Serendibite naturelle sur fond noir.

Serendibite : le guide de référence

La serendibite est un rare borosilicate de calcium, magnésium et aluminium, principalement connu pour ses couleurs bleu-vert, bleu grisâtre à bleu très foncé. Sa composition est complexe et peut être représentée par la formule IMA Ca₄[Mg₆Al₆]O₄[Si₆B₃Al₃O₃₆]. Le fer peut remplacer une partie du magnésium et de l’aluminium et influencer fortement la couleur du minéral.

Découverte au Sri Lanka au début du XXe siècle, la serendibite est restée pendant plusieurs décennies essentiellement un minéral scientifique et de collection. Le matériau suffisamment transparent pour être facetté est beaucoup plus rare que la serendibite elle-même. Les premières pierres gemmes étudiées provenaient du Sri Lanka et ne pesaient que quelques dixièmes de carat.

Les découvertes ultérieures dans la région de Mogok, au Myanmar, ont révélé des cristaux plus importants, souvent d’un bleu extrêmement sombre paraissant presque noir sans éclairage transmis. La combinaison d’une forte densité, d’un pléochroïsme spectaculaire et d’une distribution limitée fait de la serendibite une gemme principalement recherchée par les collectionneurs spécialisés.


La serendibite en bref

Propriété Donnée
Nom Serendibite
Formule IMA Ca₄[Mg₆Al₆]O₄[Si₆B₃Al₃O₃₆]
Formule simplifiée souvent utilisée Ca₂(Mg,Al)₆(Si,Al,B)₆O₂₀
Classe minérale Silicates
Groupe Groupe de la rhönite, supergroupe de la sapphirine
Système cristallin Triclinique
Couleur Bleu-vert, bleu grisâtre, bleu profond, vert, brun, parfois presque noir
Dureté 6,5 à 7 sur l’échelle de Mohs
Densité Environ 3,42 à 3,52
Indices de réfraction Environ 1,70 à 1,74 selon la composition; autour de 1,697 à 1,702 pour certaines gemmes pauvres en fer
Biréfringence Faible à modérée selon la composition; environ 0,005 pour certaines gemmes
Caractère optique Biaxe
Éclat Vitreux
Transparence Transparente à translucide, parfois pratiquement opaque dans le matériel très sombre
Trait Blanc
Cassure Irrégulière à subconchoïdale
Macles Macles polysynthétiques fréquentes
Pléochroïsme Très fort
Habitus Petits cristaux tabulaires, grains irréguliers et agrégats
Éléments essentiels Calcium, magnésium, aluminium, bore, silicium et oxygène
Localité type Gangapitiya, près d’Ambakotte, Sri Lanka
Principales provenances gemmes Sri Lanka et Myanmar
Utilisation comme gemme Oui, extrêmement rare
Présence au Québec Oui, documentée à Portage-du-Fort en Outaouais

La serendibite possède surtout une signature remarquable par son fort pléochroïsme. Selon l’orientation, un même cristal peut passer du jaune très pâle ou presque incolore à des nuances vertes, bleu-vert et bleu profond.


Qu’est-ce que la serendibite?

La serendibite est une espèce minérale naturelle contenant principalement du calcium, du magnésium, de l’aluminium, du silicium, du bore et de l’oxygène.

Sa formule officielle moderne est :

Ca₄[Mg₆Al₆]O₄[Si₆B₃Al₃O₃₆]

Une écriture plus ancienne et plus compacte fréquemment rencontrée est :

Ca₂(Mg,Al)₆(Si,Al,B)₆O₂₀

Cette formule montre immédiatement pourquoi la serendibite possède une composition beaucoup plus complexe que des silicates comme le quartz ou le béryl.

Le minéral appartient aujourd’hui au groupe de la rhönite dans le supergroupe de la sapphirine.

Une découverte au Sri Lanka

La serendibite fut découverte en 1902 à Gangapitiya, près d’Ambakotte au Sri Lanka, alors appelé Ceylan.

Elle fut décrite scientifiquement l’année suivante par George T. Prior et Ananda K. Coomaraswamy.

Le matériau original provenait d’une zone de contact entre des roches carbonatées et des roches métamorphiques de haut grade.

Pourquoi le nom serendibite?

Le nom vient de Serendib, une ancienne appellation arabe du Sri Lanka.

La même racine historique a également donné naissance au mot anglais serendipity, même si les deux termes ont ensuite suivi des histoires différentes.

Le nom du minéral fait donc directement référence au pays dans lequel l’espèce a été découverte.

Un minéral longtemps inconnu comme gemme

La serendibite fut connue des minéralogistes pendant près d’un siècle avant d’être réellement reconnue comme pierre gemme.

Le matériel naturel est généralement :

très sombre;

opaque à translucide;

de petite dimension;

ou intégré directement dans la roche.

Les cristaux possédant simultanément une bonne transparence, une couleur attrayante et suffisamment de volume pour être facettés sont extrêmement inhabituels.

Ce n’est que dans les années 1990 que les premières serendibites transparentes facettées furent clairement documentées dans la littérature gemmologique.


Pourquoi la serendibite est-elle bleue, verte ou presque noire?

La serendibite peut présenter une gamme relativement large de couleurs, mais les teintes les plus caractéristiques sont :

bleu-vert;

vert bleuté;

bleu gris;

bleu profond;

et bleu presque noir.

La couleur dépend notamment de sa composition chimique et particulièrement de la quantité et de l’état du fer présent dans sa structure.

Le rôle du fer

Le fer peut remplacer partiellement le magnésium et l’aluminium.

Il peut être présent principalement sous les formes :

Fe²⁺

et

Fe³⁺

Ces ions absorbent certaines longueurs d’onde de la lumière visible.

Les analyses spectroscopiques montrent notamment une importante absorption dans la partie rouge à proche infrarouge du spectre chez les serendibites colorées.

En réduisant la quantité de lumière rouge traversant le cristal, cette absorption favorise une apparence bleu-vert.

Pourquoi certaines serendibites sont-elles presque noires?

Les cristaux riches en fer ou simplement très épais absorbent énormément de lumière.

Un cristal peut alors sembler :

noir;

bleu noir;

ou vert noir

lorsqu’il est observé sous un éclairage normal.

Avec une forte lumière placée derrière le cristal, des zones jusque-là presque noires peuvent révéler une transparence bleu profond ou bleu-vert.

Cette apparence est particulièrement caractéristique de plusieurs cristaux provenant de Mogok au Myanmar.

Les serendibites plus claires du Sri Lanka

Les rares pierres gemmes sri-lankaises étudiées présentent une teneur en fer relativement faible.

Elles peuvent donc montrer des couleurs beaucoup plus lumineuses :

bleu-vert;

vert bleuté;

bleu violet;

ou parfois presque incolore dans certaines directions.

Cette différence explique pourquoi les propriétés optiques mesurées sur les pierres transparentes du Sri Lanka peuvent également être légèrement différentes de celles du matériel sombre provenant d’autres localités.

Un pléochroïsme spectaculaire

La serendibite possède un très fort pléochroïsme.

Les trois principales directions peuvent montrer des nuances approximativement comprises entre :

jaune pâle à jaune-vert;

presque incolore à bleu-vert;

et

bleu clair à bleu foncé.

Une pierre peut donc sembler sensiblement différente simplement en étant tournée devant une source lumineuse.

Ce phénomène doit être pris en compte lors du facettage.


Composition chimique et structure cristalline

La serendibite possède une composition particulièrement complexe.

Sa formule IMA est :

Ca₄[Mg₆Al₆]O₄[Si₆B₃Al₃O₃₆]

Elle contient donc plusieurs éléments essentiels simultanément :

calcium;

magnésium;

aluminium;

bore;

silicium;

et oxygène.

Une composition variable

Les serendibites naturelles ne correspondent pas toujours exactement à une formule parfaitement idéale.

Plusieurs substitutions sont possibles.

Le fer peut notamment remplacer :

le magnésium sous forme Fe²⁺;

et une partie de l’aluminium sous forme Fe³⁺.

De faibles quantités de :

sodium;

potassium;

manganèse;

titane;

phosphore;

et fluor

peuvent également être présentes selon les occurrences.

Cette variabilité explique une partie des différences de couleur, de densité et d’indices de réfraction observées entre les spécimens.

Une structure triclinique

La serendibite cristallise dans le système triclinique, le système cristallin possédant le moins de symétrie.

Les trois axes cristallographiques ont des longueurs différentes et les angles entre eux ne correspondent pas nécessairement à 90°.

Cette faible symétrie contraste fortement avec l’apparence parfois assez régulière de certains cristaux.

Une structure exceptionnellement complexe

La structure de la serendibite a longtemps représenté un défi important pour les cristallographes.

Elle contient plusieurs types de sites atomiques occupés par du calcium, du magnésium, de l’aluminium, du silicium et du bore.

Les substitutions chimiques possibles augmentent encore cette complexité.

La serendibite est ainsi beaucoup plus complexe structuralement qu’une pierre comme le quartz, dont la formule se limite à SiO₂.

Macles polysynthétiques

Les macles polysynthétiques sont particulièrement importantes dans la serendibite.

Plusieurs individus cristallins peuvent se répéter selon une orientation régulière et créer de très fines lamelles parallèles.

Ces structures sont visibles au microscope ou sous lumière polarisée et peuvent constituer un indice important lors de l’identification d’une pierre gemme.


Propriétés physiques et optiques

La serendibite possède une dureté comprise entre 6,5 et 7 sur l’échelle de Mohs.

Elle possède donc une résistance aux rayures raisonnable, comparable ou légèrement inférieure à celle du quartz selon le spécimen.

Cette dureté reste néanmoins plus faible que celle du spinelle, du saphir ou du chrysobéryl.

Densité

La densité mesurée se situe généralement entre :

3,42 et 3,52 g/cm³

avec une valeur théorique proche de :

3,47 g/cm³

Cette densité relativement élevée constitue un critère utile pour l’identification.

Elle est notamment beaucoup plus importante que celle de la grandidiérite.

Indices de réfraction

Les propriétés optiques peuvent varier avec la composition chimique.

Pour le matériau minéralogique, des valeurs pouvant s’étendre approximativement autour de :

1,70 à 1,74

sont documentées.

Les rares serendibites gemmes pauvres en fer provenant du Sri Lanka présentent des valeurs plus étroites, autour de :

nα ≈ 1,697

nβ ≈ 1,700

nγ ≈ 1,702

Ces différences illustrent l’influence de la composition, notamment de la teneur en fer, sur les propriétés optiques.

Biréfringence

Les pierres gemmes sri-lankaises étudiées présentent une biréfringence proche de :

0,005

La serendibite est une pierre biaxe.

Les données publiées sur différents matériaux peuvent montrer de légères différences de signe optique ou de valeurs en raison de la composition et des orientations analysées.

Dispersion

La dispersion peut être relativement forte.

Elle est toutefois généralement difficile à apprécier dans le matériel très sombre parce que la couleur de corps absorbe une grande partie de la lumière.

Une pierre claire et correctement facettée peut montrer davantage d’éclats colorés.

Fluorescence

Les serendibites étudiées sont généralement inertes ou très peu réactives aux ultraviolets.

L’absence de fluorescence ne constitue toutefois pas à elle seule un critère d’identification.


Comment se forme la serendibite?

La serendibite se forme principalement dans des skarns et roches calcosilicatées fortement métamorphisées et enrichies en bore.

Sa formation nécessite une combinaison géologique relativement particulière réunissant :

des roches carbonatées;

du magnésium;

de l’aluminium;

du silicium;

du bore;

et des températures suffisamment élevées.

Contact entre roches carbonatées et intrusions

L’un des environnements classiques correspond au contact entre :

un calcaire ou une dolomie;

et une intrusion granitique ou une roche magmatique apparentée.

La chaleur de l’intrusion transforme les roches carbonatées environnantes.

Des fluides magmatiques circulent également dans la roche et peuvent apporter de nouveaux éléments.

Cette transformation chimique et minéralogique produit ce que l’on appelle un skarn.

Métasomatisme au bore

Le bore joue un rôle particulièrement important.

Des fluides riches en bore peuvent pénétrer les roches carbonatées et provoquer de nouvelles réactions.

Ce processus est appelé :

métasomatisme boré.

Lorsque suffisamment de bore, de calcium, de magnésium, d’aluminium et de silicium sont réunis dans les bonnes conditions, la serendibite peut devenir stable.

Métamorphisme de haut grade

Plusieurs occurrences sont associées à des roches ayant atteint des conditions métamorphiques élevées, parfois jusqu’au faciès granulite.

La chaleur provoque une recristallisation profonde des minéraux.

La serendibite peut alors se développer avec différents silicates riches en magnésium et aluminium.

Minéraux associés

La serendibite est notamment documentée avec :

le diopside;

le spinelle;

la phlogopite;

la scapolite;

la calcite;

la trémolite;

l’apatite;

la grandidiérite;

la sinhalite;

l’uvite;

la pargasite;

la clinozoïsite;

la forstérite;

la warwickite;

et le graphite.

La présence de ces minéraux peut fournir des indices importants sur l’environnement métamorphique dans lequel elle s’est formée.


Où trouve-t-on la serendibite dans le monde?

La serendibite est connue dans plusieurs pays, mais les occurrences capables de produire du matériau transparent de qualité gemme sont beaucoup plus limitées.

Le Sri Lanka possède l’importance historique de la localité type, tandis que le Myanmar est devenu une provenance majeure pour les beaux cristaux et les pierres facettables.

Sri Lanka

Le Sri Lanka est le pays où la serendibite fut découverte.

La localité type se situe à Gangapitiya, près d’Ambakotte, dans la partie centrale de l’île.

Le minéral fut trouvé dans une zone métamorphique au contact entre granulite et roche calcaire.

Le matériel classique est principalement d’intérêt minéralogique.

Ratnapura et Kolonne

Du matériau de qualité gemme fut découvert dans les années 1990 dans des dépôts secondaires du secteur de Ratnapura, notamment près de Kolonne.

Les premières pierres facettées étudiées scientifiquement étaient extrêmement petites.

Deux spécimens importants pour l’histoire gemmologique pesaient seulement :

0,35 carat

et

0,55 carat.

Ces pierres présentaient néanmoins une excellente transparence et une remarquable couleur bleu-vert.

Myanmar

La région de Mogok, au Myanmar, est devenue une autre provenance particulièrement importante.

Des cristaux beaucoup plus visibles et mieux formés que dans la plupart des occurrences historiques ont été découverts dans ce célèbre district gemmifère.

Le matériel de Mogok est souvent :

bleu extrêmement foncé;

bleu-vert sombre;

ou pratiquement noir à première vue.

Sous une lumière suffisamment forte, certains cristaux révèlent toutefois une transparence bleue.

Des pierres transparentes facettées sont également documentées, mais elles restent exceptionnellement rares.

Madagascar

Plusieurs occurrences sont connues à Madagascar.

La serendibite a notamment été décrite dans des terrains métamorphiques de haute température contenant des roches riches en bore.

Les secteurs d’Ianapera et d’Ihosy figurent parmi les localités classiques.

Le matériel est principalement d’intérêt minéralogique plutôt que gemmologique.

Tanzanie

La serendibite est également connue dans le district de Handeni, en Tanzanie.

Elle apparaît dans des environnements métamorphiques riches en calcium, magnésium et aluminium.

Aucune production importante de gemmes comparable au Sri Lanka ou au Myanmar n’est connue.

Russie

Le gisement de Tayozhnoye, en Sibérie orientale, représente une occurrence minéralogique importante.

La serendibite y est associée à un système de skarn et a joué un rôle important dans les études modernes consacrées à la chimie de l’espèce.

États-Unis

Plusieurs occurrences sont documentées aux États-Unis.

Elles comprennent notamment des localités dans l’État de New York, dont :

Johnsburg;

Amity;

et Russell.

Une occurrence est également connue en Californie.

Ces sites ont surtout fourni du matériel scientifique et minéralogique.

Canada

La serendibite est connue au Canada dans au moins deux contextes particulièrement intéressants :

la péninsule de Melville, aujourd’hui au Nunavut;

et Portage-du-Fort au Québec.

Ces occurrences démontrent que les terrains métamorphiques canadiens peuvent réunir les conditions nécessaires à la formation de ce rare borosilicate.


La serendibite au Québec

La serendibite est bien documentée au Québec.

Une occurrence particulièrement intéressante se trouve à Portage-du-Fort, dans la MRC de Pontiac en Outaouais.

Elle appartient à la province géologique de Grenville et se situe dans la Ceinture métasédimentaire centrale.

Portage-du-Fort

La serendibite apparaît dans une bande de roche calcosilicatée d’environ :

10 à 15 cm d’épaisseur

incluse dans des marbres dolomitiques et des marbres serpentinisés du groupe de Portage-du-Fort.

Il s’agit donc d’une véritable occurrence primaire dans une roche métamorphique, et non simplement d’un grain transporté trouvé dans des sédiments.

Une roche enrichie en bore

La géologie correspond très bien à l’environnement classique de la serendibite ailleurs dans le monde.

Les roches carbonatées ont subi un métamorphisme intense ainsi que des réactions métasomatiques permettant l’introduction ou la redistribution du bore.

La composition de la serendibite québécoise analysée confirme également qu’il s’agit bien de l’espèce.

Apparence de la serendibite québécoise

Les cristaux observés à Portage-du-Fort peuvent être bleu foncé.

Ils présentent fréquemment des macles polysynthétiques.

La serendibite se trouve principalement directement intégrée dans la roche calcosilicatée plutôt que sous la forme de grandes gemmes transparentes libres.

Des grains fins irréguliers peuvent également être présents avec le diopside.

Minéraux associés

Le site de Portage-du-Fort contient notamment :

diopside;

calcite;

dolomite;

spinelle;

phlogopite;

pargasite;

scapolite;

tourmaline;

zircon;

muscovite;

et différents feldspaths.

Cette association reflète l’histoire métamorphique et métasomatique complexe du secteur.

Une occurrence importante, mais pas une source gemme

Il faut toutefois distinguer clairement deux choses.

La serendibite est réellement présente au Québec.

En revanche, Portage-du-Fort n’est pas reconnu comme une source commerciale de serendibite transparente destinée au facettage.

L’intérêt du matériel québécois est avant tout :

minéralogique;

géologique;

scientifique;

et pour les collectionneurs de localités québécoises.

Une serendibite de Portage-du-Fort correctement documentée possède donc un intérêt particulier même si elle ne ressemble pas aux rares gemmes transparentes du Sri Lanka.


À quoi ressemble une serendibite naturelle?

La serendibite naturelle possède une apparence extrêmement variable.

Une grande partie du matériel est :

bleu foncé;

bleu-vert;

gris bleu;

vert brunâtre;

ou presque noir.

Les rares pierres de qualité gemme peuvent être beaucoup plus lumineuses.

Cristaux naturels

Les cristaux bien développés sont rares.

La serendibite apparaît plus fréquemment sous forme :

de petits cristaux tabulaires;

de grains irréguliers;

de cristaux incorporés dans une roche;

ou d’agrégats.

Des cristaux de l’ordre du centimètre existent néanmoins dans certaines localités, particulièrement à Mogok.

Serendibite bleu-noir

L’apparence presque noire est caractéristique de nombreux cristaux riches en fer.

Sous un éclairage normal, très peu de lumière réussit à traverser le cristal.

Lorsqu’une source lumineuse intense est placée derrière le spécimen, les arêtes et les parties minces peuvent révéler :

du bleu profond;

du bleu-vert;

ou du vert bleuté.

Serendibite bleu-vert transparente

Le matériel gemme du Sri Lanka peut être beaucoup plus clair.

Les pierres transparentes peuvent montrer une combinaison inhabituelle de :

vert bleuté;

bleu-vert;

bleu violet;

et jaune très pâle selon l’orientation.

Cette variété de couleurs est directement liée à son fort pléochroïsme.

Macles visibles

La présence de fines lamelles produites par les macles polysynthétiques constitue une caractéristique fréquente.

Elles peuvent apparaître sous forme de bandes répétitives à l’intérieur du cristal lorsqu’il est examiné au microscope ou en lumière polarisée.

Pierres facettées

Les rares serendibites transparentes peuvent être taillées en :

ovale;

coussin;

rectangle;

poire;

ou différentes tailles mixtes.

La couleur doit être prise en compte pendant le facettage.

Une pierre trop épaisse ou mal orientée peut devenir presque noire, alors qu’une orientation plus favorable permet de révéler davantage de bleu et de vert.


Comment identifier la serendibite?

Une pierre bleu-vert ou bleu foncé ne devrait jamais être identifiée comme serendibite uniquement à partir de son apparence.

Plusieurs autres minéraux peuvent montrer des propriétés très proches.

La sapphirine constitue notamment l’une des confusions les plus difficiles.

Densité

La densité de la serendibite se situe approximativement entre :

3,42 et 3,52

Cette valeur permet d’éliminer rapidement certaines pierres plus légères comme la grandidiérite.

Elle chevauche toutefois les valeurs de la sapphirine et de la zoïsite.

La densité ne suffit donc pas toujours à elle seule.

Indices de réfraction

Les rares pierres gemmes sri-lankaises pauvres en fer présentent des indices autour de :

1,697 à 1,702

Le matériel plus riche en fer peut montrer des valeurs plus élevées.

La mesure précise des trois indices constitue une information importante.

Biréfringence

La biréfringence des pierres gemmes classiques est voisine de :

0,005

Cette valeur est relativement faible.

Elle peut chevaucher celle de la sapphirine, ce qui explique pourquoi la distinction entre les deux espèces demande parfois plusieurs tests.

Caractère biaxe

La serendibite est biaxe.

L’examen au polariscope et au conoscope peut donc fournir des informations importantes sur son caractère optique.

Pléochroïsme

Le fort pléochroïsme constitue l’une des caractéristiques les plus spectaculaires.

Un dichroscope peut montrer des nuances allant :

du jaune pâle;

au vert bleuté;

jusqu’au bleu foncé.

La présence de trois couleurs nettement différentes est compatible avec son caractère biaxe.

Macles polysynthétiques

Les macles représentent un outil particulièrement utile.

Des séries de fines lamelles parallèles peuvent être observées au microscope.

Les études du matériel gemme sri-lankais montrent que ces macles permettent notamment d’aider à distinguer la serendibite de pierres visuellement proches.

Spectroscopie Raman

Pour une pierre aussi rare, la spectroscopie Raman constitue l’une des meilleures méthodes d’identification.

Elle permet de comparer directement la signature vibratoire de la pierre avec celle d’une serendibite de référence.

Diffraction des rayons X

La diffraction des rayons X demeure également une méthode extrêmement fiable.

Elle a d’ailleurs été utilisée pour confirmer l’identité de plusieurs des premières serendibites gemmes étudiées.

Pour une pierre importante ou supposément très rare, une identification par un laboratoire gemmologique reconnu est donc fortement préférable.


Serendibite naturelle, synthétique et traitements

Les serendibites disponibles dans les collections minéralogiques et sur le très petit marché gemmologique sont essentiellement naturelles.

Aucune production commerciale significative de serendibite synthétique facetable n’est actuellement documentée.

Serendibite synthétique

La structure complexe de la serendibite peut naturellement faire l’objet de recherches expérimentales en laboratoire.

Cela ne correspond toutefois pas à une industrie produisant de grandes pierres synthétiques destinées à imiter les gemmes naturelles.

Pour un acheteur, le problème beaucoup plus réaliste est donc une mauvaise identification.

Une sapphirine, une zoïsite ou une autre pierre bleu-vert pourrait être présentée à tort comme une serendibite.

Traitement thermique

Aucun traitement thermique commercial courant n’est documenté pour la serendibite.

Les couleurs bleu-vert à bleu-noir connues sont généralement considérées comme naturelles et liées principalement à la composition du cristal.

Irradiation et remplissage

L’irradiation, la diffusion ou le remplissage systématique de fractures ne constituent pas non plus des traitements normalement associés au marché de la serendibite.

La quantité de matériau gemme est tellement limitée qu’il n’existe pas véritablement d’industrie de traitement comparable à celle du saphir, de la topaze ou du rubis.

Pourquoi un rapport gemmologique reste important

L’absence de traitements habituels ne réduit pas l’importance d’une certification.

La difficulté principale demeure l’identité du minéral.

Pour une serendibite facettée transparente, un rapport gemmologique sérieux devrait idéalement confirmer l’espèce à l’aide d’une combinaison de :

indices de réfraction;

densité;

propriétés optiques;

microscopie;

spectroscopie;

et, lorsque nécessaire, diffraction des rayons X.


Serendibite, sapphirine, grandidiérite, tanzanite ou kornerupine?

Plusieurs pierres bleu-vert peuvent ressembler à la serendibite. La sapphirine constitue généralement la comparaison minéralogique la plus difficile.

Propriété Serendibite Sapphirine Grandidiérite Tanzanite Kornerupine
Composition Borosilicate complexe Ca-Mg-Al Silicate Mg-Al Borosilicate Mg-Al Zoïsite Ca-Al Borosilicate complexe Mg-Al
Système cristallin Triclinique Monoclinique Orthorhombique Orthorhombique Orthorhombique
Dureté Mohs 6,5–7 Environ 7,5 Environ 7,5 6–7 Environ 6,5–7
Densité approximative 3,42–3,52 3,40–3,58 2,98–2,99 Environ 3,35 Environ 3,3
Indice de réfraction Environ 1,70–1,74 selon composition Environ 1,70–1,73 Environ 1,59–1,64 Environ 1,69–1,70 Environ 1,66–1,70
Pléochroïsme Très fort Souvent fort Très fort Très fort Souvent fort
Couleur possible Bleu-vert à bleu très foncé Bleu, bleu-vert Bleu-vert Bleu à violet Vert, brun-vert, bleu-vert
Principale distinction B + Ca essentiels, triclinique, macles fréquentes Pas de B essentiel, propriétés très proches Beaucoup plus légère et RI inférieur Structure et spectre différents Densité et propriétés optiques différentes

La sapphirine constitue le problème d’identification classique.

Ses indices de réfraction, sa densité, sa couleur et sa biréfringence peuvent chevaucher ceux de la serendibite.

Une identification précise peut donc nécessiter l’étude des macles, de la spectroscopie ou même une analyse chimique.

La grandidiérite peut présenter pratiquement la même couleur bleu-vert, mais elle possède une densité et des indices de réfraction beaucoup plus faibles.

La tanzanite, variété bleue de zoïsite, possède elle aussi un fort pléochroïsme. Certaines de ses propriétés peuvent chevaucher celles des serendibites pauvres en fer, mais la spectroscopie et l’examen optique permettent de les distinguer.

La kornerupine peut apparaître verte à bleu-vert et possède elle aussi une forte anisotropie, mais ses propriétés physiques et sa structure diffèrent.


Qualité, rareté et valeur de la serendibite

La serendibite est rare comme minéral, mais la serendibite transparente de qualité gemme est beaucoup plus rare encore.

La grande majorité du matériel naturel est :

opaque;

translucide;

très sombre;

fortement inclus;

ou directement intégrée à la roche.

La disponibilité d’une serendibite facetable ne peut donc pas être estimée simplement à partir du nombre de localités connues.

Transparence

La transparence représente l’un des facteurs les plus importants.

Une pierre laissant facilement traverser la lumière est beaucoup plus inhabituelle qu’un cristal presque noir.

Les premières serendibites facettées étudiées au Sri Lanka étaient remarquables précisément parce qu’elles possédaient une transparence suffisante pour montrer clairement leur couleur bleu-vert.

Couleur

La couleur idéale dépend beaucoup des préférences du collectionneur.

Le matériel bleu-vert lumineux permet davantage d’apprécier :

la transparence;

le pléochroïsme;

et la brillance.

Les cristaux bleu-noir de Mogok présentent néanmoins un intérêt important en raison de leur provenance, de leurs formes naturelles et de l’extrême rareté des beaux cristaux de cette espèce.

Taille

Les pierres transparentes sont généralement très petites.

Les premières gemmes sri-lankaises scientifiquement étudiées ne pesaient que 0,35 et 0,55 carat.

Des cristaux plus importants sont connus au Myanmar, mais une augmentation de la taille s’accompagne fréquemment d’une augmentation de l’obscurité, des inclusions ou des fractures.

Une grande pierre simultanément :

transparente;

bien colorée;

propre;

et correctement identifiée

est donc exceptionnellement inhabituelle.

Facettage

La couleur très sombre représente un défi pour le lapidaire.

Une pierre trop profonde peut sembler noire.

Il faut donc rechercher un équilibre entre :

conservation du poids;

orientation du pléochroïsme;

profondeur;

et retour de lumière.

Une taille relativement peu profonde peut parfois permettre à davantage de lumière de traverser une pierre très sombre.

Cristaux de collection

Les cristaux naturels possèdent également une grande valeur minéralogique.

Les critères importants comprennent notamment :

une forme cristalline identifiable;

des faces intactes;

des macles visibles;

une bonne couleur;

une certaine transparence;

une provenance précise;

et une association esthétique avec la roche ou les minéraux voisins.

Un cristal bleu-noir parfaitement formé de Mogok peut donc présenter un intérêt considérable même s’il est beaucoup trop sombre pour être facetté.

Provenance

La provenance joue un rôle particulièrement important pour une espèce aussi rare.

Le Sri Lanka possède l’importance historique de la localité type et des premières gemmes reconnues.

Mogok est particulièrement recherché pour ses cristaux rares et son matériel facetable très sombre.

Portage-du-Fort possède pour sa part un intérêt majeur pour les collectionneurs de minéraux québécois.

Pas de prix universel fiable

Le marché est beaucoup trop petit pour établir un prix universel par carat comparable à celui des pierres commerciales.

La valeur dépend notamment :

de la transparence;

de la couleur;

du poids;

de la taille;

de la qualité du facettage;

de la provenance;

et surtout de la certitude de l’identification.

Une serendibite accompagnée d’un rapport gemmologique fiable possède naturellement un intérêt différent d’une pierre simplement vendue sous ce nom sans analyse.


Utilisation en joaillerie et entretien

La serendibite possède une dureté de 6,5 à 7 sur l’échelle de Mohs.

Elle peut donc être utilisée en joaillerie, mais elle ne possède pas la résistance aux rayures d’un saphir, d’un spinelle ou d’un chrysobéryl.

Sa rareté constitue également une raison supplémentaire de la protéger.

Pendentifs et boucles d’oreilles

Les pendentifs et boucles d’oreilles représentent les utilisations les plus prudentes.

Ces bijoux subissent relativement peu :

de chocs;

de frottements;

et d’abrasion contre des surfaces dures.

Ils permettent également de profiter du fort pléochroïsme lorsque la pierre bouge sous différentes orientations lumineuses.

Bagues

Une serendibite peut être montée en bague, mais elle convient davantage à un port occasionnel.

Un sertissage protégeant les arêtes et les angles est préférable.

Il faut également éviter les activités durant lesquelles la pierre pourrait frapper une surface dure.

Attention aux rayures

Une dureté proche de 6,5 à 7 signifie que la serendibite peut être rayée par plusieurs matériaux courants plus durs.

La poussière contenant de minuscules grains de quartz peut notamment provoquer progressivement des marques sur une surface polie.

Le bijou devrait donc être conservé séparément des pierres plus dures.

Nettoyage

Pour le nettoyage courant, la méthode la plus prudente consiste à utiliser :

de l’eau tiède;

un savon doux;

une brosse très souple ou un chiffon propre.

La pierre doit ensuite être rincée délicatement et séchée avec un tissu non abrasif.

Les changements brusques de température doivent être évités.

Compte tenu de la rareté du matériau et de la présence possible de fractures ou d’inclusions, le nettoyage aux ultrasons ou à la vapeur n’est pas le premier choix. Un nettoyage manuel doux reste préférable lorsque l’état interne de la pierre n’est pas parfaitement connu.

La serendibite demeure ainsi une gemme remarquable : un complexe borosilicate bleu-vert formé dans des roches métamorphiques enrichies en bore, possédant un très fort pléochroïsme et dont les cristaux transparents facettables représentent seulement une infime fraction du matériau naturel. Pour le Québec, son intérêt est encore plus particulier puisque l’espèce est réellement présente à Portage-du-Fort, où elle témoigne de l’histoire métamorphique complexe des roches de la province de Grenville.

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