espèce minérale naturelle constituée essentiellement de magnésium, d’aluminium, de bore et d’oxygène.
Sa formule chimique est :
MgAlBO₄
Contrairement à ce que son apparence pourrait parfois laisser croire, la sinhalite n’est donc ni une variété de péridot ni un silicate.
Elle appartient à la classe des borates.
Le bore fait partie intégrante de sa structure cristalline et constitue un élément essentiel de l’espèce.
Une gemme longtemps prise pour du péridot
L’histoire de la sinhalite est particulièrement intéressante.
Pendant des décennies, des pierres jaunes et brunes provenant des graviers gemmifères du Sri Lanka furent classées comme :
péridot;
olivine brune;
chrysobéryl;
zircon;
ou parfois tourmaline.
Les pierres avaient une apparence suffisamment proche du péridot pour que même des spécimens présents dans d’anciennes collections minéralogiques aient reçu cette identification.
Les tests gemmologiques disponibles à l’époque semblaient également relativement compatibles avec une olivine riche en fer.
Reconnaissance d’une nouvelle espèce
Au milieu du XXe siècle, des analyses plus poussées montrèrent que certaines propriétés ne correspondaient pas parfaitement au péridot.
L’étude par diffraction des rayons X fut déterminante.
En 1952, G. F. Claringbull et M. H. Hey décrivirent officiellement la sinhalite comme une nouvelle espèce minérale.
La découverte fut particulièrement remarquable puisqu’une quantité importante du matériau existait déjà dans les collections gemmologiques sous de mauvaises identifications.
Pourquoi le nom sinhalite?
Le nom fait référence à Sinhala, terme historiquement associé au Sri Lanka et à sa population cinghalaise.
L’espèce ayant été reconnue à partir de pierres provenant du Sri Lanka, cette appellation constitue directement un hommage à son pays d’origine.
Le Sri Lanka reste aujourd’hui encore la provenance la plus emblématique pour la sinhalite de qualité gemme.
Pourquoi la sinhalite est-elle jaune, brune ou verte?
Une sinhalite très pauvre en éléments chromophores peut être presque incolore.
Les couleurs jaunes, brunes et verdâtres caractéristiques du matériau naturel sont principalement associées à la présence de fer dans la structure cristalline.
Les observations réalisées sur les pierres sri-lankaises montrent une relation assez claire entre l’augmentation de la teneur en fer et l’intensification de la couleur.
Sinhalite jaune pâle
Les pierres contenant relativement peu de fer peuvent présenter :
une couleur jaune très pâle;
une nuance champagne;
un jaune légèrement verdâtre;
ou une apparence presque incolore.
Ces couleurs peuvent être très délicates, surtout dans les petites pierres.
Une excellente transparence peut néanmoins donner à ces sinhalites une belle luminosité lorsqu’elles sont correctement facettées.
Sinhalite brun doré
Le brun doré représente l’une des couleurs gemmes les plus caractéristiques.
Selon la concentration en fer et l’orientation du cristal, une pierre peut montrer :
du jaune brunâtre;
du brun miel;
du cognac;
du brun orangé;
ou différentes nuances olive.
Cette apparence explique pourquoi tant de sinhalites historiques ont été prises pour du péridot brun.
Sinhalite brun foncé
Lorsque l’absorption devient plus importante, le matériau peut devenir brun relativement sombre.
Une pierre épaisse peut alors apparaître beaucoup plus foncée qu’une pierre de composition similaire mais taillée plus mince.
Le facettage devient donc particulièrement important pour conserver suffisamment de lumière.
Sinhalite verdâtre
Certaines sinhalites présentent une composante verte suffisamment nette pour produire une couleur :
vert jaunâtre;
olive;
vert brun;
ou brun verdâtre.
Cette nuance peut devenir plus visible dans l’une des directions pléochroïques.
Elle renforce encore davantage la ressemblance historique avec le péridot.
Sinhalite rose
Des sinhalites rose pâle à brun rosé sont également documentées.
Cette couleur est beaucoup plus rare.
Les données minéralogiques indiquent notamment que du matériel contenant du chrome peut développer une coloration rose pâle.
Ces spécimens représentent une variation particulièrement inhabituelle par rapport aux sinhalites classiques jaunes et brunes.
Pléochroïsme
La sinhalite est pléochroïque.
Selon la direction d’observation, une pierre brune peut montrer différentes nuances telles que :
brun;
jaune pâle;
vert;
brun verdâtre;
ou gris bleuâtre.
L’intensité exacte du pléochroïsme varie selon les pierres.
Dans certains spécimens gemmes, la différence entre les directions est suffisamment importante pour influencer visiblement la couleur finale de la pierre facettée.
Composition chimique et structure cristalline
La formule idéale de la sinhalite est particulièrement simple :
MgAlBO₄
Elle contient donc :
un atome de magnésium;
un atome d’aluminium;
un atome de bore;
et quatre atomes d’oxygène
dans chaque unité chimique idéale.
Un borate, et non un silicate
Cette distinction est importante.
La sinhalite peut visuellement ressembler au péridot, mais le péridot est un silicate de magnésium et de fer.
La sinhalite ne contient pas de silicium essentiel à sa formule.
Le bore occupe plutôt une place fondamentale dans sa structure.
Système cristallin orthorhombique
La sinhalite cristallise dans le système orthorhombique.
Son groupe spatial est :
Pbnm
Dans le système orthorhombique, les trois axes cristallographiques sont perpendiculaires entre eux, mais possèdent des longueurs différentes.
Cette organisation explique notamment son caractère optique biaxe.
Structure du borate
Le bore se trouve dans des unités BO₄.
Le magnésium et l’aluminium occupent d’autres sites de coordination dans la structure.
La répartition très ordonnée de ces éléments donne à la sinhalite sa combinaison particulière de :
densité;
indices de réfraction;
biréfringence;
et comportement optique.
Substitution du fer
Le magnésium peut être partiellement remplacé par du fer.
Cette substitution influence plusieurs propriétés.
Une augmentation du fer peut notamment entraîner :
une couleur plus intense;
une légère augmentation de certains indices de réfraction;
et une modification de la densité.
Cette relation explique pourquoi les sinhalites très pâles et les spécimens brun foncé ne possèdent pas toujours exactement les mêmes valeurs gemmologiques.
Propriétés physiques et optiques
La sinhalite possède une dureté située entre 6,5 et 7 sur l’échelle de Mohs.
Elle est donc suffisamment résistante pour produire une gemme utilisable en joaillerie, mais elle demeure moins résistante aux rayures que :
le spinelle;
le chrysobéryl;
le topaze;
ou le saphir.
Sa dureté est très proche de celle du péridot.
Densité
La densité se situe généralement autour de :
3,47 à 3,50 g/cm³
Il s’agit d’une propriété particulièrement importante.
Le péridot possède généralement une densité proche de 3,3 à 3,4.
Une sinhalite de mêmes dimensions est donc sensiblement plus lourde.
Cette différence fut historiquement l’un des premiers indices permettant de distinguer les deux pierres.
Indices de réfraction
La sinhalite est biaxe et possède trois indices principaux.
Les plages publiées sont approximativement :
nα = 1,667 à 1,676
nβ = 1,697 à 1,704
nγ = 1,705 à 1,712
Les valeurs exactes dépendent notamment de la composition chimique.
Les spécimens plus riches en fer ont tendance à montrer des valeurs légèrement supérieures.
Biréfringence
La biréfringence est relativement élevée.
Pour de nombreuses pierres gemmes, la différence entre les indices extrêmes se situe autour de :
0,037 à 0,039
Cette propriété peut produire une duplication visible des arêtes des facettes lorsqu’une pierre est observée dans certaines directions.
Caractère optique
La sinhalite est :
biaxe négative.
Son angle optique est sensiblement différent de celui du péridot.
Cette différence possède une importance historique puisqu’elle a contribué à montrer que les anciennes « olivines brunes » du Sri Lanka ne correspondaient pas véritablement à l’olivine.
Dispersion
La dispersion de la sinhalite est approximativement :
0,017
Elle n’est donc pas comparable à celle du zircon ou du diamant, mais une belle pierre transparente correctement facettée peut tout de même présenter une bonne vivacité.
Éclat
L’éclat est vitreux.
Les surfaces polies peuvent être particulièrement brillantes lorsque le matériau possède une excellente transparence.
Comment se forme la sinhalite?
La sinhalite se forme principalement dans des environnements métamorphiques riches en bore, particulièrement dans les skarns développés au contact de calcaires ou de marbres avec des roches granitiques ou gneissiques.
La disponibilité simultanée de :
magnésium;
aluminium;
et bore
est essentielle à sa formation.
Formation dans les skarns
Un skarn se développe lorsqu’une roche carbonatée comme un calcaire ou une dolomie entre en contact avec une intrusion magmatique ou subit l’influence de fluides chauds.
La roche originale est profondément transformée.
Des éléments sont :
libérés;
transportés;
ajoutés;
ou redistribués.
De nouveaux minéraux apparaissent alors.
Rôle du bore
La sinhalite exige une source de bore.
Des fluides hydrothermaux ou métasomatiques issus de systèmes granitiques peuvent transporter cet élément.
Lorsque ces fluides réagissent avec des roches suffisamment riches en magnésium et en aluminium, des borates peuvent se former.
La sinhalite constitue l’une des espèces possibles.
Métamorphisme de contact
La chaleur dégagée par une intrusion peut également provoquer une recristallisation importante des roches environnantes.
Ce métamorphisme de contact contribue à produire les températures nécessaires pour stabiliser des assemblages minéralogiques inhabituels.
La sinhalite peut alors cristalliser avec plusieurs autres minéraux riches en magnésium, aluminium et bore.
Minéraux associés
Les associations classiques comprennent notamment :
le spinelle;
la serendibite;
la ludwigite;
la warwickite;
le diopside;
la calcite;
la phlogopite;
et différents minéraux de skarn.
La présence de serendibite est particulièrement intéressante puisque les deux espèces peuvent se former dans certains environnements borés similaires.
Dépôts secondaires
Au Sri Lanka, une grande partie de la sinhalite gemme n’est pas extraite directement de la roche mère.
L’érosion libère progressivement les cristaux.
Ceux-ci sont transportés par :
les rivières;
les eaux de ruissellement;
et les mouvements de sédiments.
Les minéraux suffisamment résistants s’accumulent ensuite dans des graviers gemmifères alluviaux.
La dureté de la sinhalite permet à certains cristaux de survivre au transport, même si leurs formes cristallines originales peuvent devenir arrondies.
Où trouve-t-on la sinhalite dans le monde?
La sinhalite est documentée dans plusieurs régions du monde, mais le Sri Lanka reste de loin la provenance gemmologique la plus célèbre.
Plusieurs autres localités fournissent principalement du matériel minéralogique plutôt que des gemmes transparentes.
Sri Lanka
Le Sri Lanka constitue la localité type de la sinhalite.
Les spécimens ayant permis de définir l’espèce provenaient de pierres issues des célèbres dépôts gemmifères de l’île.
La sinhalite est notamment connue dans les régions de :
Ratnapura;
Balangoda;
Nivithigala;
Elahera;
Eheliyagoda;
et Avissawella.
Les pierres sont principalement découvertes sous forme de galets ou de cristaux naturellement roulés dans les graviers.
Ratnapura
La région de Ratnapura est particulièrement célèbre.
Pendant de nombreuses années, ses sinhalites jaunes, brunes et vert-brun furent commercialisées comme péridots ou simplement mélangées à d’autres pierres.
La région a produit du matériel suffisamment transparent pour être facetté en pierres importantes.
Certaines sinhalites historiques facettées atteignent plusieurs dizaines de carats.
Elahera
Le champ gemmifère d’Elahera constitue une autre provenance importante.
La région fournit une très grande diversité de gemmes, notamment :
chrysobéryl;
zircon;
tourmaline;
kornerupine;
saphir;
spinelle;
et sinhalite.
Le mélange de nombreuses espèces différentes dans les mêmes graviers explique l’importance des tests gemmologiques pour l’identification.
Myanmar
La sinhalite est également connue dans la célèbre région de Mogok, au Myanmar.
Des cristaux naturels bien développés y ont été découverts, notamment dans les secteurs d’Ohngaing et de Pein-Pyit.
Le matériel peut être :
incolore;
jaune pâle;
brun;
ou jaune brunâtre.
Contrairement aux galets sri-lankais, certains spécimens de Mogok conservent des faces cristallines suffisamment nettes pour montrer directement l’habitus naturel de l’espèce.
Tanzanie
Le secteur de Kwakonge, dans le district de Handeni en Tanzanie, constitue une autre occurrence reconnue.
Des cristaux de sinhalite y ont été étudiés avec du matériel provenant du Sri Lanka.
Le contexte géologique est lié à des terrains métamorphiques riches en minéraux de bore.
Le matériau reste principalement d’intérêt minéralogique et gemmologique spécialisé.
Madagascar
La sinhalite est également répertoriée à Madagascar, notamment dans des terrains métamorphiques du sud-est de l’île.
Ces régions possèdent plusieurs associations minérales riches en magnésium, aluminium et bore.
La production de sinhalite gemme reste toutefois très limitée comparativement au Sri Lanka.
Russie
La Russie possède plusieurs occurrences importantes sur le plan minéralogique.
La sinhalite est notamment connue dans des gisements de bore et de fer de la République de Sakha.
Ces environnements de skarn sont cohérents avec le mode de formation typique du minéral.
Chine
La sinhalite est documentée dans des gisements de bore de la province du Liaoning.
Elle y apparaît comme minéral accessoire dans des systèmes riches en bore.
Ces occurrences constituent principalement des sources de matériel scientifique.
États-Unis
La sinhalite est également connue aux États-Unis.
Elle est documentée notamment :
à Johnsburg, dans l’État de New York;
et dans le secteur de Rudeville, au New Jersey.
À Johnsburg, elle peut notamment être associée à la serendibite et à la phlogopite.
Canada
La sinhalite est bien documentée au Canada, en Ontario.
Elle est notamment répertoriée dans la région de Bancroft et dans le secteur de Hastings Highlands.
Ces occurrences sont liées à des roches métamorphiques et à des assemblages de borates caractéristiques de la province géologique de Grenville.
Elles présentent principalement un intérêt minéralogique plutôt qu’une importance commerciale comme source de pierres gemmes.
La sinhalite au Québec
Le Québec possède des environnements géologiques qui pourraient, en théorie, réunir plusieurs des conditions nécessaires à la formation de sinhalite.
La province contient notamment :
des marbres métamorphiques;
des roches calcosilicatées;
des skarns;
des terrains riches en magnésium;
des minéraux borés;
et de vastes secteurs de la province géologique de Grenville.
Plusieurs de ces caractéristiques sont comparables à celles observées dans les localités de sinhalite ailleurs dans le monde.
Une présence canadienne confirmée en Ontario
La sinhalite est effectivement présente au Canada.
Les principales références minéralogiques mentionnent notamment la région de Bancroft, en Ontario.
Le secteur de Hastings Highlands possède également une occurrence associée à un assemblage minéralogique riche en bore.
Ces localités se trouvent dans la province géologique de Grenville, qui s’étend largement jusqu’au Québec.
Aucune occurrence québécoise clairement confirmée
Malgré ce contexte géologique favorable, aucune occurrence de sinhalite clairement documentée au Québec ne ressort actuellement des principales références minéralogiques consultées.
Il faut donc éviter d’extrapoler la présence ontarienne à la portion québécoise du Grenville.
Deux régions appartenant à la même province géologique peuvent posséder des assemblages minéralogiques très différents.
Une découverte future resterait géologiquement plausible
La présence de :
marbres;
skarns;
borates;
magnésium;
et roches alumineuses
signifie qu’une éventuelle découverte québécoise ne serait pas géologiquement impossible.
Cela reste cependant une possibilité théorique, et non une occurrence démontrée.
Un spécimen présenté comme « sinhalite du Québec » devrait donc être accompagné d’une provenance précise et d’une identification analytique avant que son origine puisse être considérée comme confirmée.
À quoi ressemble une sinhalite naturelle?
La sinhalite naturelle ne possède pas toujours une apparence immédiatement distinctive.
Les pierres gemmes sont souvent trouvées sous forme de galets alluviaux arrondis, particulièrement au Sri Lanka.
Les cristaux parfaitement développés sont beaucoup plus rares.
Cristaux naturels
Lorsque la sinhalite possède suffisamment d’espace pour cristalliser librement, elle peut produire des cristaux :
équants;
courts et prismatiques;
ou plus allongés suivant certains axes.
Les cristaux peuvent présenter de nombreuses faces différentes et produire une morphologie relativement complexe.
Des cristaux bien développés atteignant environ 2 cm sont documentés.
Galets du Sri Lanka
Dans les graviers gemmifères, les pierres sont transportées pendant de longues périodes.
Les arêtes et faces cristallines originales deviennent progressivement arrondies.
Un morceau de sinhalite brute peut alors ressembler à un simple galet :
jaune;
brun;
vert olive;
ou brun doré.
Cette apparence explique pourquoi l’identification visuelle du brut peut être particulièrement difficile.
Sinhalite jaune doré
Les pierres jaunes à brun doré peuvent être particulièrement attrayantes.
Une excellente transparence combinée à une taille appropriée permet d’obtenir des gemmes lumineuses rappelant parfois :
le chrysobéryl jaune;
le zircon brun;
ou certains grenats.
Sinhalite olive
Le matériel vert brunâtre peut ressembler fortement au péridot.
Selon l’orientation, une pierre peut présenter simultanément :
du vert olive;
du brun;
et du jaune.
Cette combinaison constitue précisément l’apparence responsable de la confusion historique entre les deux espèces.
Inclusions
Les sinhalites naturelles peuvent contenir différentes inclusions.
Des cristaux minéraux, tubes, cavités, inclusions fluides et fractures cicatrisées peuvent être observés selon la provenance.
Certaines pierres gemmes sont toutefois remarquablement propres et peuvent être transparentes à l’œil nu.
Pierres facettées
La sinhalite se prête bien au facettage lorsque le brut est suffisamment propre.
Sa biréfringence élevée peut produire une certaine duplication interne des facettes, tandis que ses indices de réfraction assurent une bonne brillance.
Les tailles :
ovale;
coussin;
ronde;
poire;
et taille mixte
sont particulièrement adaptées.
Comment identifier la sinhalite?
La sinhalite possède une histoire directement liée aux erreurs d’identification.
Le péridot représente de loin la confusion la plus importante.
Le chrysobéryl, certaines tourmalines et certains zircons peuvent également présenter une couleur similaire.
Plusieurs propriétés permettent toutefois de distinguer efficacement la sinhalite.
Densité
La densité constitue l’un des meilleurs tests.
La sinhalite se situe autour de :
3,47 à 3,50
Le péridot se trouve généralement plutôt autour de :
3,27 à 3,37
La différence est suffisamment importante pour permettre une séparation fiable avec une mesure hydrostatique correcte.
Indices de réfraction
La sinhalite possède trois indices relativement élevés :
1,667 à 1,676
1,697 à 1,704
et
1,705 à 1,712
Le comportement du deuxième indice est particulièrement intéressant.
Dans la sinhalite, l’indice intermédiaire β se trouve relativement près de l’indice supérieur γ.
Dans le péridot, les trois indices suivent une disposition différente.
Cette caractéristique fut historiquement l’un des indices montrant que les deux minéraux n’étaient pas identiques.
Biréfringence
La biréfringence est généralement proche de :
0,037 à 0,039
pour le matériel gemme classique.
Elle est donc élevée.
Une duplication des arêtes des facettes peut être facilement visible à travers certaines pierres.
Le péridot possède lui aussi une forte biréfringence, ce qui signifie que ce critère seul ne permet pas de les séparer.
Caractère optique
La sinhalite est :
biaxe négative.
L’étude de la figure d’interférence permet donc d’obtenir des informations supplémentaires lorsqu’un conoscope est disponible.
Pléochroïsme
Une sinhalite brune peut présenter plusieurs nuances :
brun;
jaune;
vert;
ou gris verdâtre.
Le péridot possède généralement un pléochroïsme beaucoup plus discret.
Dans certains cas, le dichroscope fournit donc un indice supplémentaire.
Spectre d’absorption
Les sinhalites riches en fer montrent plusieurs bandes d’absorption dans la partie bleue du spectre visible.
Des bandes ont notamment été documentées autour de :
493 nm;
475 nm;
463 nm;
et 452 nm.
Le péridot produit un spectre suffisamment proche pour qu’une certaine expérience soit nécessaire, mais les détails diffèrent.
Spectroscopie Raman
La spectroscopie Raman fournit une confirmation particulièrement fiable.
La composition et la structure du borate MgAlBO₄ produisent une signature distincte de celle du péridot Mg₂SiO₄.
La méthode est non destructive et particulièrement utile pour les spécimens de collection ou les pierres facettées de valeur.
Sinhalite naturelle, synthétique et traitements
La sinhalite rencontrée dans les collections et sur le marché des pierres gemmes est essentiellement naturelle.
Aucune production commerciale importante de sinhalite synthétique destinée à la joaillerie n’est actuellement connue.
Sinhalite synthétique
Le composé MgAlBO₄ peut être étudié et produit dans le cadre de recherches scientifiques sur les borates et les matériaux cristallins.
Cela ne correspond toutefois pas à une industrie produisant des sinhalites synthétiques facettables pour le marché des pierres précieuses.
Le risque principal pour l’acheteur n’est donc pas une imitation synthétique sophistiquée de sinhalite.
Il s’agit plutôt d’une autre gemme jaune ou brune identifiée incorrectement.
Traitements
La sinhalite ne fait pas partie des gemmes couramment traitées.
Le chauffage, l’irradiation, la diffusion et le remplissage de fractures ne constituent pas des traitements commerciaux standards associés à cette espèce.
Les teintes jaunes, brunes et verdâtres disponibles sur le marché sont généralement considérées comme naturelles.
Pourquoi les traitements sont-ils peu répandus?
Le marché de la sinhalite est extrêmement petit comparativement à celui :
du saphir;
du rubis;
de la topaze;
ou du zircon.
Il existe donc peu d’incitation commerciale à développer des traitements spécifiquement destinés à modifier son apparence.
Les pierres de collection sont justement appréciées pour leurs couleurs naturelles.
Le principal risque : une mauvaise identification
L’histoire même de la sinhalite montre que l’identification constitue la question principale.
Pendant des décennies, des pierres authentiques furent considérées comme :
péridot;
chrysobéryl;
zircon;
ou tourmaline.
Une belle pierre jaune-brun vendue comme sinhalite devrait donc idéalement être confirmée par ses propriétés gemmologiques lorsque sa valeur est importante.
Sinhalite, péridot, chrysobéryl, zircon ou tourmaline?
La sinhalite peut ressembler à plusieurs gemmes jaunes, brunes ou verdâtres. Le péridot constitue la comparaison historique la plus importante.
| Propriété | Sinhalite | Péridot | Chrysobéryl | Zircon | Tourmaline brune |
|---|---|---|---|---|---|
| Composition | MgAlBO₄ | (Mg,Fe)₂SiO₄ | BeAl₂O₄ | ZrSiO₄ | Borosilicate complexe |
| Système cristallin | Orthorhombique | Orthorhombique | Orthorhombique | Tétragonal | Trigonal |
| Dureté Mohs | 6,5–7 | 6,5–7 | 8,5 | 6–7,5 | 7–7,5 |
| Densité approximative | 3,47–3,50 | 3,27–3,37 | 3,70–3,78 | Environ 3,9–4,7 selon le type | Environ 3,0–3,2 |
| Indice de réfraction | Environ 1,667–1,712 | Environ 1,65–1,69 | Environ 1,746–1,755 | Généralement beaucoup plus élevé | Environ 1,62–1,65 |
| Biréfringence | Forte, env. 0,038 | Forte, env. 0,035–0,038 | Faible, env. 0,008–0,010 | Très forte pour le zircon de type élevé | Souvent forte |
| Caractère optique | Biaxe négatif | Biaxe positif ou négatif selon composition | Biaxe positif | Uniaxe positif | Uniaxe négatif |
| Couleurs similaires | Jaune, brun, olive | Vert, jaune-vert, brun | Jaune, brun, vert | Jaune, brun, orange | Brun, jaune, vert |
| Principale distinction | Densité ~3,48 et arrangement des RI | Moins dense | Beaucoup plus dur et RI supérieur | Nettement plus dense | Densité et RI plus faibles |
Le péridot constitue la confusion classique.
Leurs duretés et leurs fortes biréfringences sont très similaires.
La densité représente cependant une différence particulièrement efficace : la sinhalite est nettement plus lourde.
Le chrysobéryl peut montrer des couleurs jaune-brun très proches, mais sa dureté de 8,5 ainsi que ses indices de réfraction plus élevés permettent une séparation immédiate.
Le zircon brun ou jaune possède généralement une densité et des indices de réfraction beaucoup plus élevés.
La tourmaline brune est généralement plus légère et possède des propriétés optiques différentes.
Qualité, rareté et valeur de la sinhalite
La sinhalite demeure une gemme relativement rare sur le marché, mais elle n’est pas extrêmement rare au même niveau que la poudretteite, la painite ou la musgravite.
Sa faible notoriété s’explique en grande partie par une production limitée et une demande surtout concentrée chez les collectionneurs de gemmes inhabituelles.
Couleur
Les pierres peuvent présenter une gamme allant du presque incolore au brun très foncé.
Les couleurs particulièrement attrayantes comprennent :
jaune doré;
miel;
champagne;
cognac;
olive clair;
et brun doré lumineux.
La préférence dépend cependant fortement du collectionneur.
Les teintes rares, notamment rose pâle, peuvent présenter un intérêt supplémentaire lorsqu’elles sont naturelles et correctement identifiées.
Transparence
Une excellente transparence augmente fortement l’attrait d’une pierre facettée.
Le matériel peut contenir :
fractures;
cristaux inclus;
cavités;
ou différentes structures internes.
Une sinhalite propre à l’œil nu et bien polie peut présenter une excellente luminosité.
Taille
Contrairement à plusieurs gemmes rares, la sinhalite peut atteindre des dimensions relativement importantes.
L’histoire gemmologique mentionne des pierres de plusieurs dizaines de carats, et des spécimens exceptionnellement grands ont été reconnus dans d’anciennes collections.
Une sinhalite importante n’est donc pas nécessairement impossible.
La qualité doit cependant rester élevée : une grosse pierre très sombre ou fortement incluse ne possède pas le même intérêt qu’une gemme transparente et lumineuse.
Facettage
Le facettage joue un rôle particulièrement important à cause :
du pléochroïsme;
de la couleur parfois sombre;
et de la forte biréfringence.
Une pierre trop profonde peut devenir excessivement brune.
Une orientation appropriée permet au contraire de favoriser les nuances :
dorées;
jaunes;
ou vert olive les plus attrayantes.
Cristaux de collection
Les cristaux naturels bien formés sont beaucoup plus rares que les galets alluviaux.
Un cristal complet présentant :
des faces nettes;
une bonne terminaison;
une grande transparence;
et une provenance précise
peut donc être particulièrement intéressant pour un collectionneur minéralogique.
Les cristaux de Mogok sont notamment recherchés parce qu’ils permettent d’observer directement une morphologie rarement préservée dans les graviers sri-lankais.
Provenance
Le Sri Lanka possède une importance particulière puisqu’il s’agit de la localité type et de la principale source historique de gemmes.
Le Myanmar est apprécié pour ses cristaux naturels.
Les occurrences nord-américaines ou canadiennes présentent davantage un intérêt minéralogique et local.
Un marché de collection
La sinhalite ne possède pas un système de prix aussi standardisé que :
le diamant;
le saphir;
le rubis;
ou l’émeraude.
La valeur dépend principalement :
de la couleur;
de la transparence;
du poids;
du facettage;
de la rareté de la provenance;
et de la qualité de l’identification.
La comparaison avec des prix fixes trouvés pour quelques spécimens en ligne doit donc être faite avec prudence.
Utilisation en joaillerie et entretien
Avec une dureté de 6,5 à 7 sur l’échelle de Mohs, la sinhalite peut être utilisée en joaillerie.
Elle demande toutefois davantage de précautions qu’un saphir, un spinelle ou un chrysobéryl.
Sa ténacité reste fragile et les arêtes des pierres facettées peuvent s’endommager lorsqu’elles sont soumises à des impacts répétés.
Pendentifs et boucles d’oreilles
Les pendentifs et boucles d’oreilles constituent des utilisations particulièrement adaptées.
Ces bijoux sont relativement peu soumis aux chocs et aux frottements.
Ils permettent également aux différentes nuances produites par le pléochroïsme de devenir visibles lorsque la pierre bouge.
Bagues
Une sinhalite peut être montée en bague.
Pour un usage régulier, un sertissage suffisamment protecteur est préférable.
Les angles pointus et les arêtes devraient être protégés autant que possible.
Il est recommandé de retirer la bague pendant :
les travaux manuels;
le jardinage;
le sport;
le ménage;
ou toute activité présentant un risque d’impact.
Stockage
La sinhalite ne devrait pas être laissée directement contre des pierres plus dures.
Un saphir, un spinelle, un chrysobéryl, une topaze ou un diamant peuvent facilement rayer sa surface.
Elle devrait idéalement être conservée :
dans une pochette individuelle;
dans un compartiment séparé;
ou entourée d’un tissu doux.
Nettoyage
Pour le nettoyage courant, la méthode la plus prudente consiste à utiliser :
de l’eau tiède;
un savon doux;
une brosse très souple ou un chiffon propre.
La pierre doit ensuite être rincée soigneusement et séchée avec un tissu non abrasif.
Les produits chimiques agressifs et les changements brusques de température sont à éviter.
Même si aucun traitement commercial courant n’est associé à la sinhalite, un nettoyage manuel doux reste préférable lorsque la pierre présente des fractures ou des inclusions dont la stabilité n’est pas connue.
La sinhalite demeure ainsi une gemme particulièrement intéressante : un rare borate de magnésium et d’aluminium découvert après avoir été confondu pendant des décennies avec le péridot, capable de produire des pierres jaune doré à brun olive de grande transparence et possédant des propriétés optiques suffisamment distinctives pour révéler facilement sa véritable identité avec les bons instruments gemmologiques.