Laumontite naturelle sur fond noir.

Laumontite : le guide de référence

La laumontite est une zéolite hydratée de calcium principalement connue pour ses cristaux blancs, incolores, roses ou jaunâtres en prismes allongés et pour sa capacité inhabituelle à perdre une partie de son eau lorsqu’elle est exposée à un air sec. Cette déshydratation peut rendre les cristaux opaques, crayeux et extrêmement friables, ce qui constitue l’une des caractéristiques les plus importantes de cette espèce.

Sa formule idéale est CaAl₂Si₄O₁₂·4H₂O. La laumontite appartient au groupe des zéolites et cristallise dans le système monoclinique. Elle se forme principalement par circulation de fluides à relativement basse température dans les fractures et cavités de roches magmatiques, mais elle peut également apparaître lors du métamorphisme de très faible degré ou comme ciment dans certaines roches sédimentaires.

La laumontite doit son nom à François Pierre Nicolas Gillet de Laumont, minéralogiste français qui avait découvert le minéral. Ses localités types se trouvent dans le secteur minier de Huelgoat, en Bretagne.


La laumontite en bref

Propriété Donnée
Nom Laumontite
Formule chimique CaAl₂Si₄O₁₂·4H₂O
Classe minérale Silicates
Sous-classe Tectosilicates
Groupe Zéolites
Système cristallin Monoclinique
Couleurs Incolore, blanc, gris, rose, jaune, brunâtre, brun doré
Dureté 3,5 à 4 sur l’échelle de Mohs
Densité Environ 2,23 à 2,41
Densité calculée Environ 2,25
Indices de réfraction Environ 1,502 à 1,525
Biréfringence Environ 0,011 à 0,012
Caractère optique Biaxe négatif
Éclat Vitreux, nacré sur les surfaces de clivage
Transparence Transparente à translucide lorsqu’elle est fraîche
Clivage Parfait selon {010} et {110}
Cassure Irrégulière
Ténacité Fragile
Trait Blanc
Habitus caractéristique Prismes, agrégats colonnaires, fibreux et radiés
Taille des cristaux Jusqu’à environ 20 cm documentés
Particularité Se déshydrate facilement à l’air sec
Produit de déshydratation Matériel historiquement appelé léonhardite
Environnement Hydrothermal, faciès zéolite, certaines roches sédimentaires
Présence au Québec Oui
Utilisation Principalement collection et étude minéralogique

Les cristaux frais peuvent être transparents ou translucides et présenter un bel éclat vitreux. La perte d’eau entraîne cependant fréquemment une détérioration progressive de leur apparence et de leur résistance mécanique.


Qu’est-ce que la laumontite?

La laumontite est un aluminosilicate hydraté de calcium appartenant au groupe des zéolites.

Sa formule idéale est :

CaAl₂Si₄O₁₂·4H₂O

Elle contient donc principalement :

du calcium;

de l’aluminium;

du silicium;

de l’oxygène;

et de l’eau.

Les molécules d’eau ne correspondent pas simplement à de l’humidité emprisonnée dans des fissures. Elles occupent des positions à l’intérieur de la structure cristalline du minéral.

Comme les autres zéolites, la laumontite possède une charpente tridimensionnelle relativement ouverte formée de tétraèdres de silicium et d’aluminium.

Les ions calcium et les molécules d’eau occupent des espaces et canaux à l’intérieur de cette architecture.

Cette organisation explique plusieurs de ses propriétés particulières, notamment sa capacité à perdre et, dans certaines conditions, à réabsorber une partie de son eau.

Laumontite et léonhardite

Une particularité essentielle de la laumontite est sa tendance à se déshydrater spontanément dans un environnement sec.

Lorsqu’elle perd une partie de son eau, sa structure se déforme légèrement et ses propriétés physiques changent.

Le produit partiellement déshydraté a historiquement été appelé léonhardite.

Il ne s’agit toutefois pas d’une espèce minérale distincte dans la nomenclature actuelle, mais d’une variété ou d’un état partiellement déshydraté de la laumontite.

Cette transformation est particulièrement importante pour les collectionneurs.

Un cristal fraîchement extrait peut être relativement transparent et solide, puis devenir progressivement blanc, opaque et friable après son exposition à un environnement beaucoup plus sec.

Dans les cas extrêmes, le cristal peut finir par se désagréger.


Pourquoi la laumontite est-elle blanche, rose, jaune ou brune?

La laumontite pure peut être incolore.

Les cristaux parfaitement frais peuvent ainsi être transparents ou presque transparents.

Les couleurs naturelles documentées comprennent cependant le blanc, le gris, le rose, le jaune, le brunâtre et le brun doré.

Pourquoi la laumontite est-elle blanche?

Le blanc est de loin l’apparence la plus fréquemment observée.

Il peut provenir de plusieurs phénomènes.

Un agrégat comportant de nombreux cristaux, fractures et interfaces internes diffuse fortement la lumière et paraît blanc même si chaque cristal possède une certaine transparence.

La déshydratation joue également un rôle particulièrement important.

Lorsque la laumontite perd son eau, de minuscules modifications structurales et fractures peuvent se développer. Le cristal devient alors plus opaque et prend souvent une apparence blanche et crayeuse.

Cette transformation explique pourquoi de nombreux spécimens de collection sont beaucoup plus blancs que les cristaux au moment de leur extraction.

Laumontite rose

Les teintes roses sont naturelles et bien documentées.

Elles peuvent être très légères, produisant un rose blanchâtre, ou suffisamment prononcées pour être immédiatement visibles.

À Yellow Lake, en Colombie-Britannique, des cristaux de laumontite rose blanchâtre sont par exemple documentés avec de la chabazite.

La cause exacte de la coloration peut varier selon la localité et les impuretés présentes. La couleur seule ne permet donc pas de déterminer l’origine d’un spécimen.

Laumontite jaune et brun doré

Des cristaux jaunâtres, brunâtres et brun doré sont également connus.

Ces couleurs peuvent être liées à des impuretés ou à de très fines inclusions présentes pendant la croissance.

De faibles quantités de sodium, de potassium et de fer sont notamment connues comme impuretés possibles dans la laumontite naturelle.

Une couleur qui peut changer après l’extraction

L’apparence d’une laumontite peut évoluer avec le temps.

Un cristal initialement presque transparent peut progressivement devenir :

blanchâtre;

opaque;

mat;

friable;

ou poudreux.

Ce changement ne signifie pas nécessairement que le spécimen est altéré par un autre minéral. Il peut simplement refléter la perte partielle de l’eau structurale.


Composition chimique et structure cristalline

La formule idéale de la laumontite est :

CaAl₂Si₄O₁₂·4H₂O

Sa structure est construite à partir de tétraèdres SiO₄ et AlO₄ reliés les uns aux autres.

Ces tétraèdres forment une charpente tridimensionnelle comprenant notamment des chaînes construites à partir d’anneaux à quatre membres.

Les canaux principaux contiennent du calcium et de l’eau.

Pourquoi le calcium est-il nécessaire?

Le silicium possède normalement une charge de +4 alors que l’aluminium possède une charge de +3.

Lorsqu’un atome d’aluminium remplace du silicium dans la charpente, une charge négative supplémentaire doit être compensée.

Dans la laumontite, cette fonction est principalement assurée par les ions Ca²⁺.

De petites quantités de sodium et de potassium peuvent également être présentes dans les cristaux naturels.

Système monoclinique

La laumontite cristallise dans le système monoclinique.

Ses paramètres structuraux sont approximativement :

a = 14,72 Å

b = 13,08 Å

c = 7,56 Å

avec un angle β proche de 112°.

Les cristaux peuvent apparaître comme des prismes presque carrés observés transversalement, mais leurs terminaisons obliques révèlent la symétrie monoclinique.

Macles

Des macles selon {100} sont connues.

Elles peuvent produire des angles rentrants caractéristiques près de la terminaison des cristaux.

Que se passe-t-il pendant la déshydratation?

Lorsque la laumontite perd une partie de son eau, la charpente cristalline ne disparaît pas immédiatement.

Elle se déforme cependant.

Les dimensions de la maille, les angles cristallographiques et les indices de réfraction changent.

La transformation vers l’état traditionnellement appelé léonhardite peut être plus ou moins réversible selon les conditions.

Cette sensibilité explique pourquoi l’humidité ambiante influence directement l’état de conservation d’un spécimen.


Propriétés physiques et optiques

La laumontite possède une dureté relativement faible comprise entre 3,5 et 4 sur l’échelle de Mohs.

Elle est donc beaucoup plus tendre que le quartz et peut facilement être rayée par de nombreux minéraux courants.

Sa fragilité est encore accentuée par son clivage parfait et par sa tendance à se déshydrater.

Densité

La densité mesurée varie généralement entre :

2,23 et 2,41

La densité calculée à partir de la composition idéale est d’environ :

2,25.

Ces valeurs sont relativement faibles et typiques de nombreuses zéolites.

Clivage

La laumontite possède un clivage parfait selon {010} et {110}.

Cette propriété crée plusieurs directions de faiblesse à l’intérieur du cristal.

Même un cristal apparemment massif peut donc se casser facilement lorsqu’il reçoit un choc.

Éclat

Un cristal frais présente généralement un éclat vitreux.

Les surfaces de clivage peuvent devenir davantage nacrées.

Lorsque le spécimen se déshydrate, cet éclat peut progressivement disparaître et être remplacé par une surface beaucoup plus mate ou crayeuse.

Indices de réfraction

Les indices de réfraction de la laumontite se situent approximativement dans les plages suivantes :

nα = 1,502 à 1,514

nβ = 1,512 à 1,522

nγ = 1,514 à 1,525

La biréfringence maximale se situe généralement autour de 0,011 à 0,012.

Caractère optique

La laumontite est biaxe négative.

Son angle optique mesuré se situe approximativement entre 26° et 47°.

Les propriétés optiques peuvent légèrement changer avec le degré d’hydratation du cristal.

Une laumontite fraîche et une laumontite partiellement transformée en léonhardite peuvent donc présenter des valeurs différentes.


Comment se forme la laumontite?

La laumontite peut se former dans plusieurs environnements géologiques.

Elle est particulièrement associée aux fluides hydrothermaux de relativement basse température et constitue également un minéral important du faciès métamorphique des zéolites.

Elle peut se développer :

dans les cavités de roches magmatiques;

dans des fractures;

dans des roches volcaniques altérées;

dans certaines roches métamorphiques de faible degré;

ou comme ciment entre les grains de certaines roches sédimentaires.

Formation hydrothermale

Des eaux chauffées circulent dans les fissures et cavités des roches.

En réagissant avec les minéraux déjà présents, ces fluides dissolvent du calcium, du silicium et de l’aluminium.

Lorsque la température, la pression ou la composition de la solution change, ces éléments peuvent précipiter sous forme de laumontite.

Le minéral peut alors :

tapisser une cavité;

remplir une fissure;

former une veine;

ou remplacer partiellement un minéral préexistant.

Cavités des roches magmatiques

La laumontite est connue aussi bien dans des roches magmatiques mafiques que dans des roches plus riches en silice.

Le Handbook of Mineralogy la décrit notamment comme un minéral hydrothermal tapissant des cavités dans les roches ignées.

Elle peut y être associée à :

d’autres zéolites;

l’apophyllite;

la datolite;

la calcite;

et la chlorite.

Faciès zéolite

La laumontite joue également un rôle important en métamorphisme de très faible degré.

Le faciès zéolite correspond à des conditions où les températures et pressions sont suffisantes pour modifier les minéraux originaux sans atteindre les conditions des faciès métamorphiques plus élevés.

Dans certaines métagrauwackes et roches volcaniques altérées, la présence de laumontite peut ainsi fournir une information sur les conditions de température et de pression ayant affecté la roche.

Formation dans les grès

La laumontite peut aussi cristalliser directement dans les pores d’un grès.

Elle agit alors comme un ciment minéral reliant les grains.

Des couches sédimentaires particulièrement riches en laumontite peuvent notamment se développer par transformation d’analcime ou lors du métamorphisme et de la diagenèse de feldspaths plagioclases.

Cette présence est suffisamment importante pour que la laumontite soit également étudiée en géologie pétrolière, puisque sa croissance ou sa dissolution peut modifier la porosité d’une roche réservoir.


Où trouve-t-on la laumontite dans le monde?

La laumontite est une espèce relativement commune et possède plus d’un millier de localités répertoriées dans le monde.

Toutes les occurrences ne produisent toutefois pas de beaux cristaux de collection.

France

Les mines d’Huelgoat, en Bretagne, possèdent une importance historique fondamentale puisqu’elles constituent les localités types de la laumontite.

Le minéral y a été découvert par François Pierre Nicolas Gillet de Laumont, auquel il doit son nom.

Suisse

Le secteur du Saint-Gothard, au Tessin, constitue une localité classique.

La laumontite y apparaît dans des fissures alpines avec différents minéraux hydrothermaux.

Autriche

Des cristaux sont également connus dans plusieurs secteurs du Tyrol, notamment dans la vallée de Zillertal.

Les fractures alpines constituent un environnement particulièrement favorable aux assemblages de zéolites et de minéraux secondaires.

Italie

La région de Baveno dans le Piémont figure parmi les localités classiques.

Des carrières italiennes plus récentes, notamment dans le secteur de Beura-Cardezza, ont également fourni des cristaux bien développés.

Inde

Le Maharashtra constitue une importante région mondiale pour les zéolites.

Laumontite y est notamment connue autour de Mumbai et de Pune.

Certaines localités ont produit de grands cristaux prismatiques associés à d’autres minéraux caractéristiques des cavités du Deccan.

États-Unis

La mine Pine Creek, près de Bishop en Californie, constitue l’une des localités classiques les plus célèbres pour les cristaux de laumontite.

Des cristaux exceptionnels y ont été découverts dans les systèmes hydrothermaux associés au gisement de tungstène.

D’autres occurrences importantes sont connues en Oregon, au New Jersey, en Virginie et dans la péninsule de Keweenaw au Michigan.

Canada

Le Canada possède de nombreuses occurrences.

La région de la baie de Fundy, notamment en Nouvelle-Écosse, est célèbre pour ses zéolites développées dans les basaltes. La laumontite y forme notamment des prismes et des agrégats radiés blancs.

La Colombie-Britannique possède aussi de nombreuses localités, dont Yellow Lake et plusieurs anciens districts miniers.

La laumontite est également présente au Québec.


La laumontite au Québec

La laumontite est bien documentée au Québec.

Mindat répertorie actuellement l’espèce dans au moins huit localités québécoises, principalement dans Charlevoix, les Laurentides et en Gaspésie.

L’une des régions les plus importantes est celle de Saint-Urbain-de-Charlevoix, où la laumontite est signalée dans au moins six localités.

Mine Bouchard

La mine Bouchard, à Saint-Urbain-de-Charlevoix, constitue une occurrence bien documentée.

La présence de laumontite y est notamment rapportée dans les travaux de la Commission géologique du Canada consacrés aux roches et minéraux accessibles aux collectionneurs entre Kingston et le lac Saint-Jean.

La région de Saint-Urbain est connue pour ses anciennes exploitations liées notamment aux concentrations d’ilménite et aux roches métamorphiques du secteur.

Les fluides circulant dans ces roches ont permis la formation de différents minéraux secondaires, dont plusieurs zéolites.

Mine Joseph Bouchard

La mine Joseph Bouchard, située dans le même secteur, possède elle aussi une occurrence considérée comme valide de laumontite.

Sa proximité avec les autres anciennes exploitations de Saint-Urbain montre que la formation de laumontite n’était pas limitée à une seule petite fracture ou cavité.

Mine Furnace

La mine Furnace constitue une autre occurrence de Saint-Urbain.

La laumontite y est documentée avec notamment de la mésolite, de la calcite, de l’orthoclase et de la titanite.

La présence simultanée de laumontite et de mésolite est particulièrement intéressante puisque les deux espèces appartiennent au groupe des zéolites mais possèdent des compositions et structures différentes.

Autres occurrences de Saint-Urbain

La région de Saint-Urbain-de-Charlevoix contient au total au moins six localités rapportées pour la laumontite.

Il s’agit donc du principal secteur actuellement répertorié pour cette espèce au Québec.

Laurel

Dans les Laurentides, la laumontite est confirmée dans une ancienne coupe routière près de Laurel, à Wentworth-Nord.

La localité possède une diversité remarquable de zéolites comprenant notamment :

la chabazite-Ca;

la clinoptilolite-Ca;

l’heulandite-Ca;

la mésolite;

la stilbite-Ca;

et la thomsonite-Ca.

La laumontite y a été documentée dans les travaux consacrés aux occurrences de zéolites de la Ceinture métasédimentaire centrale de la province de Grenville.

Gaspé Copper

La laumontite est également rapportée à la mine Gaspé Copper de Murdochville, en Gaspésie.

Cette occurrence diffère géologiquement de celles des Laurentides et de Charlevoix et montre que l’espèce peut apparaître dans plusieurs environnements québécois.

Le Québec possède donc une véritable diversité d’occurrences de laumontite, mais la province n’est pas particulièrement connue pour produire les gigantesques cristaux de collection associés à certaines localités californiennes ou indiennes.


À quoi ressemble une laumontite naturelle?

L’apparence d’une laumontite dépend énormément de son état d’hydratation.

Un spécimen fraîchement extrait peut être très différent du même cristal après plusieurs mois ou années dans un environnement sec.

Cristaux prismatiques

Les cristaux classiques sont prismatiques et allongés.

Ils peuvent présenter une section presque carrée et possèdent généralement une terminaison oblique.

Les cristaux peuvent être relativement trapus ou devenir de longues colonnes.

Des individus atteignant environ 20 cm sont documentés.

Agrégats radiés

Plusieurs cristaux peuvent croître depuis une même zone et produire un agrégat rayonnant.

Les cristaux deviennent alors plus fins à proximité du centre et divergent vers l’extérieur.

Agrégats colonnaires

La laumontite forme également des ensembles constitués de nombreux cristaux parallèles.

Ces masses colonnaires peuvent remplir une veine entière ou tapisser une fracture.

Laumontite fibreuse

Dans certains environnements, les cristaux deviennent extrêmement fins.

Le matériau peut alors présenter une texture fibreuse et être beaucoup plus difficile à distinguer visuellement d’autres zéolites.

Laumontite fraîche

Un cristal récemment extrait et suffisamment hydraté peut être :

transparent;

translucide;

vitreux;

incolore;

ou légèrement rose ou jaune.

Cette apparence représente parfois la véritable surprise pour un collectionneur habitué à observer uniquement des spécimens blancs et crayeux.

Laumontite déshydratée

Après exposition à un environnement sec, le même cristal peut devenir :

blanc;

opaque;

mat;

friable;

et éventuellement poudreux.

Des fissures microscopiques se développent pendant la perte d’eau et affaiblissent progressivement le spécimen.

Cette transformation constitue l’un des meilleurs indices permettant de soupçonner une laumontite, mais elle complique également énormément la conservation des beaux cristaux.


Comment identifier une laumontite?

La laumontite peut être relativement facile à reconnaître lorsqu’elle présente ses cristaux prismatiques classiques et son comportement de déshydratation.

Plusieurs zéolites peuvent néanmoins lui ressembler.

Une identification fiable repose sur plusieurs propriétés combinées.

Dureté

La dureté de 3,5 à 4 est relativement faible.

Elle permet notamment de distinguer la laumontite de minéraux comme la wairakite ou la scolécite, sensiblement plus durs.

Un test de rayure ne devrait cependant pas être réalisé sur un beau spécimen, particulièrement parce que la laumontite est déjà très fragile.

Clivage

Les deux clivages parfaits selon {010} et {110} constituent des caractères importants.

Ils peuvent produire plusieurs surfaces planes presque parallèles à la longueur du cristal.

Cette combinaison contribue également à la tendance des cristaux à se fragmenter.

Densité

Une densité généralement comprise entre 2,23 et 2,41 correspond à la laumontite.

Les spécimens fortement déshydratés peuvent cependant présenter certaines différences physiques par rapport au matériau frais.

Indices de réfraction

Les indices autour de 1,502 à 1,525 constituent un bon critère en laboratoire.

Le matériau partiellement déshydraté possède généralement des indices légèrement inférieurs à ceux d’une laumontite pleinement hydratée.

Déshydratation

La tendance à devenir blanche et friable dans un air sec représente une caractéristique extrêmement importante.

Il faut néanmoins éviter de provoquer volontairement cette transformation pour effectuer un test, puisqu’elle peut endommager irréversiblement un spécimen.

Diffraction des rayons X

La diffraction des rayons X permet d’identifier précisément la structure monoclinique de la laumontite.

Elle est particulièrement utile lorsque le minéral forme :

des masses fibreuses;

un ciment microscopique;

des veinules;

ou des cristaux partiellement déshydratés.

Analyse chimique

Une analyse élémentaire doit montrer une composition dominée par :

le calcium;

l’aluminium;

le silicium;

et l’oxygène.

De faibles quantités de sodium, potassium ou fer sont possibles.


Laumontite naturelle, synthétique et traitements

La laumontite présente dans les collections est presque toujours naturelle.

Il existe néanmoins de la laumontite synthétique produite pour la recherche scientifique.

Laumontite synthétique

La synthèse hydrothermale de laumontite est bien documentée.

Des chercheurs ont notamment produit le minéral à partir de verres artificiels possédant une composition correspondant approximativement à CaO-Al₂O₃-SiO₂, sous pression d’eau.

Une étude de 1998 a obtenu de la laumontite sur une large plage de températures expérimentales et a observé que la forme des cristaux variait en fonction de la température de synthèse.

Des expériences antérieures avaient également obtenu de la laumontite à partir de wairakite sous conditions hydrothermales.

Ces synthèses sont réalisées pour étudier :

la stabilité du minéral;

ses réactions de déshydratation;

sa structure;

et les conditions géologiques de formation.

Il n’existe pas de marché significatif de laumontite synthétique vendue comme pierre gemme ou spécimen décoratif.

Traitements

La laumontite n’est pas une pierre connue pour subir des traitements gemmologiques commerciaux comme :

le chauffage pour modifier la couleur;

l’irradiation;

la diffusion;

ou le remplissage de fractures.

Le principal problème est exactement l’inverse : il faut éviter de modifier accidentellement le spécimen par déshydratation.

Léonhardite

Le terme léonhardite désigne traditionnellement une laumontite partiellement déshydratée.

La perte d’eau modifie notamment :

les paramètres de la maille;

les indices de réfraction;

l’apparence;

et la résistance mécanique.

Il ne s’agit donc pas d’une variété de couleur comparable à une variété gemmologique, mais d’un état d’hydratation différent du même minéral.


Laumontite, heulandite, stilbite, wairakite ou scolécite?

La laumontite peut être confondue avec plusieurs zéolites blanches ou incolores.

Propriété Laumontite Heulandite-Ca Stilbite-Ca Wairakite Scolécite
Composition principale CaAl₂Si₄O₁₂·4H₂O Aluminosilicate Ca-Na hydraté Aluminosilicate Ca-Na hydraté CaAl₂Si₄O₁₂·2H₂O CaAl₂Si₃O₁₀·3H₂O
Système cristallin Monoclinique Monoclinique Monoclinique Monoclinique pseudocubique Monoclinique
Dureté Mohs 3,5–4 3,5–4 3,5–4 5,5–6 5–5,5
Densité approximative 2,23–2,41 2,1–2,2 Environ 2,19 Environ 2,26 2,25–2,29
Indices de réfraction Env. 1,502–1,525 Env. 1,49–1,51 Env. 1,48–1,51 Env. 1,498–1,502 Env. 1,507–1,521
Habitus fréquent Prismes, colonnes, agrégats radiés Cristaux tabulaires Gerbes et nœuds papillon Trapézoèdres, incrustations Aiguilles et gerbes
Déshydratation à l’air Très caractéristique Beaucoup moins marquée Beaucoup moins marquée Non comparable Non comparable
Critère distinctif Devient facilement blanche et friable Habitus tabulaire Gerbes caractéristiques Beaucoup plus dure Cristaux aciculaires et plus durs

L’heulandite possède pratiquement la même dureté et peut être blanche ou rose. Son habitus est toutefois généralement tabulaire plutôt que franchement prismatique et colonnaire.

La stilbite forme fréquemment des gerbes ou des structures en nœud papillon. Sa densité est légèrement plus faible et son comportement à l’air n’est pas comparable à la déshydratation spectaculaire de la laumontite.

La wairakite constitue une comparaison particulièrement intéressante sur le plan chimique. Sa formule est CaAl₂Si₄O₁₂·2H₂O, soit une composition très proche mais avec deux molécules d’eau au lieu de quatre. Elle est cependant beaucoup plus dure, atteignant environ 5,5 à 6 sur l’échelle de Mohs.

La scolécite est également un aluminosilicate de calcium hydraté, mais elle possède une composition différente et forme beaucoup plus fréquemment de longues aiguilles blanches. Sa dureté de 5 à 5,5 est nettement supérieure à celle de la laumontite.


Qualité, rareté et valeur de la laumontite

La laumontite n’est pas considérée comme une espèce rare.

Elle possède plus de 1 500 localités répertoriées et apparaît dans de nombreux environnements hydrothermaux, métamorphiques et sédimentaires.

Les beaux cristaux de collection sont toutefois beaucoup moins communs que le minéral lui-même.

Il n’existe aucun système reconnu attribuant des grades A, AA ou AAA à la laumontite.

État de conservation

Le facteur le plus important est souvent simplement l’état physique du spécimen.

La déshydratation peut transformer un cristal initialement transparent en une masse blanche et friable.

Un grand cristal conservant :

son éclat;

sa transparence;

ses faces;

et ses terminaisons intactes

présente donc un intérêt particulier.

Forme cristalline

Les cristaux prismatiques bien individualisés sont généralement plus recherchés que les masses compactes ou poudreuses.

Des cristaux longs, bien terminés et disposés harmonieusement sur une matrice peuvent produire d’excellents spécimens de collection.

Taille

Des cristaux atteignant environ 20 cm sont documentés dans la littérature minéralogique.

Certaines localités célèbres comme Pine Creek en Californie et plusieurs secteurs du Maharashtra en Inde ont produit des cristaux particulièrement imposants.

La taille seule ne garantit cependant pas une grande qualité.

Un cristal de 5 cm parfaitement préservé peut être nettement plus intéressant qu’un cristal de 15 cm déjà transformé en masse crayeuse.

Transparence

La transparence est particulièrement intéressante puisque la laumontite fraîche peut être beaucoup plus limpide qu’on ne le pense généralement.

Les cristaux transparents ou fortement translucides deviennent plus rares dans les anciennes collections en raison de la déshydratation progressive.

Couleur

Le blanc est très courant.

Les couleurs roses, jaune doré ou brun clair peuvent apporter davantage d’intérêt esthétique lorsqu’elles sont naturelles et accompagnées d’un bon éclat.

Associations minérales

Les associations avec d’autres minéraux peuvent augmenter considérablement l’attrait d’un spécimen.

La laumontite est notamment connue avec :

la calcite;

l’apophyllite;

la datolite;

la stilbite;

d’autres zéolites;

le quartz;

la prehnite;

et la chlorite.

Provenance

Les localités historiques comme Huelgoat possèdent un intérêt évident.

Les grands cristaux de Californie et d’Inde sont également réputés.

Au Québec, les spécimens provenant de Saint-Urbain-de-Charlevoix ou de la coupe routière de Laurel peuvent présenter un intérêt régional important pour les collectionneurs.


Utilisation en joaillerie et entretien

La laumontite est très mal adaptée à la joaillerie.

Sa dureté de seulement 3,5 à 4 constitue déjà une limitation importante.

Elle se raye facilement.

Son clivage parfait la rend également fragile.

Mais sa principale faiblesse est sa tendance à perdre son eau dans un environnement sec.

Peut-on facetter la laumontite?

Un cristal frais suffisamment transparent pourrait théoriquement être taillé.

En pratique, cette opération présente très peu d’intérêt.

La pierre est :

tendre;

fragile;

facilement clivable;

et instable lorsque les conditions d’humidité changent.

Le facettage exposerait également le matériau à de la chaleur et à une perte d’eau susceptibles d’endommager la pierre.

La laumontite doit donc être considérée comme un minéral de collection, et non comme une véritable pierre de joaillerie.

Conservation

La conservation constitue un enjeu beaucoup plus important que le nettoyage.

Un environnement extrêmement sec peut favoriser la déshydratation.

Les spécimens sensibles devraient donc éviter :

les sources de chaleur;

les vitrines très chaudes;

l’air directement soufflé par un système de chauffage;

et les changements brusques d’humidité.

Pour les spécimens particulièrement importants, une conservation dans un environnement à humidité contrôlée peut limiter la dégradation.

Il n’est toutefois pas recommandé de simplement immerger un spécimen dans l’eau sans connaître les autres minéraux présents sur sa matrice.

Nettoyage

Les cristaux doivent être manipulés avec énormément de précautions.

Une poire soufflante ou un pinceau extrêmement doux représente généralement la méthode la moins agressive pour retirer la poussière.

Les cristaux déjà crayeux ou partiellement déshydratés peuvent être suffisamment fragiles pour se désagréger simplement sous la pression d’une brosse.

Vapeur

Le nettoyage à vapeur doit absolument être évité.

La chaleur accélère la perte d’eau et peut provoquer des transformations structurales importantes.

Ultrasons

Les nettoyeurs à ultrasons sont également inadaptés.

Les vibrations peuvent exploiter les clivages parfaits, détacher les cristaux de leur matrice et accélérer la fragmentation d’un spécimen déjà fragilisé.

Manipulation

Il faut éviter de saisir directement les cristaux.

Un spécimen devrait être manipulé par sa matrice lorsque cela est possible.

La laumontite doit également être rangée séparément des minéraux plus durs capables de la rayer.

Sa conservation demande ainsi davantage de précautions que celle de nombreuses autres zéolites.

La laumontite demeure un minéral remarquable par son interaction avec l’eau. Ses cristaux prismatiques peuvent être transparents et vitreux lorsqu’ils sont frais, puis devenir progressivement blancs et friables après une déshydratation partielle. Cette transformation, traditionnellement associée au nom léonhardite, constitue l’une de ses propriétés les plus caractéristiques. Relativement commune dans le monde mais plus difficile à conserver sous forme de beaux cristaux, la laumontite possède également une présence bien documentée au Québec, particulièrement dans le secteur de Saint-Urbain-de-Charlevoix et dans certaines localités à zéolites des Laurentides.

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