Mordenite : le guide de référence
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La mordénite est une zéolite hydratée principalement connue pour ses cristaux blancs ou incolores extrêmement fins, souvent regroupés en fibres, en aiguilles, en gerbes rayonnantes ou en masses ressemblant à du coton. Sa formule générale est (Na₂,Ca,K₂)₄(Al₈Si₄₀)O₉₆·28H₂O et sa structure contient de longs canaux microscopiques qui expliquent une grande partie de ses propriétés physiques et de son intérêt industriel.
La mordénite se forme principalement lors de l’altération et de la circulation de fluides dans des roches volcaniques. Elle peut remplir les vacuoles et fractures de basaltes, se développer lors de l’altération de verre volcanique ou cristalliser dans certains dépôts sédimentaires riches en matériel volcanique. Ses cristaux peuvent être transparents à translucides, mais les agrégats fibreux apparaissent généralement blancs et possèdent souvent un éclat soyeux.
L’espèce a été décrite en 1864 par Henry How à partir de matériel provenant de Morden, dans le comté de Kings en Nouvelle-Écosse. Son nom fait directement référence à cette localité canadienne, qui demeure la localité type officielle de la mordénite.
La mordénite en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom | Mordénite |
| Formule chimique | (Na₂,Ca,K₂)₄(Al₈Si₄₀)O₉₆·28H₂O |
| Classe minérale | Silicates |
| Sous-classe | Tectosilicates |
| Groupe | Zéolites |
| Type structural | MOR |
| Système cristallin | Orthorhombique |
| Couleurs | Incolore, blanc, jaunâtre, rosâtre |
| Dureté | 3 à 4 sur l’échelle de Mohs |
| Densité | Environ 2,12 à 2,15 |
| Indices de réfraction | Environ 1,472 à 1,487 |
| Biréfringence | Environ 0,004 à 0,005 |
| Caractère optique | Biaxe, positif ou négatif selon le matériel |
| Éclat | Vitreux, nacré sur certains clivages, soyeux lorsque fibreuse |
| Transparence | Transparente à translucide |
| Clivage | Parfait selon {100}, distinct selon {010} |
| Cassure | Irrégulière |
| Ténacité | Fragile |
| Trait | Blanc |
| Habitus caractéristique | Fibres, aiguilles, gerbes radiées, agrégats cotonneux et masses compactes |
| Localité type | Morden, Nouvelle-Écosse, Canada |
| Environnement principal | Roches volcaniques altérées, cavités, fractures, tufs et certains sédiments |
| Présence au Québec | Oui |
| Utilisation | Collection, adsorption, échange ionique et catalyse pour les matériaux de structure MOR |
La mordénite possède une densité particulièrement faible, autour de 2,12 à 2,15, ainsi qu’une dureté de seulement 3 à 4. Ses propriétés optiques sont également modestes, avec des indices de réfraction généralement compris entre 1,472 et 1,487.
Qu’est-ce que la mordénite?
La mordénite est un aluminosilicate hydraté de sodium, calcium et potassium appartenant au groupe des zéolites.
Sa formule générale est :
(Na₂,Ca,K₂)₄(Al₈Si₄₀)O₉₆·28H₂O
La composition réelle peut varier d’un spécimen à l’autre. Le sodium domine fréquemment, mais des quantités importantes de calcium et de potassium peuvent également être présentes. Des éléments comme le magnésium, le fer, le baryum ou le strontium peuvent apparaître en faibles proportions dans certains échantillons naturels.
La mordénite appartient aux tectosilicates, ce qui signifie que les tétraèdres de silicium et d’aluminium sont reliés dans les trois dimensions pour former une véritable charpente cristalline.
Cette charpente n’est cependant pas compacte.
Elle contient un système de canaux microscopiques dans lesquels se trouvent notamment :
les molécules d’eau;
les ions sodium;
les ions calcium;
et les ions potassium.
Cette architecture poreuse constitue l’une des raisons pour lesquelles la mordénite intéresse autant la minéralogie que la chimie industrielle.
Une zéolite riche en silicium
La mordénite possède une proportion relativement élevée de silicium par rapport à l’aluminium.
Dans sa formule idéale, la charpente contient environ 40 atomes de silicium pour 8 atomes d’aluminium.
Ce rapport relativement élevé distingue sa chimie de plusieurs zéolites plus riches en aluminium, comme la natrolite, la scolécite ou la thomsonite.
La proportion exacte Si/Al peut néanmoins varier légèrement dans les cristaux naturels.
Pourquoi y a-t-il plusieurs cations dans la formule?
Chaque fois qu’un atome d’aluminium Al³⁺ remplace un atome de silicium Si⁴⁺ dans la charpente, une charge négative supplémentaire apparaît.
Cette charge doit être compensée.
Les ions Na⁺, Ca²⁺ et K⁺ présents dans les canaux remplissent principalement cette fonction.
Ils sont plus faiblement liés que les atomes constituant directement la charpente, ce qui explique en partie les propriétés d’échange ionique caractéristiques des zéolites.
Pourquoi la mordénite est-elle blanche, jaune ou rose?
Une mordénite très pure est essentiellement incolore.
Les grands cristaux suffisamment transparents peuvent donc être pratiquement dépourvus de couleur. Dans la nature, le blanc domine cependant largement, particulièrement lorsque le minéral forme des agrégats fibreux. Les teintes jaunâtres et rosâtres sont également documentées.
Mordénite blanche
Le blanc résulte principalement de la diffusion de la lumière.
Une masse de mordénite peut être composée de milliers de fibres extrêmement fines. Chaque interface entre deux fibres, chaque petite fracture et chaque espace microscopique réfléchit une partie de la lumière.
L’ensemble devient donc blanc et opaque même lorsque les cristaux individuels sont translucides.
Cette structure explique aussi pourquoi certains agrégats possèdent un éclat soyeux.
Mordénite incolore
Lorsque les cristaux sont suffisamment individualisés et peu fracturés, ils peuvent être transparents à translucides.
Les cristaux bien développés montrent alors davantage leur éclat vitreux naturel.
Cet habitus est toutefois moins spectaculaire que les agrégats fibreux et cotonneux pour lesquels la mordénite est particulièrement connue.
Mordénite jaune
Des tons jaune pâle ou crème sont également naturels.
La coloration peut provenir de faibles quantités d’impuretés, d’inclusions extrêmement fines ou de minéraux présents entre les fibres.
À la localité type de Morden en Nouvelle-Écosse, des masses blanches, jaunes et même rougeâtres sont documentées.
Mordénite rose
Des nuances rosées sont reconnues pour l’espèce, mais elles restent généralement pâles.
Comme pour les autres couleurs secondaires, il est préférable de ne pas attribuer automatiquement cette coloration à un élément particulier sans analyse chimique du spécimen.
La couleur demeure donc un mauvais critère pour identifier définitivement une mordénite.
Composition chimique et structure cristalline
La composition idéale de la mordénite peut être représentée par :
(Na₂,Ca,K₂)₄(Al₈Si₄₀)O₉₆·28H₂O
La charpente appartient au type structural MOR, nommé directement d’après la mordénite.
Elle est construite à partir de tétraèdres contenant du silicium ou de l’aluminium entouré de quatre atomes d’oxygène.
Ces tétraèdres se combinent pour former notamment des anneaux à quatre, cinq, huit et douze membres.
Les grands canaux de la mordénite
La caractéristique la plus importante de la structure MOR est son système de canaux.
Les principaux canaux sont délimités par des anneaux composés de 12 tétraèdres et se prolongent principalement parallèlement à l’axe cristallographique c.
Leur ouverture idéale est d’environ 6,5 × 7,0 Å.
Des canaux beaucoup plus étroits délimités par des anneaux à huit membres sont également présents.
Cette architecture permet à certaines molécules de pénétrer dans la structure alors que des molécules plus volumineuses en sont exclues.
C’est le principe d’un tamis moléculaire.
La mordénite synthétique possède donc une grande importance dans les domaines de l’adsorption et de la catalyse.
Un système de pores essentiellement unidimensionnel
Bien que la topologie complète de la charpente comporte plusieurs connexions, la diffusion de molécules suffisamment grandes se fait principalement dans les grands canaux à 12 membres.
L’International Zeolite Association décrit ainsi la sorption moléculaire de la structure MOR comme essentiellement unidimensionnelle pour les molécules dont la section dépasse environ 3,4 Å.
Cette organisation rend également les propriétés du matériau fortement directionnelles.
Système cristallin
La mordénite cristallise dans le système orthorhombique.
La structure idéale MOR possède des paramètres de maille proches de :
a = 18,26 Å
b = 20,53 Å
c = 7,54 Å.
Les cristaux naturels sont cependant souvent tellement fins que leur symétrie extérieure est difficile à observer sans microscope.
Propriétés physiques et optiques
La mordénite est une zéolite relativement tendre.
Sa dureté se situe généralement entre 3 et 4 sur l’échelle de Mohs.
Elle peut donc être rayée beaucoup plus facilement que le quartz, le feldspath ou la majorité des gemmes utilisées en joaillerie.
Densité
Sa densité mesurée est d’environ :
2,12 à 2,15
avec une valeur calculée proche de :
2,125.
Cette faible densité correspond bien à sa structure poreuse et fortement hydratée.
Clivage
La mordénite possède un clivage parfait selon {100} et un clivage distinct selon {010}.
Elle demeure donc fragile malgré l’apparence parfois compacte de certaines masses.
Dans les agrégats fibreux, les cristaux individuels sont tellement fins que leur rupture se produit très facilement.
Éclat
L’éclat dépend directement de l’habitus.
Les cristaux individualisés possèdent généralement un éclat vitreux.
Certaines surfaces peuvent montrer un éclat nacré, tandis que les agrégats fibreux présentent souvent une apparence soyeuse.
Les masses extrêmement fines peuvent même ressembler à du coton.
Indices de réfraction
Les indices de réfraction se situent approximativement entre :
nα = 1,472 à 1,483
nβ = 1,475 à 1,485
nγ = 1,477 à 1,487
La biréfringence maximale est faible, autour de 0,004 à 0,005.
Caractère optique
La mordénite est biaxe.
Les données publiées indiquent que son signe optique peut varier selon la composition et le spécimen.
Ces propriétés sont surtout utiles pour une étude au microscope pétrographique et beaucoup moins pour l’identification macroscopique d’un agrégat fibreux.
Comment se forme la mordénite?
La mordénite est principalement un minéral secondaire de basse température.
Elle ne constitue généralement pas l’un des premiers minéraux à cristalliser directement à partir d’un magma.
Elle apparaît plutôt lorsque de l’eau circule dans des roches volcaniques déjà refroidies ou lorsqu’un matériau volcanique instable est progressivement transformé.
Les principaux environnements comprennent :
les vacuoles et fractures de roches ignées;
les basaltes altérés;
les tufs volcaniques;
les verres volcaniques hydratés;
et certains sédiments où elle se forme comme minéral authigène.
Formation dans les cavités volcaniques
Une lave peut contenir de nombreuses bulles de gaz.
Lorsque la roche refroidit, les anciennes bulles deviennent des cavités.
De l’eau circule ensuite dans les fractures du massif volcanique et réagit avec les minéraux et le verre de la roche.
Ces réactions libèrent notamment :
du silicium;
de l’aluminium;
du sodium;
du calcium;
et du potassium.
Lorsque la température et la composition chimique deviennent favorables, la mordénite précipite sur les parois des cavités.
Formation à Morden en Nouvelle-Écosse
La région de la localité type constitue un excellent exemple.
Dans les basaltes jurassiques de North Mountain, la mordénite se trouve dans des amygdales et des veines avec plusieurs autres zéolites.
Une étude détaillée de la région a observé des successions minérales comprenant notamment clinoptilolite → mordénite → heulandite ou épistilbite → stilbite, barrerite ou stellerite, interprétées comme le résultat d’une diminution progressive de la température des fluides.
Cela montre que plusieurs zéolites d’une même cavité ne se sont pas nécessairement formées simultanément.
Elles peuvent enregistrer différentes étapes de l’évolution hydrothermale.
Altération du verre volcanique
La mordénite peut également se former par hydratation et transformation de verre volcanique.
Le verre constitue un matériau instable sur de longues périodes.
Lorsque de l’eau le traverse, ses constituants peuvent être dissous puis réorganisés sous forme de minéraux cristallins, dont différentes zéolites.
Formation dans les sédiments
Dans certains dépôts riches en cendres volcaniques, la mordénite peut devenir un minéral authigène.
Elle se forme alors directement dans les pores du sédiment au cours de la diagenèse.
Des gisements sédimentaires riches en mordénite existent dans plusieurs régions du monde et peuvent contenir suffisamment de zéolite pour présenter un intérêt industriel.
Où trouve-t-on la mordénite dans le monde?
La mordénite est une zéolite répandue dans les régions volcaniques, mais certaines localités possèdent une importance particulière pour l’histoire de l’espèce ou pour la qualité des spécimens.
Nouvelle-Écosse
La Nouvelle-Écosse possède une importance fondamentale puisque la localité type se trouve à Morden, dans le comté de Kings, sur la baie de Fundy.
La mordénite y a été décrite pour la première fois par Henry How en 1864.
Plusieurs autres localités du comté de Kings contiennent également l’espèce, notamment :
Cape Blomidon;
Cape Split;
Halls Harbour;
Ross Creek;
et Arlington.
La région constitue donc un véritable district classique pour la mordénite.
Inde
Le Maharashtra, en Inde, est célèbre pour ses nombreuses zéolites développées dans les Trapps du Deccan.
La mordénite est notamment documentée à Lonavala, où elle peut former des agrégats caractéristiques ressemblant à de petites boules de coton.
Elle est également connue dans plusieurs carrières de la région de Pune.
Dans ces cavités basaltiques, la mordénite peut être associée à l’apophyllite, à la stilbite, à la calcite et à d’autres minéraux secondaires.
Islande
L’Islande possède plusieurs occurrences classiques.
À Teigarhorn, dans l’est du pays, la mordénite est documentée dans les célèbres basaltes à zéolites de Berufjörður.
Des occurrences plus récemment étudiées ont également été confirmées par spectroscopie Raman dans des tunnels et affleurements de l’est islandais.
Italie
Plusieurs régions volcaniques italiennes possèdent de la mordénite.
Elle est notamment connue en Sardaigne, où des cristaux blancs aciculaires sont documentés avec du quartz et de la barytine, ainsi que dans certaines anciennes carrières du Latium et de Campanie.
Japon
La mordénite est également présente au Japon, particulièrement dans certaines régions volcaniques et hydrothermales.
Elle est notamment documentée sur la péninsule de Kameda à Hokkaidō.
Nouvelle-Zélande
Des occurrences sont connues en Nouvelle-Zélande, notamment dans la région de Canterbury et dans différents systèmes volcaniques de l’île du Nord.
La mordénite au Québec
La mordénite est bien documentée au Québec, même si elle possède moins de localités connues que certaines autres zéolites.
Les données actuellement disponibles répertorient au moins cinq localités québécoises, concentrées à Montréal et en Montérégie :
la carrière Francon;
la carrière Miron;
la carrière Lafarge Montréal-Est;
la carrière Poudrette du mont Saint-Hilaire;
et la carrière Demix-Varennes.
Carrière Francon
La carrière Francon de Montréal constitue une occurrence particulièrement intéressante.
La mordénite y est décrite sous forme d’agrégats fibreux enchevêtrés de couleur blanche.
Cette apparence correspond très bien à l’habitus classique de l’espèce.
La carrière Francon est célèbre pour sa minéralogie exceptionnellement diversifiée liée à l’intrusion alcaline montréalaise. La mordénite n’y constitue pas nécessairement l’espèce la plus spectaculaire, mais sa présence ajoute une zéolite supplémentaire à une association déjà extrêmement riche.
Carrière Miron
La mordénite est également documentée à l’ancienne carrière Miron de Montréal.
L’occurrence est considérée comme vraisemblablement valide dans les bases minéralogiques spécialisées.
La carrière Miron a fourni plusieurs zéolites et minéraux associés aux roches intrusives et aux transformations hydrothermales de la région montréalaise.
Carrière Lafarge Montréal-Est
Une occurrence particulièrement solide existe à la carrière Lafarge Montréal-Est, anciennement connue notamment sous les noms Canada Cement et Francon Montréal-Est.
La présence de mordénite y a été confirmée par diffraction des rayons X, ce qui élimine une grande partie de l’incertitude pouvant accompagner l’identification visuelle d’une zéolite fibreuse.
La natrolite et plusieurs autres minéraux secondaires sont également confirmés dans cette carrière.
Mont Saint-Hilaire
La carrière Poudrette du mont Saint-Hilaire possède elle aussi une occurrence de mordénite.
Elle est répertoriée dans les travaux consacrés à la minéralogie de cette localité québécoise mondialement connue.
La mordénite reste beaucoup moins emblématique du mont Saint-Hilaire que certaines espèces rares ou que la natrolite, mais sa présence démontre une nouvelle fois la diversité des processus hydrothermaux ayant affecté le complexe alcalin.
Demix-Varennes
La carrière Demix-Varennes, dans le sill de Saint-Amable en Montérégie, constitue la cinquième occurrence québécoise actuellement bien répertoriée.
La présence de mordénite y est notamment rapportée dans les travaux consacrés à la minéralogie du sill de Saint-Amable.
La distribution québécoise de la mordénite est donc particulièrement concentrée autour des complexes alcalins et intrusions de la région métropolitaine de Montréal et de la Montérégie, contrairement à certaines autres zéolites beaucoup plus largement réparties dans la province.
À quoi ressemble une mordénite naturelle?
La mordénite naturelle possède plusieurs habitus, mais les formes fibreuses et aciculaires sont de loin les plus caractéristiques.
Fibres blanches
L’apparence classique consiste en une masse de fibres extrêmement fines.
Les fibres peuvent être :
droites;
courbées;
enchevêtrées;
parallèles;
ou organisées en faisceaux.
Lorsque les fibres sont très fines et désordonnées, le spécimen peut ressembler à du coton blanc.
Agrégats cotonneux
Les célèbres « cotton balls » observées dans certaines localités indiennes sont constituées de nombreuses fibres rayonnantes.
L’ensemble forme une petite sphère blanche ou crème extrêmement délicate.
Ce type de spécimen doit être manipulé avec beaucoup de précautions puisque les cristaux individuels sont pratiquement impossibles à toucher sans les endommager.
Gerbes radiées
Les cristaux peuvent également partir d’un même point et produire une gerbe.
Lorsque les fibres sont légèrement plus épaisses, leur organisation radiale devient beaucoup plus évidente.
Cristaux prismatiques
La mordénite peut aussi former de petits cristaux prismatiques allongés.
Ils possèdent généralement des stries parallèles à leur longueur.
Les spécimens individualisés restent cependant beaucoup moins fréquents dans les collections que les agrégats fibreux.
Masses compactes
Certaines mordénites apparaissent sous forme massive, compacte ou porcelanée.
L’identification visuelle devient alors particulièrement difficile puisque l’habitus fibreux caractéristique n’est plus visible.
Une diffraction des rayons X est généralement beaucoup plus fiable dans ce type de matériau.
Comment identifier une mordénite?
L’habitus fibreux constitue un excellent premier indice, mais il ne permet pas d’identifier définitivement une mordénite.
De nombreuses zéolites peuvent former des aiguilles blanches ou des agrégats ressemblant à du coton.
Dureté
La mordénite possède une dureté de seulement 3 à 4.
Cette valeur est nettement inférieure à celles de la natrolite, de la mésolite ou de la scolécite.
Ce critère peut donc être utile lorsque le matériau est suffisamment massif pour être testé sans endommager un spécimen important.
Densité
Une densité de 2,12 à 2,15 est également relativement faible.
Elle est inférieure à celle de plusieurs zéolites fibreuses courantes.
La mesure peut toutefois être difficile sur un agrégat poreux contenant de nombreux espaces entre les fibres.
Clivage
Le clivage parfait selon {100} et distinct selon {010} constitue une propriété diagnostique.
Il ne faut néanmoins jamais casser volontairement une belle pièce afin d’observer ce caractère.
Indices de réfraction
Les valeurs comprises approximativement entre 1,472 et 1,487 constituent un critère particulièrement utile en laboratoire.
Elles sont généralement inférieures aux indices de la scolécite et de plusieurs autres zéolites pouvant lui ressembler.
Diffraction des rayons X
La diffraction des rayons X constitue l’une des meilleures méthodes d’identification.
Elle permet de reconnaître directement la structure de type MOR.
Cette méthode est particulièrement importante lorsque la mordénite se présente sous forme de fibres microscopiques ou de masses compactes impossibles à identifier uniquement par leur apparence.
Analyse chimique
L’analyse chimique doit montrer une charpente particulièrement riche en silicium avec du sodium, du calcium et du potassium dans les sites extraframework.
La combinaison des données chimiques avec la diffraction permet généralement une identification solide.
Mordénite naturelle, synthétique et traitements
La mordénite présente un cas particulier parmi les minéraux étudiés en collection : les beaux spécimens sont naturels, mais la mordénite synthétique possède une importance industrielle considérable.
Mordénite synthétique
La mordénite a été synthétisée par voie hydrothermale dès le milieu du XXe siècle.
Aujourd’hui, des matériaux de structure MOR sont fabriqués industriellement et étudiés dans de nombreuses compositions.
La structure présente une combinaison de grands canaux à 12 membres et de pores secondaires beaucoup plus étroits.
Cette architecture rend la mordénite particulièrement intéressante comme :
catalyseur;
tamis moléculaire;
adsorbant;
et matériau d’échange ionique.
Des mordénites synthétiques sont notamment utilisées dans plusieurs transformations d’hydrocarbures, dont certaines réactions d’isomérisation et d’alkylation.
Ces matériaux industriels n’ont cependant pas pour objectif d’imiter les beaux agrégats naturels vendus aux collectionneurs.
Traitements des spécimens naturels
La mordénite naturelle n’est pas connue pour subir régulièrement des traitements gemmologiques comme :
la coloration;
l’irradiation;
le remplissage de fractures;
ou un chauffage destiné à augmenter sa valeur esthétique.
Son intérêt dépend principalement de la forme naturelle de ses cristaux et de sa provenance.
Chauffage et déshydratation
Comme les autres zéolites, la mordénite contient une quantité importante d’eau dans sa structure.
Le chauffage entraîne progressivement le départ de cette eau et peut modifier les positions des cations ainsi que certaines dimensions de la maille cristalline.
Un chauffage important ne constitue donc pas un traitement esthétique recommandé pour un spécimen naturel.
Mordénite, natrolite, mésolite, scolécite ou stilbite?
Les zéolites fibreuses blanches constituent un groupe particulièrement difficile à identifier uniquement à partir d’une photographie.
| Propriété | Mordénite | Natrolite | Mésolite | Scolécite | Stilbite-Ca |
|---|---|---|---|---|---|
| Composition dominante | Na-Ca-K, riche en Si | Na | Na-Ca | Ca | Ca-Na |
| Système cristallin | Orthorhombique | Orthorhombique | Orthorhombique | Monoclinique | Monoclinique |
| Dureté Mohs | 3–4 | 5–5,5 | Environ 5 | 5–5,5 | 3,5–4 |
| Densité approximative | 2,12–2,15 | 2,20–2,26 | Env. 2,26 | 2,25–2,29 | Env. 2,19 |
| Indices de réfraction | 1,472–1,487 | Env. 1,473–1,496 | Env. 1,505 | Env. 1,507–1,521 | Env. 1,484–1,513 |
| Habitus fréquent | Fibres, coton, aiguilles, gerbes | Aiguilles et longs prismes | Fibres très fines et gerbes | Aiguilles et gerbes | Gerbes et nœuds papillon |
| Structure | MOR | NAT | NAT apparentée | NAT apparentée | STI |
| Critère utile | Plus tendre et riche en Si | Sodium dominant | Composition Na-Ca | Calcium dominant | Cristaux plus aplatis |
La natrolite peut former des aiguilles blanches particulièrement semblables, mais elle est beaucoup plus dure. Sa composition est également essentiellement sodique.
La mésolite est une autre confusion fréquente. Elle peut former de délicates masses fibreuses blanches et appartient elle aussi au système orthorhombique. Sa dureté est toutefois proche de 5 et ses indices de réfraction sont légèrement plus élevés.
La scolécite forme de longues aiguilles et des gerbes blanches. Elle possède cependant une composition calcique, une dureté de 5 à 5,5 et des indices de réfraction nettement supérieurs.
La stilbite-Ca peut parfois former des agrégats ressemblant à des gerbes, mais ses cristaux sont généralement plus larges et aplatis. Les formes en éventail ou en nœud papillon sont beaucoup plus caractéristiques de la stilbite.
Pour les agrégats extrêmement fins, une identification par diffraction des rayons X est souvent beaucoup plus fiable qu’une détermination visuelle.
Qualité, rareté et valeur de la mordénite
La mordénite n’est pas considérée comme une espèce extrêmement rare.
Elle peut même être abondante dans certains dépôts volcaniques transformés.
Les beaux spécimens de collection, en revanche, représentent une proportion beaucoup plus faible du matériel naturel.
Il n’existe aucun système minéralogique officiel de grades A, AA ou AAA pour la mordénite.
Forme des agrégats
Les spécimens les plus esthétiques peuvent former :
des boules cotonneuses;
des gerbes rayonnantes;
des tapis de fibres;
ou de petites sphères parfaitement isolées sur une matrice.
Une disposition tridimensionnelle harmonieuse augmente généralement beaucoup plus l’intérêt d’un spécimen qu’une simple masse blanche compacte.
Finesse des cristaux
Des fibres extrêmement fines produisent parfois un éclat soyeux spectaculaire.
La contrepartie est leur grande fragilité.
Un spécimen préservant intégralement ses fibres naturelles peut être beaucoup plus difficile à extraire et à transporter qu’un cristal massif.
État de conservation
Les agrégats ne doivent idéalement présenter :
ni zones écrasées;
ni fibres manquantes;
ni accumulation importante de poussière;
ni colle visible.
Un spécimen parfaitement intact est particulièrement intéressant lorsque les fibres forment une boule ou une gerbe bien individualisée.
Couleur
Le blanc constitue la couleur classique.
Les teintes crème, jaunes ou légèrement roses peuvent ajouter de la variété, mais la couleur seule ne détermine généralement pas la valeur.
L’habitus et la qualité de conservation restent beaucoup plus importants.
Associations minérales
Les associations peuvent donner beaucoup de caractère au spécimen.
À Lonavala en Inde, la mordénite est notamment documentée avec de la fluorapophyllite-(K). Dans d’autres localités, elle peut être associée à la calcite, au quartz, à l’heulandite, à la clinoptilolite ou à la stilbite.
Provenance
La provenance représente un critère important.
Un spécimen provenant de Morden en Nouvelle-Écosse possède un intérêt historique évident puisqu’il s’agit de la localité type.
Les agrégats cotonneux du Maharashtra sont particulièrement caractéristiques, tandis que les anciennes localités islandaises et italiennes possèdent également un intérêt minéralogique.
Pour une collection québécoise, une mordénite correctement documentée provenant de Francon, Miron, Lafarge Montréal-Est, du mont Saint-Hilaire ou de Varennes possède naturellement un intérêt régional supplémentaire.
Utilisation en joaillerie et entretien
La mordénite est essentiellement un minéral de collection et n’est pas adaptée à la joaillerie classique.
Sa dureté de seulement 3 à 4 signifie qu’elle peut être facilement rayée.
Son clivage et sa fragilité limitent encore davantage son utilisation.
Surtout, une grande partie de la mordénite de collection apparaît sous forme de fibres tellement fines qu’il serait impossible de les intégrer directement à un bijou sans détruire l’habitus naturel.
Peut-on facetter la mordénite?
Le facettage présente très peu d’intérêt.
Les indices de réfraction sont faibles, la dureté est limitée et les cristaux transparents suffisamment volumineux sont inhabituels.
La valeur esthétique de la mordénite réside presque entièrement dans ses cristaux naturels et ses agrégats fibreux.
Nettoyage
Les spécimens fibreux doivent être nettoyés avec beaucoup de prudence.
Il faut éviter de frotter ou de brosser agressivement les fibres.
Une poire soufflante utilisée doucement constitue généralement une solution plus prudente pour retirer une petite quantité de poussière sur un spécimen stable.
Les nettoyeurs à ultrasons sont déconseillés, car leurs vibrations peuvent facilement casser ou détacher les fibres.
La vapeur et une chaleur importante doivent également être évitées en raison du caractère hydraté de la zéolite.
Précautions avec les spécimens fibreux
La mordénite peut former des fibres extrêmement fines. Des études récentes sur certains échantillons fibreux naturels ont montré qu’une partie de ces fibres pouvait avoir des dimensions respirables et ont conclu qu’une manipulation prudente était justifiée, tout en soulignant que les données toxicologiques restent encore limitées. Cela ne signifie pas que tout spécimen intact exposé dans une collection représente automatiquement un danger, mais il est raisonnable d’éviter de couper, broyer, poncer ou produire de la poussière à partir de mordénite fibreuse.
Pour un agrégat très fibreux, il est également préférable d’éviter les manipulations répétées et de ne pas souffler fortement directement sur les fibres.
Utilisations industrielles
La mordénite possède en revanche une importance technologique beaucoup plus grande que son utilisation en joaillerie.
Les matériaux synthétiques de structure MOR sont utilisés ou étudiés pour :
la catalyse pétrochimique;
l’isomérisation d’hydrocarbures;
l’alkylation;
la séparation moléculaire;
l’adsorption;
et l’échange ionique.
Cette utilisation repose directement sur les grands canaux microscopiques de sa structure.
La mordénite est ainsi une zéolite remarquable autant par son apparence fibreuse que par son architecture microscopique. Ses agrégats blancs et cotonneux sont facilement reconnaissables lorsqu’ils sont bien développés, mais ils peuvent être confondus avec plusieurs autres zéolites aciculaires. Sa structure MOR riche en grands canaux explique son importance dans les matériaux industriels modernes, tandis que son histoire est intimement liée au Canada puisque l’espèce a été décrite pour la première fois à Morden, en Nouvelle-Écosse. Au Québec, sa présence confirmée ou bien documentée au mont Saint-Hilaire, à Varennes et dans plusieurs carrières de Montréal lui donne également un véritable intérêt régional.