Sélénite : le guide de référence
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La sélénite est la variété cristalline transparente à translucide du gypse, un sulfate de calcium hydraté de formule CaSO₄·2H₂O. Elle se reconnaît à ses cristaux généralement incolores ou blancs, parfois parfaitement transparents, qui peuvent prendre des formes tabulaires, prismatiques ou en lames.
Avec une dureté de seulement 2 sur l’échelle de Mohs, la sélénite compte parmi les minéraux courants les plus tendres. Elle peut être rayée avec un ongle et possède un clivage parfait permettant à ses cristaux de se séparer en fines plaques. Ces propriétés la rendent facile à reconnaître, mais également particulièrement fragile.
Le terme « sélénite » est souvent utilisé de manière très large dans le commerce. Minéralogiquement, il désigne surtout le gypse transparent et bien cristallisé. Le gypse fibreux vendu sous forme de baguettes blanches et satinées est plutôt appelé satin spar, tandis que l’albâtre correspond à une forme massive et finement grenue du gypse. De véritables cristaux de sélénite sont également documentés au Québec, notamment dans le secteur de Val-d’Or.
La sélénite en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom | Sélénite |
| Nature | Variété transparente à translucide du gypse |
| Espèce minérale | Gypse |
| Formule chimique | CaSO₄·2H₂O |
| Classe minérale | Sulfates |
| Description chimique | Sulfate de calcium dihydraté |
| Système cristallin | Monoclinique |
| Couleur | Généralement incolore à blanche, parfois légèrement jaunâtre, grisâtre ou brunâtre |
| Trait | Blanc |
| Dureté | 2 sur l’échelle de Mohs |
| Densité | Environ 2,31 à 2,32 |
| Indices de réfraction | Environ 1,519 à 1,530 |
| Biréfringence | Environ 0,009 à 0,010 |
| Caractère optique | Biaxe positif |
| Éclat | Vitreux, parfois nacré sur les surfaces de clivage |
| Transparence | Transparent à translucide |
| Clivage | Parfait dans une direction, avec d’autres directions moins marquées |
| Ténacité | Flexible dans les lames minces, mais non élastique |
| Formes naturelles | Cristaux tabulaires, prismatiques, en lames et macles |
| Macles | Fréquentes, notamment en « queue d’hirondelle » |
| Principales provenances | Mexique, États-Unis, Italie, Espagne et nombreuses régions évaporitiques |
| Présence au Québec | Oui |
| Occurrence québécoise confirmée | Mine Bevcon, Val-d’Or |
La sélénite possède exactement la même composition chimique que les autres formes de gypse. Ce qui la distingue est principalement son développement en cristaux transparents ou translucides suffisamment bien formés pour révéler la structure cristalline du minéral.
Qu’est-ce que la sélénite?
La sélénite est une variété du gypse et non une espèce minérale indépendante.
Le gypse possède la formule CaSO₄·2H₂O et peut se présenter sous plusieurs formes très différentes. Lorsqu’il forme des cristaux transparents, incolores ou légèrement teintés possédant un éclat vitreux, le terme sélénite est traditionnellement utilisé.
Cette définition permet de distinguer la véritable sélénite des autres variétés de gypse fréquemment rencontrées dans le commerce.
Le satin spar est constitué de fibres parallèles de gypse. Il présente généralement un aspect blanc à translucide et une bande lumineuse mobile appelée chatoyance lorsqu’il est déplacé sous la lumière.
L’albâtre est une forme massive et très finement grenue de gypse. Il est généralement blanc, crème ou légèrement coloré et peut être sculpté facilement en raison de sa faible dureté.
La véritable sélénite est davantage cristalline.
Elle peut former des plaques transparentes si parfaites qu’elles ont historiquement été utilisées comme matériau laissant passer la lumière. Le nom sélénite dérive d’ailleurs du grec selene, signifiant « lune », probablement en référence à l’apparence lumineuse et légèrement nacrée du minéral.
Les cristaux peuvent être très minces ou atteindre des dimensions exceptionnelles.
À Naica, au Mexique, des cristaux de gypse dépassant largement dix mètres de longueur se sont développés dans des cavités souterraines aux conditions remarquablement stables.
La sélénite démontre ainsi jusqu’à quel point un minéral relativement commun peut produire des cristaux extraordinaires lorsque son environnement de croissance reste favorable pendant suffisamment longtemps.
Pourquoi la sélénite est-elle incolore ou blanche?
Le gypse chimiquement pur est essentiellement incolore.
Ses principaux constituants — calcium, soufre, oxygène et hydrogène — ne créent pas dans sa structure cristalline les fortes absorptions de lumière visible responsables des couleurs intenses observées dans des minéraux comme l’azurite, le rubis ou la malachite.
Une sélénite parfaitement pure et bien cristallisée peut donc être presque aussi transparente qu’une vitre.
Pourquoi certains cristaux sont-ils blancs?
Un cristal peut apparaître blanc même lorsque sa composition fondamentale est incolore.
Des microfractures, inclusions fluides, irrégularités de croissance et minuscules interfaces internes diffusent la lumière dans plusieurs directions.
Lorsque cette diffusion devient suffisamment importante, le cristal perd sa transparence et prend une apparence blanchâtre ou laiteuse.
La couleur blanche ne nécessite donc pas nécessairement la présence d’un pigment blanc dans la pierre.
Elle peut simplement résulter de la manière dont la lumière se propage à travers sa structure.
Les teintes jaunes et brunes
Certaines sélénites présentent des tons jaune pâle, miel, brunâtre ou grisâtre.
Ces couleurs sont généralement liées à des inclusions ou impuretés présentes pendant la croissance.
Des oxydes de fer, des particules d’argile, de la matière organique ou différents minéraux emprisonnés dans le cristal peuvent modifier son apparence.
La sélénite des Great Salt Plains en Oklahoma offre un exemple particulièrement intéressant.
Les cristaux se développent directement dans des sédiments sableux et incorporent des particules au cours de leur croissance. Ces inclusions peuvent former une structure brunâtre caractéristique en forme de sablier à l’intérieur du cristal.
Pourquoi certaines sélénites sont-elles parfaitement transparentes?
La transparence dépend principalement de la pureté du cristal et de l’absence de défauts suffisamment importants pour diffuser la lumière.
Lorsque la croissance se déroule lentement dans une solution relativement propre et stable, les ions peuvent s’ajouter régulièrement à la structure cristalline.
Le cristal obtenu contient alors peu d’inclusions.
Certaines sélénites de Naica sont ainsi remarquablement transparentes malgré leurs grandes dimensions.
Éclat nacré sur les surfaces de clivage
Une sélénite transparente peut présenter des reflets légèrement blancs ou nacrés lorsqu’elle est observée selon certains angles.
Ces reflets ne correspondent pas nécessairement à une coloration interne.
Ils proviennent notamment de la réflexion de la lumière sur les surfaces de clivage extrêmement planes du gypse.
Le même cristal peut donc sembler transparent lorsqu’on regarde directement à travers lui et beaucoup plus blanc lorsqu’une surface réfléchit fortement la lumière.
Composition chimique et structure cristalline
La sélénite possède la formule chimique du gypse : CaSO₄·2H₂O.
Il s’agit donc d’un sulfate de calcium contenant deux molécules d’eau pour chaque unité de sulfate de calcium.
Cette eau fait partie intégrante de la structure cristalline.
Elle ne correspond pas simplement à de l’humidité emprisonnée dans les pores. Les molécules d’eau occupent des positions définies dans le réseau cristallin et participent directement aux liaisons qui maintiennent la structure.
Le gypse appartient à la classe des sulfates hydratés.
Il cristallise dans le système monoclinique.
Sa structure contient des groupes sulfate SO₄ constitués d’un atome de soufre entouré de quatre atomes d’oxygène, associés à des ions calcium et aux molécules d’eau.
L’organisation en couches de cette structure explique le clivage exceptionnellement développé du minéral.
Les liaisons sont beaucoup plus faibles entre certaines couches qu’à l’intérieur de celles-ci.
Un cristal peut donc facilement se séparer suivant des surfaces parfaitement planes.
La structure explique également la faible dureté du gypse.
Une pression relativement faible suffit à perturber la surface, ce qui donne au minéral une dureté de seulement 2 sur l’échelle de Mohs.
L’eau structurale joue aussi un rôle important lorsque le gypse est chauffé.
Une partie de cette eau peut être progressivement éliminée et le gypse se transforme alors en phases moins hydratées, notamment la bassanite, CaSO₄·½H₂O.
Une déshydratation plus importante peut finalement conduire vers l’anhydrite, CaSO₄.
Propriétés physiques et optiques
La sélénite possède une dureté de 2 sur l’échelle de Mohs.
Le gypse constitue d’ailleurs le minéral de référence définissant précisément le niveau 2 de cette échelle.
Cette faible dureté permet normalement de le rayer avec un ongle.
Ce test est très utile pour l’identification d’un morceau sans valeur particulière, mais il ne devrait jamais être pratiqué sur un beau cristal de collection puisqu’il laisse une marque permanente.
La densité se situe autour de 2,31 à 2,32.
La sélénite est donc relativement légère comparativement à de nombreuses pierres gemmes.
Ses indices de réfraction sont faibles.
Ils se situent approximativement entre 1,519 et 1,530 selon la direction de propagation de la lumière.
La biréfringence atteint environ 0,009 à 0,010.
Le gypse est optiquement biaxe positif.
La sélénite transparente peut donc présenter des effets de double réfraction dans certaines conditions, même si ceux-ci sont beaucoup moins spectaculaires que ceux observés dans la calcite.
Son éclat est principalement vitreux sur les faces cristallines.
Les surfaces produites par clivage peuvent présenter un reflet légèrement nacré.
Le clivage constitue l’une des propriétés les plus importantes du minéral.
Il est parfait suivant une direction et suffisamment développé selon d’autres orientations pour permettre aux cristaux de se séparer en plaques ou fragments présentant des surfaces très planes.
Les feuilles minces de gypse peuvent être légèrement flexibles.
Elles ne sont toutefois pas élastiques : lorsqu’elles sont courbées, elles ne reviennent pas parfaitement à leur forme initiale.
Cette propriété permet de distinguer le gypse de certains micas, dont les lamelles sont beaucoup plus élastiques.
Comment se forme la sélénite?
La sélénite peut se former dans plusieurs environnements géologiques, mais les dépôts évaporitiques représentent son contexte le plus classique.
Elle peut également apparaître par hydratation de l’anhydrite, dans certaines cavités hydrothermales, dans des sédiments et comme minéral secondaire issu de l’altération de sulfures.
Formation dans les bassins évaporitiques
Lorsque de l’eau salée est enfermée dans un bassin où l’évaporation est importante, les sels dissous deviennent progressivement plus concentrés.
Les différents minéraux ne précipitent pas tous au même moment.
À mesure que la concentration augmente, certains carbonates se déposent d’abord, puis les sulfates de calcium peuvent commencer à cristalliser.
Le gypse peut alors former des couches très épaisses.
Si les cristaux disposent de suffisamment d’espace pour se développer librement dans le sédiment ou dans des cavités, des cristaux transparents de sélénite peuvent apparaître.
Les grands dépôts de gypse méditerranéens constituent d’excellents exemples de ce type de formation.
Croissance directement dans les sédiments
La sélénite peut également cristalliser directement dans un sédiment meuble.
Des eaux souterraines riches en calcium et sulfate circulent entre les grains de sable ou d’argile.
Lorsque la solution devient suffisamment saturée, le gypse commence à précipiter.
Le cristal grandit alors en repoussant ou en incorporant les particules environnantes.
Les Great Salt Plains en Oklahoma illustrent particulièrement bien ce mécanisme.
Les cristaux s’y développent dans le sable et incorporent des grains de couleur brunâtre qui peuvent produire le célèbre motif interne en forme de sablier.
Hydratation de l’anhydrite
L’anhydrite est un sulfate de calcium dépourvu d’eau dans sa formule : CaSO₄.
Lorsqu’elle entre en contact avec suffisamment d’eau dans des conditions appropriées, elle peut s’hydrater et se transformer en gypse.
Cette réaction s’accompagne d’une augmentation de volume.
Elle joue un rôle important dans plusieurs dépôts évaporitiques enfouis puis ramenés dans des conditions où l’eau souterraine peut circuler.
Une partie des masses de gypse naturelles peut donc être secondaire par rapport à une anhydrite plus ancienne.
Cavités hydrothermales
Les cristaux géants de Naica représentent un mécanisme différent.
Sous la mine de Naica, des cavités sont restées remplies pendant très longtemps d’eaux souterraines chaudes riches en sulfate de calcium.
Dans les conditions initiales plus chaudes, l’anhydrite était la phase stable.
Lorsque le système s’est progressivement refroidi, l’anhydrite s’est dissoute et le gypse est devenu stable.
Les solutions sont restées légèrement sursaturées en gypse pendant une période extrêmement longue.
La croissance extraordinairement lente et régulière a permis aux cristaux d’atteindre plusieurs mètres de longueur.
Oxydation des sulfures
Le gypse peut également apparaître dans les zones d’altération de gisements métalliques.
Lorsque des sulfures comme la pyrite s’oxydent, ils peuvent produire des solutions riches en sulfate.
Si du calcium est disponible dans les roches ou les eaux environnantes, du gypse peut précipiter.
Dans ce contexte, la sélénite apparaît généralement sous forme de petits cristaux secondaires dans des fractures et cavités plutôt que sous forme d’immenses couches évaporitiques.
Où trouve-t-on la sélénite dans le monde?
Le gypse est l’un des sulfates les plus répandus dans le monde, mais certaines localités sont particulièrement célèbres pour leurs cristaux de sélénite.
Le Mexique occupe une place exceptionnelle grâce aux cristaux géants de Naica, tandis que l’Italie, les États-Unis et l’Espagne possèdent également des occurrences remarquables.
Mexique
Naica, dans l’État de Chihuahua, constitue probablement la localité de gypse cristallisé la plus célèbre au monde.
Plusieurs cavités découvertes dans les travaux miniers contiennent des cristaux transparents extraordinaires.
La Cueva de los Cristales, ou grotte des Cristaux, est particulièrement spectaculaire.
Certains cristaux de gypse y atteignent plusieurs mètres de longueur, avec des individus dépassant une dizaine de mètres.
Leur taille exceptionnelle résulte d’un environnement souterrain resté extrêmement stable pendant une période prolongée.
Les eaux chaudes riches en sulfate de calcium ont permis une croissance très lente de quelques grands cristaux plutôt que la formation rapide de milliers de petits individus.
Naica a également produit des cristaux de dimensions beaucoup plus modestes mais remarquablement transparents, recherchés dans les collections minéralogiques.
États-Unis
Les Great Salt Plains de l’Oklahoma constituent l’une des occurrences les plus caractéristiques d’Amérique du Nord.
Des cristaux de sélénite continuent de se former dans les sédiments salins.
Ils sont fréquemment maclés et peuvent présenter des formes en queue d’hirondelle ou en croix.
Leur caractéristique la plus célèbre est toutefois l’inclusion de sable brunâtre.
Les grains sont incorporés de manière préférentielle pendant la croissance et produisent à l’intérieur du cristal une figure en forme de sablier.
Cette structure permet souvent d’identifier immédiatement la provenance d’un spécimen.
D’autres occurrences de gypse cristallisé existent dans de nombreux États américains, notamment dans les grandes régions évaporitiques de l’Ouest.
Italie
L’Italie possède d’immenses formations de gypse, particulièrement associées à la crise de salinité messinienne qui affecta la Méditerranée à la fin du Miocène.
La Sicile est une provenance classique.
Dans la province d’Agrigente et différents anciens districts de soufre, la sélénite peut former des cristaux transparents associés au soufre natif, à l’aragonite et à d’autres minéraux évaporitiques.
Des cristaux de plusieurs centimètres particulièrement transparents sont connus dans les anciennes mines de soufre de Racalmuto.
La péninsule italienne possède également d’autres carrières et affleurements de gypse cristallisé, notamment en Toscane et en Émilie-Romagne.
Espagne
L’Espagne possède d’importantes formations évaporitiques et plusieurs occurrences spectaculaires de gypse.
La géode de Pulpí, en Andalousie, constitue l’un des exemples les plus célèbres.
Cette grande cavité est entièrement tapissée de cristaux transparents de gypse qui peuvent atteindre des dimensions remarquables.
La limpidité des cristaux et la densité avec laquelle ils recouvrent les parois donnent à la cavité une apparence exceptionnelle.
D’autres formations espagnoles contiennent du gypse massif, fibreux et cristallisé dans des contextes évaporitiques comparables.
Autres régions
La sélénite est également présente au Maroc, en Australie, au Canada et dans de nombreux autres pays.
Les environnements favorables sont tellement répandus que le gypse lui-même ne constitue pas un minéral rare.
Ce sont plutôt la transparence, la perfection des cristaux, leurs dimensions et certaines morphologies inhabituelles qui font la valeur des grandes localités de collection.
La sélénite au Québec
La sélénite est bien documentée au Québec.
Une occurrence particulièrement claire se trouve à l’ancienne mine Bevcon, également connue sous les noms Bevcourt ou Buffadison, dans le secteur de Val-d’Or en Abitibi-Témiscamingue.
Le gypse y est accompagné d’anhydrite et la variété sélénite est spécifiquement répertoriée parmi les minéraux de la localité.
Cette présence a notamment été documentée dans les travaux de la Commission géologique du Canada consacrés aux minéraux et sites de collection du corridor Kirkland Lake–Rouyn-Noranda–Val-d’Or.
La sélénite de Bevcon constitue donc une occurrence québécoise confirmée et non simplement une appellation commerciale appliquée à du matériau importé.
Le gypse lui-même est beaucoup plus répandu au Québec que cette seule occurrence de sélénite.
Il est répertorié dans plusieurs dizaines de localités de la province et apparaît dans différents contextes géologiques.
Des occurrences sont notamment connues dans plusieurs anciennes mines de l’Abitibi-Témiscamingue.
Dans le secteur de Val-d’Or, du gypse est également documenté aux mines Lamaque et Goldex, même si ces occurrences ne sont pas nécessairement toutes décrites spécifiquement comme sélénite transparente.
Le Québec possède aussi des dépôts évaporitiques importants.
Aux Îles-de-la-Madeleine, les grandes séquences salifères comprennent des évaporites issues d’anciens bassins marins. Ces formations illustrent les environnements régionaux dans lesquels les sulfates et autres sels peuvent se concentrer.
Il faut toutefois distinguer la présence générale de gypse de celle de sélénite.
Un gypse massif blanc n’est pas automatiquement appelé sélénite. Pour employer ce nom au sens minéralogique traditionnel, le matériau doit présenter le développement cristallin transparent ou translucide caractéristique de cette variété.
Pour les collectionneurs québécois, l’ancienne mine Bevcon près de Val-d’Or constitue donc l’une des références les plus précises pour une véritable occurrence de sélénite dans la province.
À quoi ressemble une sélénite naturelle?
Une sélénite classique est incolore à blanche et présente un éclat vitreux.
Les cristaux transparents peuvent être tellement clairs qu’il est possible de lire du texte à travers une plaque suffisamment mince.
Ils peuvent prendre différentes formes.
Les cristaux tabulaires sont très fréquents et ressemblent à de grandes plaques transparentes.
D’autres sont prismatiques et allongés, parfois avec des terminaisons bien définies.
Des stries de croissance peuvent apparaître sur les faces.
Le clivage parfait produit facilement des surfaces extrêmement lisses et brillantes.
Un morceau cassé suivant cette direction peut sembler artificiellement poli alors qu’il s’agit simplement d’un plan cristallographique naturel.
Les macles sont particulièrement caractéristiques.
Deux cristaux peuvent se rejoindre selon une orientation précise et former une structure ressemblant à une queue d’hirondelle.
Des macles plus complexes peuvent produire des formes en fer de lance, en cœur ou en croix.
Une sélénite naturelle peut contenir de nombreuses inclusions.
Du sable, de l’argile, des oxydes de fer, de la matière organique, des bulles fluides et différents minéraux peuvent être emprisonnés pendant la croissance.
Ces inclusions peuvent rendre le cristal blanc, brunâtre, gris ou jaune sans modifier son identité comme gypse.
La surface est extrêmement tendre.
Les rayures sont donc fréquentes sur les spécimens manipulés sans précaution.
Même un beau cristal naturellement transparent peut développer rapidement de nombreuses marques superficielles s’il est frotté contre d’autres minéraux.
Comment identifier une sélénite?
La sélénite est généralement assez facile à identifier grâce à sa combinaison inhabituelle de transparence, de très faible dureté et de clivage parfait.
La calcite, la halite et certains minéraux transparents peuvent néanmoins lui ressembler.
Dureté
Le gypse possède une dureté de 2.
Un ongle humain, dont la dureté est approximativement de 2 à 2,5, peut donc généralement rayer facilement une sélénite.
Cette propriété est extrêmement distinctive.
La calcite possède une dureté de 3 et résiste davantage, tandis que le quartz possède une dureté de 7 et ne peut pas être rayé par un ongle.
Un test de rayure doit toutefois être réservé aux fragments sans valeur particulière.
Il endommagerait immédiatement la surface d’un beau spécimen.
Clivage
La sélénite possède un clivage parfait particulièrement visible.
Les cristaux peuvent se séparer en feuilles relativement minces dont les surfaces restent lisses et brillantes.
Ces lames peuvent être légèrement flexibles.
Contrairement aux feuillets de mica, elles ne sont toutefois pas élastiques et restent déformées ou finissent par se casser lorsqu’elles sont trop courbées.
Cette combinaison constitue un excellent critère d’identification.
Densité
Sa densité d’environ 2,31 est relativement faible.
La sélénite est donc beaucoup plus légère qu’une calcite de même volume et considérablement plus légère que de nombreuses pierres gemmes transparentes.
La densité ne suffit pas à elle seule, mais elle devient très utile lorsqu’elle est combinée à la dureté.
Indices de réfraction
Les indices de réfraction se situent environ entre 1,519 et 1,530.
Ces valeurs sont relativement faibles.
La sélénite est biaxe positive et possède une biréfringence d’environ 0,009 à 0,010.
Les propriétés optiques sont surtout utiles pour l’étude de cristaux transparents et permettent de confirmer l’identité du gypse avec des instruments gemmologiques ou pétrographiques.
Réaction à l’eau
Le gypse possède une certaine solubilité dans l’eau.
Il ne disparaît évidemment pas instantanément lorsqu’il est mouillé, mais un contact prolongé avec l’eau peut progressivement altérer la surface.
Cette caractéristique explique pourquoi il est déconseillé de laisser un objet en sélénite immergé pendant de longues périodes.
L’eau n’est donc pas un test d’identification recommandé : elle risque simplement d’endommager le spécimen.
Réaction à la chaleur
Le chauffage provoque progressivement la perte de l’eau structurale.
Le gypse peut alors se transformer en bassanite puis, avec une déshydratation plus poussée, en anhydrite.
Cette propriété est à la base de la fabrication du plâtre.
Elle ne devrait évidemment jamais être utilisée comme test sur un spécimen de collection.
Analyses de laboratoire
La spectroscopie Raman permet d’identifier rapidement le gypse.
La diffraction des rayons X permet également de confirmer sa structure monoclinique et de le distinguer de l’anhydrite ou de la bassanite.
Ces analyses sont utiles lorsque le matériau se présente en très petits cristaux ou lorsqu’il est associé à d’autres sulfates.
Sélénite naturelle, synthétique et traitements
La sélénite naturelle est un matériau relativement abondant et peu coûteux dans ses qualités courantes.
La production de véritable gypse synthétique spécifiquement destiné à imiter les cristaux naturels pour le marché des pierres n’a donc qu’un intérêt commercial limité.
Les principales confusions concernent plutôt les autres variétés de gypse, les matériaux reconstitués et les produits artificiels ressemblant visuellement à la sélénite.
Sélénite synthétique
Des cristaux de gypse peuvent être produits artificiellement.
Le sulfate de calcium est extrêmement courant en laboratoire et dans l’industrie, et des conditions contrôlées permettent de faire croître des cristaux.
Cela ne signifie toutefois pas qu’un important marché de grandes « sélénites synthétiques » destinées à la joaillerie existe.
Les cristaux naturels sont suffisamment abondants pour que la synthèse ait peu d’intérêt économique dans ce contexte.
Recristallisation artificielle
Le gypse dissous ou transformé peut recristalliser lorsque les conditions chimiques deviennent favorables.
Des cristaux peuvent donc se former accidentellement dans des installations industrielles, des conduites ou d’autres environnements artificiels.
Chimiquement, ces cristaux sont bien du gypse.
Ils ne possèdent toutefois pas une origine géologique naturelle et ne devraient pas être présentés comme des spécimens minéralogiques naturels.
Teinture
Le gypse peut être coloré artificiellement.
Sa faible dureté et sa porosité permettent à certains colorants de modifier l’apparence de la surface ou de pénétrer dans les fractures.
Des pièces roses, bleues, vertes ou très vivement colorées peuvent donc être rencontrées dans le commerce.
Certaines couleurs naturelles existent également en raison des inclusions.
Une couleur inhabituelle ne constitue donc pas à elle seule une preuve de traitement.
Une concentration du colorant dans les fissures, pores ou zones superficielles peut toutefois fournir un indice.
Revêtements
Une surface peut également être recouverte d’une couche brillante, irisée ou colorée.
Ces traitements permettent de produire des objets décoratifs possédant des couleurs inexistantes sur un cristal naturel ordinaire.
Un éclat métallique multicolore extrêmement uniforme doit être examiné avec prudence.
Une véritable sélénite possède naturellement un éclat vitreux à nacré, mais ne présente pas une couche métallique arc-en-ciel parfaitement uniforme.
Une confusion commerciale importante : le satin spar
La confusion la plus fréquente n’est pas une imitation artificielle.
Une grande partie des objets vendus sous le nom « sélénite » sont en réalité constitués de satin spar, une autre forme du gypse.
Le satin spar est fibreux.
Il présente une texture composée de longues fibres parallèles et un reflet blanc mobile très caractéristique lorsqu’on le déplace sous la lumière.
La véritable sélénite cristallisée n’est pas fibreuse et ne produit pas cette chatoyance.
Les deux matériaux sont chimiquement identiques puisqu’ils sont tous deux du gypse, mais leurs textures et leur apparence sont différentes.
Sélénite, satin spar, albâtre, calcite ou halite?
La sélénite peut être confondue avec d’autres formes de gypse ainsi qu’avec plusieurs minéraux transparents ou blancs. La dureté, le clivage et la texture permettent généralement de les distinguer rapidement.
| Propriété | Sélénite | Satin spar | Albâtre gypseux | Calcite | Halite |
|---|---|---|---|---|---|
| Nature | Variété cristalline transparente du gypse | Variété fibreuse du gypse | Gypse massif finement grenu | Carbonate de calcium | Chlorure de sodium |
| Formule | CaSO₄·2H₂O | CaSO₄·2H₂O | CaSO₄·2H₂O | CaCO₃ | NaCl |
| Système cristallin | Monoclinique | Monoclinique | Constitué de grains de gypse monoclinique | Trigonal | Cubique |
| Aspect typique | Cristaux transparents en plaques ou prismes | Masse blanche fibreuse et soyeuse | Masse blanche à crème compacte | Cristaux souvent rhomboédriques | Cristaux cubiques |
| Dureté Mohs | 2 | 2 | 2 | 3 | 2–2,5 |
| Densité approximative | 2,31 | 2,31 | Environ 2,3 | 2,71 | 2,17 |
| Clivage | Parfait | Présent dans les cristaux fibreux | Peu visible macroscopiquement | Parfait rhomboédrique | Parfait cubique |
| Transparence | Transparente à translucide | Translucide à opaque | Translucide à opaque | Transparente à opaque | Transparente à translucide |
| Effet visuel caractéristique | Grande limpidité et surfaces de clivage | Chatoyance fibreuse | Aspect massif et finement grenu | Forte double réfraction dans les cristaux clairs | Forme cubique et goût salé |
| Principal critère | Gypse transparent bien cristallisé | Fibres parallèles visibles | Texture massive | Plus dur et clivage rhomboédrique | Clivage cubique et composition NaCl |
Le satin spar représente de loin la confusion commerciale la plus fréquente.
Les longues baguettes blanches, tours sculptées et plaques présentant une bande lumineuse mobile sont généralement fabriquées en satin spar, même lorsqu’elles sont vendues sous le nom de sélénite.
La différence ne concerne pas leur composition chimique : les deux sont du gypse. Elle concerne leur texture cristalline.
L’albâtre gypseux constitue également du gypse, mais sous forme d’une masse compacte composée de grains extrêmement fins.
Il ne présente ni les grands cristaux transparents de la sélénite ni les longues fibres parallèles du satin spar.
La calcite peut former des cristaux parfaitement transparents, mais elle possède une dureté de 3, une densité supérieure et un clivage rhomboédrique caractéristique.
Une calcite transparente produit également une double réfraction spectaculaire permettant souvent de voir deux images lorsqu’un texte est observé à travers le cristal.
La halite est encore plus facile à distinguer lorsque sa forme cristalline est conservée.
Elle forme typiquement des cubes et possède un clivage cubique parfait. Sa composition est NaCl plutôt que sulfate de calcium hydraté.
Qualité, rareté et valeur de la sélénite
La sélénite n’est généralement pas considérée comme un matériau rare.
Le gypse est extrêmement répandu et des cristaux peuvent se former dans de nombreux environnements évaporitiques ou secondaires.
Les spécimens exceptionnels peuvent néanmoins présenter une valeur importante pour les collectionneurs.
Il n’existe aucun système universel reconnu attribuant officiellement des grades A, AA ou AAA à la sélénite.
Ces appellations, lorsqu’elles sont utilisées dans le commerce, sont purement commerciales.
Transparence
La transparence constitue l’un des principaux critères de qualité pour la sélénite cristallisée.
Un cristal limpide contenant très peu de fractures et d’inclusions permet d’observer directement à travers la matière.
Les spécimens présentant une transparence proche de celle du verre sont particulièrement esthétiques.
Une coloration blanche ou laiteuse n’est pas nécessairement un défaut pour un spécimen minéralogique, mais elle réduit généralement l’intérêt lorsque l’objectif est d’obtenir une sélénite parfaitement transparente.
Forme cristalline
Les cristaux complets possèdent davantage d’intérêt que les fragments de clivage.
Une terminaison naturelle bien développée permet notamment de distinguer immédiatement une véritable croissance cristalline d’un morceau simplement cassé.
Les macles peuvent augmenter fortement l’intérêt.
Les formes en queue d’hirondelle, en fer de lance et certaines associations complexes sont particulièrement recherchées lorsqu’elles sont bien développées.
Dimensions
La sélénite peut former de très grands cristaux.
Les dimensions seules ne garantissent cependant pas une grande valeur.
Un énorme fragment opaque ou fortement endommagé peut être beaucoup moins intéressant qu’un cristal plus petit parfaitement transparent et complet.
Dans les collections, l’équilibre entre taille, transparence, morphologie et état de conservation est généralement beaucoup plus important que le poids seul.
Les cristaux géants de Naica constituent évidemment une catégorie complètement exceptionnelle en raison de leurs dimensions uniques et du contexte géologique dans lequel ils se sont formés.
Inclusions
Les inclusions ne réduisent pas toujours la valeur.
Dans certains cas, elles constituent précisément la caractéristique recherchée.
Les cristaux de l’Oklahoma contenant le célèbre motif en sablier produit par des inclusions de sable en sont un excellent exemple.
Un cristal parfaitement transparent est apprécié pour sa limpidité, tandis qu’un cristal contenant une inclusion inhabituelle peut présenter un intérêt supérieur pour un collectionneur spécialisé.
État de conservation
La faible dureté rend la conservation particulièrement importante.
Les rayures, éclats et cassures apparaissent facilement.
Un cristal ancien conservant ses surfaces naturelles et ses terminaisons intactes peut donc être beaucoup plus intéressant qu’un spécimen similaire ayant été fortement manipulé.
Même le nettoyage peut provoquer des dommages si une brosse trop dure ou un matériau abrasif est utilisé.
Provenance
Une provenance précise augmente considérablement l’intérêt d’un spécimen de collection.
Naica possède une réputation exceptionnelle pour ses cristaux transparents.
Les Great Salt Plains sont immédiatement associées aux cristaux contenant des inclusions de sable en sablier.
Les anciens districts soufrés de Sicile sont connus pour leurs associations de gypse transparent et de soufre natif.
Au Québec, une sélénite correctement documentée provenant de la mine Bevcon possède un intérêt régional particulier.
Pour un spécimen minéralogique, conserver l’étiquette de provenance est donc essentiel.
Utilisation en joaillerie et entretien
La sélénite peut être polie et sculptée, mais sa dureté de seulement 2 rend son utilisation en joaillerie très limitée.
Elle peut être rayée par un ongle et sera facilement endommagée par pratiquement toutes les pierres gemmes courantes.
Une bague en sélénite portée régulièrement se couvrirait rapidement de rayures.
Les bracelets présentent le même problème puisqu’ils entrent fréquemment en contact avec des surfaces dures.
Les pendentifs et boucles d’oreilles sont légèrement mieux protégés, mais la fragilité du matériau reste importante.
Le clivage parfait augmente également le risque de cassure lors d’un choc.
Le facettage est possible sur des cristaux suffisamment transparents, mais il est principalement réalisé pour les collectionneurs ou comme démonstration lapidaire.
Une gemme facettée en gypse doit être manipulée avec énormément de précautions.
La sélénite est davantage utilisée pour les objets décoratifs et les spécimens naturels.
Il faut toutefois rappeler qu’une grande partie des tours, sphères, baguettes et objets blancs commercialisés comme « sélénite » sont en réalité sculptés dans du satin spar fibreux.
Pour nettoyer un véritable cristal de sélénite, la méthode la plus sûre consiste à utiliser un chiffon doux et sec.
Un pinceau extrêmement souple peut également retirer délicatement la poussière.
Il est préférable d’éviter l’immersion prolongée dans l’eau.
Le gypse possède une certaine solubilité et l’eau peut progressivement ternir ou attaquer une surface parfaitement cristalline.
Les acides, produits chimiques, nettoyeurs à vapeur et appareils à ultrasons doivent également être évités.
La chaleur représente un risque supplémentaire puisqu’elle peut provoquer la perte de l’eau structurale du gypse.
Un cristal ne devrait donc jamais être placé près d’une flamme, d’un appareil chauffant ou dans un environnement soumis à des températures élevées.
La conservation demande enfin de séparer la sélénite des autres minéraux.
Même une calcite relativement tendre peut la rayer, tandis qu’un quartz, une agate ou pratiquement n’importe quelle pierre gemme courante endommagera facilement sa surface.
Malgré cette fragilité, la sélénite demeure un remarquable minéral de collection. Sa transparence, ses macles, son clivage spectaculaire et la possibilité de former certains des plus grands cristaux naturels connus en font l’une des expressions les plus impressionnantes du gypse.