Shungite naturelle sur fond noir.

Shungite : le guide de référence

La shungite est une roche carbonée noire principalement connue dans la région du lac Onega, en Carélie, dans le nord-ouest de la Russie. Elle se distingue par une matière carbonée extrêmement ancienne, transformée au cours du Paléoprotérozoïque et intimement mélangée à des proportions variables de quartz, de silicates, de carbonates, de sulfures et d’autres minéraux. Selon le type de roche, sa teneur en carbone peut varier de quelques pour cent à plus de 90 %.

Contrairement au graphite ou au diamant, la shungite n’est pas une espèce minérale possédant une structure cristalline et une formule chimique parfaitement définies. Son carbone est faiblement ordonné à l’échelle nanométrique, avec des couches carbonées courbées et empilées de manière irrégulière. Les shungites les plus riches en carbone présentent généralement une couleur noir acier, une fracture conchoïdale et un éclat presque métallique, tandis que les variétés riches en minéraux sont plus mates et peuvent ressembler à une roche noire ordinaire.

La shungite est également l’une des plus anciennes accumulations importantes de matière organique carbonée connues dans les roches terrestres. Les formations riches en shungite de Carélie ont environ deux milliards d’années et témoignent d’une histoire complexe comprenant accumulation de matière organique, enfouissement, génération et migration d’hydrocarbures, puis métamorphisme. Cette origine géologique constitue l’une des caractéristiques les plus importantes de cette roche.


La shungite en bref

Propriété Donnée
Nom Shungite
Nature Roche carbonée métamorphisée / matière carbonée naturelle
Statut minéralogique Pas une espèce minérale unique
Composition principale Carbone associé à des proportions variables de silice et d’autres minéraux
Formule chimique Aucune formule unique
Structure du carbone Faiblement cristallisée à nanostructurée, non graphitique
Système cristallin Aucun pour la roche dans son ensemble
Couleur Noir profond, noir acier à gris noir
Dureté Variable; environ 3,5 pour certaines shungites très riches en carbone
Densité Variable; environ 1,9–2,0 pour le matériau vitreux très riche en carbone, plus élevée dans les roches riches en minéraux
Éclat Métallique à submétallique, résineux ou mat selon le type
Transparence Opaque
Fracture Souvent conchoïdale dans les variétés riches en carbone
Conductivité électrique Variable, généralement plus élevée avec la teneur en carbone
Teneur en carbone De moins de 10 % à environ 98 % selon le type
Minéraux associés Quartz, feldspaths, micas, carbonates, pyrite et autres silicates
Âge des principales formations Environ 2,0 à 2,1 milliards d’années
Localité historique Shunga, Carélie, Russie
Principale région productrice Bassin du lac Onega, Carélie
Shungite documentée au Québec Non

Les propriétés physiques ne peuvent pas être résumées par une valeur unique puisqu’une shungite presque entièrement carbonée et une roche ne contenant que 10 ou 20 % de carbone sont des matériaux très différents. La proportion de quartz, de silicates et de carbonates influence notamment la densité, la dureté, l’aspect et la résistance.


Qu’est-ce que la shungite?

La shungite est un terme utilisé pour désigner une matière carbonée naturelle et les roches précambriennes qui la contiennent, principalement dans la région du lac Onega en Carélie.

Le nom provient du village russe de Shunga, où le matériau fut étudié et décrit scientifiquement au XIXe siècle.

La définition demande toutefois une certaine précision. La shungite n’est pas comparable à une espèce minérale comme le quartz, le spinelle ou le corindon. Un morceau de shungite peut contenir presque entièrement du carbone, alors qu’un autre est essentiellement constitué de roche silicatée traversée de matière carbonée.

Les géologues utilisent donc souvent l'expression roche shungitique ou roche à shungite pour les matériaux dans lesquels le carbone ne constitue qu’une fraction de la masse totale.

Une classification courante divise les shungites en cinq catégories selon leur teneur en carbone.

La shungite de type I contient généralement environ 90 à 98 % de carbone. C’est le matériau noir acier brillant souvent commercialisé sous les noms de shungite « noble » ou « élite ».

La shungite de type II contient approximativement 35 à 80 % de carbone, tandis que le type III se situe généralement autour de 20 à 35 %.

Les types IV et V sont progressivement plus pauvres en carbone, avec environ 10 à 20 % pour le type IV et moins de 10 % pour le type V.

Cette classification montre pourquoi deux pierres vendues sous le même nom peuvent être visuellement et physiquement très différentes.


Pourquoi la shungite est-elle noire?

La couleur noire de la shungite est principalement produite par sa forte concentration en matière carbonée.

Le carbone présent absorbe une très grande proportion de la lumière visible. Peu de lumière est donc renvoyée vers l’œil, ce qui donne au matériau son apparence noir profond à gris noir.

La nature exacte de cette matière carbonée est cependant beaucoup plus complexe que celle d’un simple bloc de graphite.

Le rôle du carbone

Le carbone de la shungite est fortement transformé et très pauvre en hydrogène comparativement à la matière organique originale.

Au cours de l’enfouissement et du métamorphisme, les grandes molécules organiques ont progressivement perdu une grande partie de leurs composants volatils.

Le matériau restant s’est enrichi en carbone et en structures aromatiques condensées.

Ces structures absorbent efficacement la lumière visible, ce qui explique le noir caractéristique.

Pourquoi certaines shungites sont-elles brillantes?

Les shungites très riches en carbone peuvent présenter un éclat métallique à presque vitreux.

La surface fraîche de certains fragments ressemble alors à un verre noir acier ou à un carbone fortement poli.

Ce matériau peut également montrer une belle fracture conchoïdale.

Les études physiques indiquent que les shungites brillantes possèdent une organisation du carbone légèrement plus ordonnée que les variétés mates, bien qu’elles restent très différentes du graphite cristallin.

Pourquoi certaines sont-elles mates?

Lorsque la proportion de quartz, de silicates, d’argiles, de carbonates et d’autres minéraux augmente, l'apparence devient généralement plus mate.

Les types de shungite contenant seulement 20 ou 30 % de carbone peuvent ainsi ressembler davantage à une roche noire ordinaire.

Une surface polie peut retrouver une certaine brillance, mais elle ne possède généralement pas l’éclat métallique naturel du matériau très riche en carbone.


Composition chimique et structure carbonée

La shungite ne possède pas de formule chimique unique.

Sa composition dépend fortement de sa teneur en matière carbonée et de la roche dans laquelle celle-ci est intégrée.

La fraction carbonée des shungites les plus riches est principalement constituée de carbone, accompagné de faibles quantités d’oxygène, d’hydrogène, d’azote et de soufre.

Les roches shungitiques peuvent quant à elles contenir une proportion importante de SiO₂, ainsi que de l’alumine, des oxydes de fer, du magnésium, du calcium, du sodium et du potassium.

Le quartz représente l’un des minéraux les plus fréquents. Des feldspaths, micas, carbonates, pyrite et différents minéraux accessoires peuvent également être présents.

La structure du carbone constitue l’un des aspects les plus étudiés de la shungite.

Les travaux par diffraction des rayons X et microscopie électronique montrent que le carbone n’est pas organisé comme celui du graphite cristallin.

Il est constitué de couches carbonées fortement désordonnées, souvent courbées et assemblées en petits domaines nanométriques.

Certaines recherches décrivent des fragments de couches ressemblant à du graphène empilés ou courbés, mais cela ne signifie pas que la shungite soit simplement du graphène naturel.

La question des fullerènes

La shungite est devenue particulièrement célèbre après l’identification de fullerènes naturels dans certains échantillons de Carélie.

Des molécules comme C₆₀ et C₇₀ ont été signalées dans certaines fractures ou fractions particulières du matériau.

Cette découverte scientifique est réelle, mais elle a souvent été généralisée de façon excessive.

Les recherches ultérieures ont montré que les fullerènes ne sont ni uniformément répartis ni présents en grande quantité dans toutes les shungites. Certaines analyses n’en détectent aucun, tandis que d’autres travaux décrivent seulement des concentrations extrêmement faibles ou des structures carbonées apparentées.

La présence de fullerènes ne doit donc pas être utilisée comme définition de la shungite et un morceau commercial ne devrait pas être présenté comme étant principalement constitué de C₆₀.


Propriétés physiques et optiques

Les propriétés physiques de la shungite varient considérablement selon sa composition.

Le matériau presque entièrement carboné de type I possède une dureté d’environ 3,5 sur l’échelle de Mohs. Il peut donc être rayé relativement facilement malgré son apparence compacte.

Les roches shungitiques riches en quartz ou en silicates peuvent être sensiblement plus dures.

Cette variation explique pourquoi certaines shungites se sculptent facilement alors que d’autres sont beaucoup plus résistantes.

La densité varie elle aussi.

Le matériau vitreux très riche en carbone présente une densité relativement faible, autour de 1,9 à 2,0, tandis que l’ajout de quartz et d’autres phases minérales peut augmenter fortement cette valeur.

La shungite est opaque. Les mesures gemmologiques classiques d’indice de réfraction et de biréfringence ne constituent donc pas des méthodes pratiques d’identification.

Son éclat varie du métallique au submétallique, résineux ou complètement mat.

Une autre caractéristique importante est la conductivité électrique.

La matière carbonée riche peut conduire l’électricité, et la conductivité augmente généralement lorsque les domaines de carbone forment un réseau suffisamment continu dans la roche.

Les variétés pauvres en carbone peuvent être beaucoup moins conductrices puisque les grains carbonés sont davantage séparés par une matrice minérale isolante.


Comment se forme la shungite?

La formation de la shungite est le résultat d’une histoire géologique complexe commencée il y a environ deux milliards d’années.

Les grandes accumulations de Carélie se trouvent principalement dans la Formation de Zaonega, autour du lac Onega.

Les recherches modernes favorisent une origine largement liée à une matière organique ancienne qui s’est accumulée dans des bassins sédimentaires avant d’être profondément transformée.

Accumulation de matière organique

Au Paléoprotérozoïque, d’importantes quantités de matière organique se sont accumulées dans les sédiments du bassin de Onega.

Il ne s’agissait évidemment pas de forêts terrestres comparables à celles qui ont produit de nombreux charbons beaucoup plus récents.

Les données isotopiques et géochimiques sont compatibles avec une importante contribution de microorganismes, notamment de matière algale ou bactérienne.

Cette matière organique s’est déposée avec des sédiments carbonatés, siliceux et volcaniques.

Formation de roches riches en matière organique

À mesure que les sédiments étaient enfouis, la matière organique a subi une transformation comparable à celle observée dans les roches mères pétrolières.

Une partie est restée dans la roche sous forme de matière organique solide, tandis qu’une autre partie a généré des hydrocarbures capables de migrer.

Certaines couches ont ainsi évolué vers des roches extrêmement riches en carbone.

Les travaux consacrés à la Formation de Zaonega la décrivent notamment comme l’une des plus anciennes grandes accumulations connues de matière organique capable d’avoir produit des hydrocarbures.

Migration des hydrocarbures

Une partie de la shungite très riche en carbone pourrait provenir d’anciens hydrocarbures ayant migré à travers les roches.

Ces fluides se sont concentrés dans des fractures, des espaces entre les couches et différentes structures géologiques.

Avec l’enfouissement et le métamorphisme, ils se sont progressivement transformés en une matière carbonée solide extrêmement riche en carbone.

Cette interprétation explique notamment certaines veines brillantes de shungite qui recoupent les roches environnantes.

Métamorphisme

Les roches de la région ont ensuite subi un métamorphisme de faible à moyen grade.

La chaleur et la pression ont profondément transformé la matière organique.

Une grande partie de l’hydrogène, de l’oxygène et des autres constituants a été perdue, laissant une matière extrêmement riche en carbone et organisée en domaines nanométriques désordonnés.

Le métamorphisme n’a cependant pas transformé cette matière en véritable graphite.

C’est précisément cette résistance à la graphitisation qui distingue la structure carbonée de la shungite.


Où trouve-t-on la shungite dans le monde?

Le nom shungite est avant tout associé à la Carélie, en Russie, où se trouvent de très loin les gisements les mieux connus, les plus étudiés et les plus importants.

La région du lac Onega contient d’immenses volumes de roches précambriennes riches en carbone réparties dans plusieurs niveaux stratigraphiques.

Le terme est parfois utilisé pour des matières carbonées ressemblantes provenant d’autres régions, mais ces occurrences doivent être distinguées de la shungite classique de Carélie.

Shunga

Le village de Shunga a donné son nom à la roche.

Les couches riches en carbone de cette région furent parmi les premières à être étudiées en détail et furent exploitées à différentes périodes au début du XXe siècle.

Des couches et veines de shungite très riches en carbone y sont associées à des roches contenant des proportions beaucoup plus faibles de matière carbonée.

La région demeure la localité historique de référence.

Zazhogino

Le secteur de Zazhogino constitue l’un des plus importants gisements exploités de roche shungitique.

Le matériau y est principalement associé aux niveaux carbonés de la Formation de Zaonega.

Une grande partie de la shungite noire couramment utilisée pour les objets polis et différentes applications industrielles provient de cette région.

La composition varie selon les zones exploitées, ce qui signifie que toute shungite provenant de Zazhogino ne possède pas exactement la même teneur en carbone.

Maksovo

Le secteur de Maksovo appartient lui aussi aux grandes occurrences du bassin de Onega.

Des corps de roche shungitique relativement importants y ont été étudiés et exploités.

Comme ailleurs en Carélie, la matière carbonée peut être répartie sous forme de couches, de masses et de structures beaucoup plus riches localement.

Nigozero et autres occurrences de Carélie

D’autres occurrences importantes sont connues à Nigozero et dans plusieurs secteurs du bassin du lac Onega.

L’ensemble constitue un système géologique beaucoup plus vaste qu’un simple petit gisement situé au village de Shunga.

Des études estiment que les formations riches en carbone de la région couvrent plusieurs milliers de kilomètres carrés et représentent une masse gigantesque de carbone organique métamorphisé.

Matériaux similaires ailleurs dans le monde

Des matières naturelles constituées de carbone non cristallin ou faiblement ordonné sont connues dans plusieurs autres régions du monde.

Des structures carbonées comparables à certains égards ont notamment été étudiées au Kazakhstan, en République tchèque, en Chine, en Afrique et en Amérique du Nord.

Cela ne signifie pas que toutes ces matières doivent automatiquement être appelées shungite.

Dans son sens géologique le plus précis et dans le commerce des spécimens, le nom reste étroitement associé aux roches carbonées paléoprotérozoïques de Carélie.


La shungite au Québec

La shungite n’est pas actuellement documentée comme une roche naturelle caractéristique du Québec.

Le Québec possède pourtant d’importantes concentrations naturelles de carbone, particulièrement sous forme de graphite.

Géologie Québec documente de nombreuses zones graphitiques dans la Province de Grenville, notamment dans les Laurentides, en Outaouais et sur la Côte-Nord.

Ce graphite peut provenir du métamorphisme régional de roches sédimentaires contenant initialement de la matière organique.

Le processus général présente donc une ressemblance très large avec certains aspects de l’histoire de la shungite : une matière carbonée ancienne est enfouie puis transformée par la chaleur et la pression.

La différence essentielle réside dans le résultat.

Dans plusieurs terrains québécois, le carbone a recristallisé sous forme de graphite bien organisé, avec sa structure minérale caractéristique.

La shungite de Carélie contient au contraire une matière carbonée qui est restée faiblement ordonnée et non graphitique malgré son histoire métamorphique.

Des matières carbonées non graphitiques existent également ailleurs au Canada, notamment dans certaines structures géologiques de l’Ontario, mais cela ne transforme pas ces matériaux en shungite québécoise.

À l’heure actuelle, une pierre noire extraite au Québec ne devrait donc pas être appelée shungite uniquement parce qu’elle contient du carbone ou ressemble visuellement au matériau russe.


À quoi ressemble une shungite naturelle?

L’apparence d’une shungite naturelle dépend énormément de sa teneur en carbone.

Le matériau le plus riche en carbone présente généralement une couleur noir acier à noir argenté avec un éclat métallique ou presque vitreux.

Une fracture fraîche peut être particulièrement brillante.

Ces fragments sont souvent irréguliers et possèdent une fracture conchoïdale rappelant superficiellement certains verres noirs.

Le matériau est néanmoins relativement cassant et les arêtes peuvent s’ébrécher.

La shungite noire plus courante présente une surface beaucoup plus mate.

À l’état brut, elle peut ressembler à un charbon compact, à une argilite noire ou à une autre roche carbonée.

Des veines blanches de quartz ou de carbonates peuvent traverser certains morceaux.

De petits grains de pyrite peuvent également être présents.

Une fois polie, la roche devient généralement noir profond et peut prendre un éclat satiné à brillant selon sa composition.

Les objets commerciaux comme les sphères, pyramides, cabochons ou perles sont généralement fabriqués dans un matériau suffisamment riche en minéraux silicatés pour présenter une meilleure résistance mécanique que la shungite de type I très riche en carbone.

Il faut donc éviter de croire qu’une pierre extrêmement brillante est automatiquement de meilleure qualité pour tous les usages. Le matériau le plus riche en carbone est justement souvent plus fragile que certaines qualités moins riches.


Comment identifier la shungite?

Une pierre noire ne peut jamais être identifiée comme shungite uniquement à partir de sa couleur.

Le graphite, l’anthracite, le jais, certaines argilites, l’obsidienne et différentes roches carbonées peuvent présenter une apparence suffisamment proche.

L’identification doit idéalement combiner la provenance, la structure, la teneur en carbone et plusieurs analyses physiques ou instrumentales.

Apparence et fracture

La shungite riche en carbone possède souvent un noir acier très brillant et une fracture conchoïdale.

Cette apparence constitue un indice mais n’est pas diagnostique.

L’anthracite peut lui aussi présenter un fort éclat et une fracture comparable, tandis que l’obsidienne peut produire une cassure conchoïdale encore plus évidente.

Une shungite plus pauvre en carbone peut ne présenter aucun de ces caractères spectaculaires.

Densité

La shungite très riche en carbone possède une densité relativement faible, proche de 1,9 à 2,0.

Les roches shungitiques riches en quartz ou en silicates sont cependant sensiblement plus denses.

Une mesure de densité peut donc fournir un indice, mais elle ne peut pas être interprétée sans connaître le type de matériau.

L’obsidienne, par exemple, possède généralement une densité supérieure à celle de la shungite carbonée très pure.

Conductivité électrique

La conductivité représente un test particulièrement intéressant.

Les shungites riches en carbone conduisent relativement bien l’électricité, tandis que les types plus pauvres peuvent présenter une conductivité beaucoup plus faible.

Un simple test électrique peut donc montrer qu’un échantillon contient un réseau conducteur de carbone.

Il ne prouve toutefois pas qu’il s’agit de shungite puisque le graphite et différents matériaux artificiels sont eux aussi conducteurs.

Analyse du carbone

La quantité réelle de carbone constitue l’un des meilleurs moyens de déterminer à quelle catégorie appartient une roche shungitique.

Des analyses élémentaires ou thermiques permettent de mesurer la proportion de carbone organique ou total.

Cette mesure est nécessaire pour distinguer avec précision un matériau de type I, II ou III plutôt que de se fier uniquement à son apparence.

Les appellations commerciales « élite » ou « noble » ne constituent pas à elles seules une mesure scientifique de la teneur en carbone.

Spectroscopie Raman et diffraction des rayons X

La spectroscopie Raman est particulièrement utile pour caractériser la structure du carbone.

La shungite présente les bandes caractéristiques d’un carbone sp² fortement désordonné, avec une organisation bien différente de celle d’un graphite parfaitement cristallin.

La diffraction des rayons X permet elle aussi de montrer l’absence de véritable structure graphitique tridimensionnelle.

Ces méthodes constituent parmi les meilleurs moyens de distinguer scientifiquement la shungite de plusieurs autres formes naturelles de carbone.

Provenance

Pour un spécimen commercial présenté comme véritable shungite de Carélie, la provenance constitue un critère particulièrement important.

Une pierre noire provenant d’une source inconnue peut être extrêmement difficile à distinguer d’autres roches carbonées sans analyse.

Une provenance documentée de Shunga, Zazhogino, Maksovo ou d’un autre gisement reconnu du bassin du lac Onega apporte donc une information essentielle.


Shungite naturelle, imitations et traitements

La shungite naturelle correspond à une matière carbonée géologique et aux roches qui la contiennent.

Il n’existe pas de shungite synthétique au sens où une émeraude synthétique possède la même structure cristalline qu’une émeraude naturelle. Une copie fabriquée à partir de carbone, de résine ou d’autres matériaux constitue simplement une imitation.

Le principal problème commercial réside donc dans la vente d’autres roches noires ou matières carbonées sous le nom de shungite.

Anthracite et autres charbons

L’anthracite constitue une imitation plausible.

Il est noir, riche en carbone, relativement brillant et possède lui aussi un degré élevé de transformation thermique.

Les structures moléculaires ne sont cependant pas identiques et une analyse Raman ou par diffraction permet de les différencier.

La provenance constitue également un indice majeur.

Un morceau provenant d’un bassin houiller récent n’est évidemment pas une shungite de Carélie.

Graphite et roches graphitiques

Le graphite peut être utilisé ou vendu incorrectement comme shungite en raison de sa couleur sombre et de sa conductivité électrique.

Le graphite possède toutefois une véritable structure cristalline en couches beaucoup plus ordonnée.

Il est également très tendre et laisse facilement une trace noire ou grise.

Une roche graphitique québécoise ou canadienne n’est donc pas une variété locale de shungite.

Résines et composites

Des objets noirs moulés pourraient être fabriqués à partir de résines contenant de la poudre de carbone ou d’autres charges minérales.

Une pièce entièrement moulée peut présenter des bulles, des lignes de joint ou une uniformité inhabituelle.

Les propriétés thermiques, la densité et la structure interne permettent généralement de la différencier d’une roche naturelle.

Polissage

Le polissage ne constitue pas un traitement modifiant la nature de la shungite.

Les qualités suffisamment compactes sont couramment transformées en sphères, perles, cabochons, pendentifs et objets décoratifs.

La surface devient alors beaucoup plus noire et brillante qu’à l’état brut.

Un morceau poli n’est donc pas nécessairement une imitation.

Résines et stabilisation

Une roche trop fracturée peut éventuellement être imprégnée de résine afin d’améliorer sa cohésion.

Une telle stabilisation devrait être divulguée lorsqu’elle est importante.

Les objets assemblés ou réparés à la colle demandent également davantage de précautions lors du nettoyage.

Shungite « élite »

Le terme élite ou noble est principalement une appellation commerciale appliquée aux shungites particulièrement riches en carbone et naturellement brillantes.

Il correspond approximativement au matériau classé type I, mais une apparence métallique ne permet pas à elle seule de prouver une teneur de 90 ou 98 % en carbone.

Pour déterminer réellement la catégorie d’un spécimen, une analyse de sa composition est préférable.


Shungite, graphite, anthracite, jais ou obsidienne?

Plusieurs matières noires peuvent ressembler à la shungite, mais leur origine et leurs propriétés sont très différentes.

Propriété Shungite Graphite Anthracite Jais Obsidienne
Nature Roche carbonée / matière carbonée métamorphisée Minéral Roche carbonée métamorphisée Bois fossile jetonisé Verre volcanique naturel
Composition dominante Carbone + minéraux variables C Carbone + matière minérale Matière organique carbonée Verre silicaté
Structure du carbone Faiblement ordonnée, nanostructurée Cristalline, graphitique Carbone fortement transformé Matière organique complexe Sans objet
Dureté Mohs Variable; ~3,5 pour le type très carboné 1–2 Environ 2–3 selon le matériau Environ 3–4 Environ 5–5,5
Densité approximative Variable; ~1,9–2,0 pour le carbone vitreux Environ 2,2 Environ 1,3–1,8 Environ 1,3 Environ 2,3–2,6
Éclat Métallique à mat Métallique Métallique à submétallique Résineux à brillant Vitreux
Conductivité électrique Variable, forte dans les qualités riches en carbone Très bonne Variable Faible Très faible
Origine classique Carélie, Paléoprotérozoïque Nombreux environnements métamorphiques Bassins houillers métamorphisés Bois fossile transformé Laves riches en silice
Principale distinction Carbone non graphitique dans les roches de Carélie Structure cristalline graphitique Charbon de haut rang Origine ligneuse et très faible densité Composition silicatée et fracture vitreuse

Le graphite est une véritable espèce minérale constituée de carbone cristallisé. Sa structure ordonnée le distingue fondamentalement du carbone fortement désordonné de la shungite.

L’anthracite est un charbon de haut rang possédant une teneur élevée en carbone. Il peut visuellement ressembler aux shungites brillantes, mais son origine géologique et sa structure carbonée sont différentes.

Le jais possède lui aussi une origine organique, mais il provient de bois fossile transformé. Il est généralement beaucoup plus léger et historiquement utilisé comme matière gemme sculptée.

L’obsidienne n’est pas carbonée : il s’agit d’un verre volcanique silicaté. Son noir résulte de sa composition et de sa structure vitreuse plutôt que d’une importante concentration en carbone.


Qualité, rareté et valeur de la shungite

La valeur de la shungite dépend principalement de sa teneur en carbone, de son type, de son éclat, de sa taille, de son état, de la qualité du polissage et de sa provenance.

Il n’existe pas de système gemmologique international attribuant des grades A, AA ou AAA à la shungite.

La classification scientifique et technique la plus utile repose principalement sur la proportion de carbone.

Teneur en carbone

La teneur en carbone constitue l’un des critères les plus importants.

Le matériau de type I, contenant généralement autour de 90 à 98 % de carbone, est beaucoup moins abondant que les roches de type II ou III.

Il est fréquemment vendu sous le nom de shungite noble ou élite.

Les types plus pauvres en carbone contiennent davantage de quartz, de silicates et d’autres minéraux.

Cette différence modifie directement l’aspect, la densité, la résistance et la conductivité du matériau.

Éclat

Le matériau très carboné présente généralement un éclat noir acier ou argenté particulièrement remarquable.

Une belle surface naturelle métallique peut augmenter l’intérêt d’un spécimen de collection.

Il ne faut toutefois pas confondre cet éclat naturel avec une surface simplement polie.

Une shungite ordinaire contenant beaucoup moins de carbone peut devenir brillante après taille mécanique sans appartenir au type I.

Fractures et état

Les shungites les plus riches en carbone sont souvent relativement cassantes.

De petites ébréchures et fractures sont donc courantes sur les fragments naturels.

Un spécimen présentant de grandes surfaces intactes et une fracture naturelle brillante peut être davantage recherché.

Pour les objets polis, les fissures traversantes et les réparations peuvent au contraire diminuer la valeur.

Veines minérales

Les veines blanches de quartz, de calcite ou d’autres minéraux sont naturelles dans certaines shungites.

Elles ne prouvent pas que le spécimen soit faux ou de mauvaise qualité.

Pour un collectionneur, une association esthétique entre carbone noir brillant, quartz blanc et pyrite peut même augmenter l’intérêt visuel.

Pour une pièce destinée à être uniformément noire, ces inclusions seront généralement moins recherchées.

Provenance

Une provenance documentée de Carélie constitue un critère essentiel.

Shunga, Zazhogino et Maksovo représentent notamment des noms étroitement associés aux grandes occurrences classiques.

La provenance prend encore davantage d’importance pour le matériau présenté comme type I ou « élite », puisque la simple apparence noire et brillante peut être reproduite par d’autres substances carbonées.

Taille

De grands morceaux homogènes de matériau très riche en carbone deviennent moins fréquents que les petits fragments.

La valeur n’augmente cependant pas uniquement avec le poids.

Un grand morceau terne, très fracturé ou pauvre en carbone peut avoir moins d’intérêt qu’un petit spécimen de type I possédant un fort éclat métallique et une provenance documentée.

Types commerciaux

Le terme shungite noire est généralement appliqué aux roches plus communes utilisées pour fabriquer des objets polis.

L’expression Petrovsky shungite apparaît également dans le commerce pour certaines qualités intermédiaires, mais elle ne correspond pas toujours parfaitement à une catégorie pétrologique universelle.

Les noms commerciaux doivent donc être interprétés avec prudence.

Une analyse de la teneur en carbone reste beaucoup plus objective qu’un nom comme élite, noble, Petrovsky ou premium.


Utilisation en joaillerie et entretien

La shungite est utilisée pour fabriquer des pendentifs, perles, bracelets, cabochons, sphères, sculptures et différents objets décoratifs.

Les pièces destinées au travail lapidaire sont généralement choisies parmi les roches suffisamment compactes pour supporter la coupe et le polissage.

La shungite très riche en carbone de type I est souvent trop cassante pour produire de grands objets sculptés. Elle est donc fréquemment conservée sous forme de fragments naturels ou utilisée pour de petites pièces.

Les qualités contenant davantage de matrice minérale peuvent être mécaniquement plus adaptées aux perles, sphères et sculptures.

La faible dureté de certaines shungites signifie qu’une surface polie peut se rayer relativement facilement.

Une bague portée quotidiennement n’est donc pas l’utilisation idéale, particulièrement pour les qualités riches en carbone.

Les pendentifs, boucles d’oreilles et perles sont moins exposés aux chocs.

Pour le nettoyage courant, de l’eau tiède et un chiffon doux constituent la méthode la plus prudente.

Un savon doux peut être utilisé sur une pièce non traitée, mais les produits chimiques agressifs et les solvants doivent être évités, particulièrement lorsqu’on ignore si la pierre a été stabilisée ou collée.

Les appareils à ultrasons et la vapeur sont inutiles et ne sont pas recommandés pour les pièces fracturées ou assemblées.

Les fragments très riches en carbone doivent être manipulés avec soin, puisque leurs arêtes peuvent s’ébrécher malgré l’apparence compacte du matériau.

Enfin, la shungite devrait être conservée séparément des pierres plus dures. Le quartz, le béryl, le spinelle, le saphir et de nombreux autres minéraux peuvent facilement rayer une surface polie.

Une pochette individuelle ou un compartiment rembourré permet de préserver l’éclat noir caractéristique du matériau.

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