Kornerupine : le guide de référence
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La kornerupine est un rare silicate complexe de magnésium et d’aluminium pouvant contenir du bore, principalement connu comme pierre gemme dans des teintes vertes, vert jaunâtre, brun-vert, bleu-vert et parfois bleues. Les cristaux transparents de belle qualité sont relativement rares, la majorité du matériau naturel étant translucide, sombre ou directement intégré à des roches métamorphiques.
La pierre est surtout appréciée pour son pléochroïsme particulièrement marqué. Selon l’orientation du cristal, une même kornerupine peut présenter plusieurs couleurs différentes, par exemple vert, jaune et brun rougeâtre. Certaines pierres d’Afrique orientale affichent des verts beaucoup plus vifs, tandis que le Sri Lanka est également célèbre pour ses kornerupines chatoyantes taillées en œil-de-chat.
Décrite au XIXe siècle à partir de matériel provenant du Groenland, la kornerupine est aujourd’hui connue dans plusieurs terrains métamorphiques de haut grade à travers le monde. Elle est également présente au Québec, particulièrement en Outaouais, où son histoire minéralogique est compliquée par sa très grande proximité avec une espèce apparentée : la prismatine.
La kornerupine en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom | Kornerupine |
| Formule courante | Mg₃Al₆(Si,Al,B)₅O₂₁(OH) |
| Formule IMA générale | (Mg,Fe²⁺,Al,□)₁₀(Si,Al,B)₅O₂₁(OH,F)₂ |
| Classe minérale | Silicates |
| Type | Silicate complexe contenant fréquemment du bore |
| Série | Série kornerupine-prismatine |
| Système cristallin | Orthorhombique |
| Couleur | Incolore, blanche, verte, vert jaunâtre, bleu-vert, bleue, brune, brun-vert, noire |
| Dureté | 6 à 7 sur l’échelle de Mohs |
| Densité | Environ 3,29 à 3,35 |
| Indices de réfraction | Environ 1,660 à 1,684 |
| Biréfringence | Environ 0,013 à 0,014 |
| Caractère optique | Biaxe négatif |
| Éclat | Vitreux |
| Transparence | Transparente à translucide, parfois opaque |
| Trait | Blanc |
| Clivage | Bon suivant {110} |
| Cassure | Conchoïdale |
| Ténacité | Fragile |
| Pléochroïsme | Souvent très marqué dans les pierres gemmes |
| Phénomène optique possible | Chatoyance, rarement astérisme |
| Habitus | Cristaux prismatiques, allongés, agrégats radiés ou matériau massif |
| Éléments associés à la couleur | Fer, vanadium et chrome |
| Localité type | Fiskenæsset, Groenland |
| Principales provenances gemmes | Sri Lanka, Kenya, Tanzanie, Madagascar, Myanmar |
| Utilisation comme gemme | Oui, rare |
| Présence au Québec | Oui, notamment au dépôt Leitch en Outaouais |
La kornerupine possède ainsi des propriétés relativement proches de plusieurs autres gemmes vertes. Son caractère biaxe négatif, sa densité autour de 3,3, ses indices de réfraction et surtout son pléochroïsme permettent toutefois de l’identifier avec précision.
Qu’est-ce que la kornerupine?
La kornerupine est une espèce minérale naturelle principalement constituée de magnésium, d’aluminium, de silicium, d’oxygène et d’hydroxyle, avec une quantité variable de bore.
Une formule simplifiée fréquemment utilisée est :
Mg₃Al₆(Si,Al,B)₅O₂₁(OH)
Sa composition réelle est cependant relativement complexe.
Plusieurs éléments peuvent se substituer les uns aux autres dans la structure, notamment :
le magnésium;
le fer;
l’aluminium;
le silicium;
le bore;
et le fluor.
Cette flexibilité chimique explique l’existence de nombreuses variations naturelles et sa relation étroite avec la prismatine.
Une découverte au Groenland
La kornerupine fut décrite au XIXe siècle à partir de matériel provenant de Fiskenæsset, aujourd’hui Qeqertarsuatsiaat, dans le sud-ouest du Groenland.
Elle fut nommée en l’honneur d’Andreas Nikolaus Kornerup, géologue et explorateur danois ayant participé à plusieurs expéditions scientifiques au Groenland.
Le minéral fut décrit dans les années 1880, bien avant que les pierres transparentes de qualité gemme ne deviennent connues.
Une gemme beaucoup plus rare que le minéral
La kornerupine elle-même est connue dans plusieurs terrains métamorphiques.
La kornerupine transparente et suffisamment propre pour être facettée est cependant beaucoup plus rare.
Une grande partie des cristaux naturels sont :
opaques;
translucides;
très sombres;
fortement inclus;
ou directement intégrés à la roche.
Les belles pierres transparentes représentent donc une fraction limitée du matériel disponible.
Pourquoi la kornerupine est-elle verte, brune ou bleue?
Une kornerupine pauvre en éléments chromophores peut être pratiquement incolore.
Les couleurs naturelles proviennent surtout de faibles concentrations d’éléments de transition incorporés dans sa structure.
Les trois plus importants sont :
le fer;
le vanadium;
et
le chrome.
Kornerupine verte
Le vert représente la couleur gemme la plus recherchée.
Certaines kornerupines d’Afrique orientale présentent des couleurs allant du vert jaunâtre au vert feuille et au vert relativement intense.
Le vanadium et le chrome peuvent jouer un rôle important dans ces couleurs.
Les études chimiques et spectroscopiques réalisées sur des kornerupines provenant notamment du Kenya et de Tanzanie montrent que les proportions relatives de :
fer;
vanadium;
et chrome
peuvent varier considérablement d’une pierre à l’autre.
La coloration résulte donc souvent d’une combinaison de plusieurs éléments plutôt que d’un seul chromophore.
Kornerupine brun-vert
Le fer devient particulièrement important dans les pierres brunâtres et brun-vert.
Une quantité plus importante de fer entraîne généralement davantage d’absorption de lumière et peut donner une apparence :
olive;
brun jaunâtre;
brun verdâtre;
ou vert très sombre.
Les kornerupines riches en fer peuvent être beaucoup moins lumineuses que les pierres vert vif contenant davantage de vanadium ou de chrome.
Kornerupine bleue et bleu-vert
Des kornerupines bleues à bleu-vert existent également.
Elles sont beaucoup plus rares que le matériel vert ou brun.
Les analyses de différentes pierres montrent là encore l’implication d’éléments de transition, particulièrement le chrome, le vanadium et le fer, mais la coloration exacte dépend de leur concentration et du site qu’ils occupent dans la structure.
Un pléochroïsme spectaculaire
La kornerupine gemme est surtout connue pour son fort pléochroïsme, souvent trichroïque.
Une pierre verte peut montrer selon l’orientation :
vert;
jaune ou jaune verdâtre;
et
brun rougeâtre à brun verdâtre.
Certaines pierres bleu-vert peuvent présenter des combinaisons encore plus spectaculaires.
Ces couleurs ne changent pas avec le type d’éclairage comme dans une véritable gemme à changement de couleur : elles changent lorsque la pierre est observée suivant différentes directions cristallographiques.
Composition chimique et structure cristalline
La kornerupine possède une composition particulièrement variable.
La formule simplifiée classique est :
Mg₃Al₆(Si,Al,B)₅O₂₁(OH)
Une formule générale plus détaillée tient compte des substitutions possibles entre :
magnésium;
fer;
aluminium;
silicium;
bore;
hydroxyle;
et fluor.
Une structure orthorhombique
La kornerupine cristallise dans le système orthorhombique.
Les trois axes cristallographiques sont perpendiculaires entre eux, mais possèdent des longueurs différentes.
Son groupe spatial est généralement donné comme :
Cmcm
Cette structure explique son caractère optique biaxe.
Une structure très flexible
Une particularité importante de la kornerupine est sa capacité à accepter différentes quantités de bore.
Le bore peut notamment remplacer une partie du silicium ou de l’aluminium dans certains sites tétraédriques.
Cette variation chimique joue un rôle fondamental dans la distinction entre :
kornerupine
et
prismatine.
Kornerupine et prismatine
Pendant longtemps, la prismatine fut considérée comme pratiquement identique à la kornerupine.
Des études modernes portant sur le bore et la structure cristalline ont démontré qu’il existe en réalité deux espèces distinctes formant une série.
La distinction repose principalement sur la quantité de bore occupant un site particulier de la structure.
Les compositions relativement pauvres en bore correspondent à la kornerupine sensu stricto.
Les compositions plus riches en bore correspondent à la prismatine.
Cette distinction est particulièrement importante pour certains spécimens historiques provenant du Québec.
Propriétés physiques et optiques
La kornerupine possède une dureté généralement comprise entre 6 et 7 sur l’échelle de Mohs.
Les pierres gemmes sont fréquemment décrites autour de 6,5 à 7.
Elle possède donc une résistance correcte aux rayures, mais reste moins dure que :
le spinelle;
la topaze;
le chrysobéryl;
ou le saphir.
Densité
La densité typique est comprise entre :
3,29 et 3,35 g/cm³
La composition chimique peut toutefois produire de légères variations.
Les pierres gemmes analysées par le GIA montrent notamment des densités autour de 3,27 à 3,36 selon leur provenance et leur composition.
Indices de réfraction
Les valeurs classiques sont approximativement :
nα = 1,660 à 1,671
nβ = 1,673 à 1,683
nγ = 1,674 à 1,684
Les valeurs exactes peuvent varier avec la teneur en fer, bore et autres éléments.
Certaines pierres gemmes particulières présentent des indices légèrement à l’extérieur de ces plages générales.
Biréfringence
La biréfringence maximale se situe généralement autour de :
0,013 à 0,014
La kornerupine est normalement :
biaxe négative.
Certaines pierres possèdent toutefois un angle entre les axes optiques suffisamment petit pour produire un comportement semblant presque uniaxe lors de certains examens.
Pléochroïsme
Le pléochroïsme constitue probablement la propriété gemmologique la plus remarquable.
Une pierre verte peut présenter :
une direction verte;
une direction jaune verdâtre;
et une direction brun-vert ou brun rougeâtre.
Les couleurs exactes dépendent fortement de la composition et de la provenance.
Clivage
La kornerupine possède un bon clivage suivant {110}.
Cette propriété doit être prise en considération lors :
du facettage;
du sertissage;
et du port en bijou.
Une bonne dureté protège la pierre contre de nombreuses rayures, mais ne l’empêche pas de se fendre lorsqu’un choc est appliqué suivant un plan de clivage favorable.
Comment se forme la kornerupine?
La kornerupine se forme principalement dans des roches riches en aluminium ayant subi un métamorphisme de haut grade, particulièrement lorsque du magnésium et parfois du bore sont disponibles.
Elle constitue donc essentiellement un minéral métamorphique.
Métamorphisme de haut grade
La kornerupine est fréquemment associée aux conditions du :
faciès amphibolite supérieur
et surtout du
faciès granulite.
Ces conditions correspondent à des températures suffisamment élevées pour provoquer une recristallisation profonde des roches.
Des minéraux initialement présents deviennent instables et réagissent pour produire de nouveaux assemblages adaptés aux fortes températures.
Roches riches en aluminium
La kornerupine se rencontre principalement dans des roches contenant beaucoup d’aluminium.
Elle peut notamment apparaître dans :
des paragneiss;
des granulites;
des roches métasédimentaires;
et certains complexes d’anorthosite métamorphisés.
Le rôle du bore
Le bore peut fortement influencer la stabilité des minéraux du groupe kornerupine-prismatine.
Lorsque les concentrations de bore augmentent, la composition peut progressivement évoluer vers la prismatine.
C’est pourquoi l’analyse du bore est indispensable lorsqu’une distinction minéralogique précise est nécessaire.
Complexes d’anorthosite
La localité type du Groenland appartient à un important complexe d’anorthosite métamorphisé.
La kornerupine peut y être associée notamment à :
la sapphirine;
le corindon;
le spinelle;
la cordiérite;
l’enstatite;
la pargasite;
et différents feldspaths.
Ces associations sont caractéristiques de conditions métamorphiques particulièrement élevées.
Minéraux associés
Selon la localité, la kornerupine peut être accompagnée de :
sapphirine;
corindon;
spinelle;
cordiérite;
sillimanite;
grenat;
tourmaline;
phlogopite;
quartz;
feldspath;
dumortiérite;
et différents pyroxènes.
La présence simultanée de plusieurs de ces minéraux fournit souvent un indice sur l’environnement de formation.
Où trouve-t-on la kornerupine dans le monde?
La kornerupine est connue dans plusieurs terrains métamorphiques à travers le monde.
Il faut toutefois distinguer les occurrences minéralogiques produisant des cristaux opaques des véritables sources de kornerupine gemme transparente.
Groenland
Le Groenland possède l’importance historique de la localité type.
Le minéral fut découvert dans la région de Fiskenæsset, aujourd’hui Qeqertarsuatsiaat.
Les terrains métamorphiques de la région contiennent plusieurs assemblages remarquables de :
kornerupine;
sapphirine;
corindon;
spinelle;
et anorthosite.
Des cristaux de très grande taille sont également connus ailleurs dans ce district.
Ils présentent principalement un intérêt minéralogique plutôt que gemmologique.
Sri Lanka
Le Sri Lanka représente l’une des grandes provenances historiques de kornerupine gemme.
La pierre y est principalement trouvée dans les célèbres graviers gemmifères secondaires.
Les régions de :
Ratnapura;
Kolonne;
Matale;
Elahera;
et certaines parties d’Uva
ont fourni du matériel de qualité gemme.
Les couleurs comprennent :
vert;
vert jaunâtre;
brun;
jaune brunâtre;
et différentes nuances intermédiaires.
Kornerupine œil-de-chat du Sri Lanka
Le Sri Lanka est également particulièrement connu pour la kornerupine œil-de-chat.
Des inclusions fines et parallèles réfléchissent la lumière lorsqu’un cristal est taillé en cabochon.
Une bande lumineuse mobile traverse alors la surface de la pierre.
Les spécimens les plus intéressants possèdent :
un œil fin;
bien centré;
mobile;
et contrastant fortement avec la couleur du fond.
Kenya
Le Kenya, particulièrement le district de Kwale, a produit de belles kornerupines vertes transparentes.
Les pierres peuvent montrer un vert relativement vif ainsi qu’un pléochroïsme important.
Certaines sont suffisamment propres et transparentes pour produire des gemmes facettées de plusieurs carats.
Tanzanie
La Tanzanie constitue également une provenance importante pour les kornerupines gemmes vertes.
Certaines pierres présentent des couleurs particulièrement intenses influencées par le chrome et le vanadium.
Le matériel transparent de belle qualité demeure néanmoins rare.
Madagascar
Madagascar possède plusieurs occurrences importantes.
Du matériel minéralogique est notamment connu dans les terrains métamorphiques du sud de l’île.
La kornerupine peut y former des cristaux prismatiques gris, bruns ou verts.
Du matériel suffisamment transparent pour être facetté est également connu.
Myanmar
La kornerupine est documentée dans les graviers gemmifères du Myanmar, notamment dans la région de Mogok.
Le matériel peut être :
vert;
brun-vert;
ou chatoyant.
Des pierres étoilées extrêmement rares ont également été signalées.
Autres pays
La kornerupine est également documentée dans plusieurs autres régions métamorphiques, notamment :
en Afrique du Sud;
en Zimbabwe;
en Norvège;
en Finlande;
en Allemagne;
en Australie;
aux États-Unis;
au Canada;
et en Antarctique.
La majorité de ces occurrences présentent surtout un intérêt scientifique ou minéralogique.
La kornerupine au Québec
La kornerupine possède une histoire particulièrement intéressante au Québec, principalement dans la région de l’Outaouais.
Deux localités méritent d’être distinguées :
le secteur de Hincks Bridge–Lac-Sainte-Marie;
et le dépôt Leitch, dans le district de Maniwaki-Gracefield.
Hincks Bridge et Lac-Sainte-Marie
La présence de kornerupine près de Lac-Sainte-Marie fut décrite scientifiquement dès 1952.
Les anciens travaux mentionnent des cristaux prismatiques verts pouvant atteindre environ 5 cm de longueur dans des schistes et gneiss situés près de la rivière Gatineau.
Ils étaient notamment associés à :
quartz;
orthoclase;
biotite;
tourmaline;
andalousite;
almandin;
rutile;
zircon;
et dumortiérite.
Cette occurrence est devenue l’une des localités canadiennes historiques les plus connues pour la « kornerupine ».
Une réidentification importante
La nomenclature minéralogique ayant évolué, une nuance majeure doit maintenant être apportée.
Une grande partie — et possiblement la totalité — du matériau historiquement appelé kornerupine de Hincks Bridge a depuis été réidentifiée comme :
prismatine.
La différence réside principalement dans la concentration en bore.
Les deux espèces appartiennent à la même série minéralogique et peuvent être pratiquement impossibles à distinguer sans analyse chimique précise du bore.
Les spécimens anciens portant une étiquette « kornerupine, Lac-Sainte-Marie » ne doivent donc pas automatiquement être considérés comme de la kornerupine sensu stricto.
Le dépôt Leitch
Une occurrence plus récente de kornerupine est répertoriée au dépôt Leitch, dans le district de Maniwaki-Gracefield, près de Gracefield en Outaouais.
Cette identification est notamment associée à des travaux publiés en 2022 consacrés aux gisements de zinc encaissés dans des marbres de la Ceinture métasédimentaire centrale de la province de Grenville.
Le dépôt Leitch se trouve dans un environnement comprenant :
marbre;
roches calcosilicatées;
diopside;
forstérite;
phlogopite;
tourmaline;
tremolite;
et différents sulfures.
Ce contexte métamorphique de haut grade est compatible avec la formation de kornerupine.
La kornerupine est donc bien présente au Québec
Il serait incorrect de conclure que la réidentification du matériel de Hincks Bridge élimine complètement la kornerupine du Québec.
L’occurrence du dépôt Leitch est actuellement considérée comme valide.
Le Québec possède donc bien de la kornerupine, mais les spécimens historiques de Lac-Sainte-Marie exigent davantage de prudence et peuvent en réalité correspondre à de la prismatine.
Pas une source importante de gemmes facettées
Les occurrences québécoises présentent principalement un intérêt :
minéralogique;
pétrologique;
historique;
et pour les collectionneurs de minéraux québécois.
Elles ne constituent pas une source commerciale reconnue de kornerupine transparente comparable au Sri Lanka, au Kenya ou à la Tanzanie.
À quoi ressemble une kornerupine naturelle?
La kornerupine possède une apparence extrêmement variable.
Les cristaux peuvent être :
prismatiques;
allongés;
colonnaires;
fibreux;
ou regroupés en agrégats radiés.
Les cristaux isolés parfaitement transparents restent relativement rares.
Kornerupine verte
Le matériel gemme le plus recherché est généralement vert.
Les couleurs peuvent aller :
du vert jaune;
au vert olive;
au vert feuille;
au vert bleuté;
jusqu’au vert relativement profond.
La combinaison entre couleur et pléochroïsme peut donner à la pierre une apparence particulièrement complexe.
Kornerupine brune
Les kornerupines brunes ou brun-vert sont beaucoup plus communes.
Elles peuvent sembler relativement sombres lorsqu’elles sont observées dans certaines directions.
Sous une lumière intense, des nuances jaunes, vertes et rouge brunâtre peuvent apparaître.
Kornerupine bleue
Les spécimens véritablement bleus sont beaucoup plus rares.
Ils peuvent présenter une apparence bleu gris à bleu-vert.
La couleur doit être distinguée du simple effet produit par le pléochroïsme d’une pierre verte orientée selon une direction particulière.
Cristaux prismatiques
La morphologie naturelle peut rappeler :
la tourmaline;
la sillimanite;
ou certains pyroxènes.
Les cristaux prismatiques peuvent atteindre plusieurs centimètres dans certaines localités.
Les grands cristaux ne sont cependant pas nécessairement transparents.
Pierres facettées
Une kornerupine transparente peut produire une très belle pierre facettée.
Le lapidaire doit cependant tenir compte du fort pléochroïsme.
Une orientation correcte permet de présenter la couleur verte la plus attractive face à l’observateur.
Une mauvaise orientation peut au contraire faire dominer :
le jaune;
le brun;
ou une teinte beaucoup moins saturée.
Kornerupine œil-de-chat
Les cristaux contenant de nombreux tubes ou inclusions parallèles peuvent produire de la chatoyance.
Ils sont alors taillés en cabochon.
Une bande lumineuse apparaît à la surface et se déplace lorsque la pierre ou la lumière bouge.
Les kornerupines œil-de-chat du Sri Lanka comptent parmi les formes les plus caractéristiques de la gemme.
Comment identifier la kornerupine?
La kornerupine verte peut facilement être confondue avec plusieurs autres pierres.
Parmi les principales possibilités figurent :
la tourmaline verte;
le péridot;
la grandidiérite;
la sillimanite;
et certaines pierres vertes plus rares.
La combinaison de plusieurs propriétés permet généralement une identification fiable.
Densité
La densité typique se situe autour de :
3,29 à 3,35
Cette valeur permet notamment de la distinguer de la grandidiérite, qui possède une densité proche de 3,0.
Elle reste cependant relativement proche de certaines autres gemmes vertes.
Indices de réfraction
Les valeurs typiques se situent approximativement entre :
1,660 et 1,684
La mesure de plusieurs indices est particulièrement utile puisque la kornerupine est biaxe.
Des pierres gemmes individuelles peuvent présenter de légères variations selon leur provenance.
Biréfringence
La biréfringence est généralement voisine de :
0,013 à 0,014
Elle peut produire une légère duplication visible de certaines arêtes internes lorsqu’une pierre est observée dans la bonne direction.
Caractère optique
La kornerupine est normalement :
biaxe négative.
Cette caractéristique permet notamment de la séparer d’une tourmaline, qui est uniaxe.
Pléochroïsme
Le pléochroïsme constitue l’un des meilleurs indices visuels.
Une kornerupine verte peut présenter simultanément :
vert;
jaune verdâtre;
et brun rougeâtre.
Cette combinaison est très caractéristique.
Un dichroscope permet de mettre facilement en évidence les différentes directions colorées.
Spectre d’absorption
Certaines kornerupines présentent des bandes d’absorption caractéristiques dans le visible.
Une ligne ou bande proche de 500 à 510 nm peut notamment être observée dans certains spécimens.
Le spectre varie toutefois avec la composition et ne doit pas être utilisé seul.
Spectroscopie Raman
Une spectroscopie Raman permet une identification beaucoup plus précise.
Elle devient particulièrement intéressante lorsqu’il faut distinguer :
kornerupine;
prismatine;
ou d’autres silicates complexes.
Analyse chimique du bore
La distinction kornerupine-prismatine peut nécessiter une analyse chimique capable de mesurer correctement le bore.
Cette distinction explique pourquoi certaines anciennes identifications ont été modifiées après l’apparition de techniques analytiques plus précises.
Kornerupine naturelle, synthétique et traitements
La kornerupine rencontrée sur le marché des gemmes et dans les collections minéralogiques est principalement naturelle.
Il n’existe pas de production commerciale importante de kornerupine synthétique facetable comparable à celle du rubis, du saphir ou du spinelle.
Kornerupine synthétique
Des matériaux possédant des compositions ou structures apparentées peuvent être produits dans un contexte expérimental afin d’étudier la stabilité du minéral.
Cela ne constitue toutefois pas une industrie de gemmes synthétiques destinées au marché de la joaillerie.
Pour l’acheteur, une autre pierre naturelle mal identifiée représente donc un risque plus réaliste qu’une véritable kornerupine de synthèse.
Traitements
La kornerupine n’est pas connue comme une gemme faisant couramment l’objet de traitements commerciaux.
Le chauffage, l’irradiation, la diffusion ou le remplissage de fractures ne constituent pas des pratiques standard associées à cette pierre.
Les couleurs vertes, jaunes et brunes sont généralement naturelles.
Le principal problème : l’identification
Les confusions sont beaucoup plus importantes que les traitements.
Une pierre peut notamment être confondue avec :
une tourmaline;
un péridot;
une sillimanite;
une grandidiérite;
ou une prismatine.
Pour une pierre de valeur importante, une identification par un laboratoire gemmologique reconnu constitue donc une précaution pertinente.
Kornerupine, tourmaline verte, péridot, grandidiérite ou sillimanite?
La kornerupine verte peut ressembler à plusieurs gemmes. Son fort pléochroïsme et ses propriétés optiques permettent toutefois de la distinguer.
| Propriété | Kornerupine | Tourmaline verte | Péridot | Grandidiérite | Sillimanite |
|---|---|---|---|---|---|
| Composition | Silicate complexe Mg-Al-B | Borosilicate complexe | Mg₂SiO₄ | Borosilicate Mg-Al | Al₂SiO₅ |
| Système cristallin | Orthorhombique | Trigonal | Orthorhombique | Orthorhombique | Orthorhombique |
| Dureté Mohs | 6–7 | 7–7,5 | 6,5–7 | Environ 7,5 | 6,5–7,5 |
| Densité approximative | 3,29–3,35 | Environ 3,0–3,2 | Environ 3,3–3,4 | Environ 2,98–2,99 | Environ 3,2–3,3 |
| Indice de réfraction | Environ 1,660–1,684 | Environ 1,62–1,65 | Environ 1,65–1,69 | Environ 1,59–1,64 | Environ 1,65–1,68 |
| Caractère optique | Biaxe négatif | Uniaxe négatif | Biaxe positif | Biaxe | Biaxe |
| Pléochroïsme | Souvent très fort | Souvent fort | Faible à modéré | Très fort | Variable |
| Clivage | Bon sur {110} | Faible | Imparfait | Parfait à distinct | Parfait |
| Principale distinction | Trichroïsme caractéristique | Uniaxe | Biréfringence généralement plus forte | Beaucoup plus légère | Composition et spectre différents |
La tourmaline verte représente une confusion particulièrement logique en raison de la couleur et de la forme parfois prismatique du brut.
La tourmaline est toutefois uniaxe tandis que la kornerupine est biaxe.
Le péridot possède une densité très proche, mais ses propriétés optiques et son pléochroïsme diffèrent.
La grandidiérite peut présenter une couleur bleu-vert particulièrement similaire, mais sa densité est nettement inférieure.
La sillimanite possède une apparence et une dureté assez proches dans certains cas, mais la combinaison des indices optiques et de la spectroscopie permet de les distinguer.
Qualité, rareté et valeur de la kornerupine
La kornerupine n’est pas l’un des minéraux les plus rares géologiquement, mais le matériau transparent de véritable qualité gemme demeure rare.
Une grande partie des spécimens sont :
sombres;
bruns;
translucides;
fracturés;
ou fortement inclus.
La qualité dépend principalement de la couleur, de la transparence, du poids, de l’orientation du pléochroïsme et de la qualité du facettage.
Couleur
Les verts lumineux représentent généralement les couleurs gemmes les plus recherchées.
Les pierres vertes contenant peu de brun et présentant une bonne saturation sont particulièrement intéressantes.
Les teintes bleu-vert ou bleues peuvent également être très recherchées en raison de leur rareté.
Les pierres brunes ou brun-vert restent appréciées par les collectionneurs mais sont généralement moins spectaculaires visuellement.
Pléochroïsme
Le pléochroïsme joue un rôle fondamental.
Une pierre possédant une excellente couleur brute peut donner un résultat beaucoup moins intéressant si elle est mal orientée avant la taille.
Le lapidaire cherche généralement à faire apparaître la meilleure direction verte à travers la table de la gemme.
Les autres directions colorées peuvent ensuite créer des nuances secondaires visibles lorsque la pierre bouge.
Transparence
La transparence est particulièrement importante pour une pierre facettée.
Des fractures, inclusions fluides et tubes de croissance sont fréquemment observés.
Une pierre propre à l’œil nu et suffisamment transparente devient donc nettement plus rare.
Taille
La majorité des kornerupines gemmes sont de taille relativement modeste.
Des pierres dépassant plusieurs carats existent toutefois.
La collection Gübelin étudiée par le GIA comprend notamment des kornerupines sri-lankaises de :
4,90 carats;
7,11 carats;
7,43 carats;
7,86 carats;
et même 11,19 carats.
De grandes pierres transparentes restent néanmoins très inhabituelles.
Kornerupine œil-de-chat
La valeur d’un spécimen chatoyant dépend principalement de :
la netteté de l’œil;
la continuité de la ligne;
le centrage;
la couleur de fond;
la transparence;
et la qualité du polissage.
Un œil fin, lumineux et mobile est beaucoup plus recherché qu’une chatoyance large et diffuse.
Cristaux de collection
Les critères sont différents pour les cristaux naturels.
Les collectionneurs recherchent notamment :
une forme prismatique complète;
une bonne terminaison;
des faces brillantes;
une couleur inhabituelle;
une taille importante;
une matrice esthétique;
et une provenance documentée.
Les énormes cristaux du Groenland ou certains spécimens québécois peuvent donc posséder beaucoup d’intérêt même s’ils ne sont pas facettables.
Provenance
Le Sri Lanka possède une importance particulière pour les gemmes facettées et les yeux-de-chat.
Le Kenya et la Tanzanie sont particulièrement connus pour le matériel vert.
Le Groenland possède l’importance historique de la localité type.
Au Québec, la provenance est également importante parce qu’il faut désormais différencier la kornerupine réellement confirmée de la prismatine autrefois vendue sous ce même nom.
Utilisation en joaillerie et entretien
La kornerupine possède une dureté d’environ 6 à 7 sur l’échelle de Mohs, ce qui permet son utilisation en joaillerie avec certaines précautions.
Elle n’est toutefois pas aussi résistante à l’usure quotidienne que :
le saphir;
le spinelle;
le chrysobéryl;
ou la topaze.
Son bon clivage augmente également sa sensibilité aux chocs.
Pendentifs et boucles d’oreilles
Les pendentifs et boucles d’oreilles représentent des utilisations particulièrement adaptées.
Ils exposent relativement peu la pierre aux chocs directs.
Ils permettent également au pléochroïsme d’être facilement visible lorsque le bijou change d’orientation.
Bagues
Une kornerupine transparente peut être montée en bague.
Un sertissage protecteur reste toutefois recommandé.
La pierre devrait idéalement être retirée pendant :
les travaux manuels;
le jardinage;
le sport;
le nettoyage;
ou toute activité susceptible de provoquer des impacts importants.
Une kornerupine exceptionnelle de collection est davantage adaptée à un port occasionnel qu’à une bague portée continuellement.
Cabochons œil-de-chat
Les kornerupines chatoyantes sont normalement taillées en cabochon.
Le sommet arrondi doit être correctement orienté par rapport aux inclusions afin que la bande lumineuse apparaisse nette au centre de la pierre.
Une mauvaise orientation peut considérablement réduire ou même faire disparaître l’effet œil-de-chat.
Stockage
Une kornerupine devrait être conservée séparément des gemmes plus dures.
Le saphir, le spinelle, le chrysobéryl et le diamant peuvent facilement rayer sa surface.
Un compartiment individuel ou une pochette souple permet de réduire ce risque.
Nettoyage
Pour l’entretien courant, la méthode la plus prudente consiste à utiliser :
de l’eau tiède;
un savon doux;
une brosse très souple ou un chiffon propre.
La pierre doit ensuite être rincée et séchée avec un tissu non abrasif.
Les produits chimiques agressifs et les changements brusques de température sont à éviter.
Compte tenu du clivage et de la présence possible de fractures ou d’inclusions, le nettoyage manuel doux reste préférable aux ultrasons ou à la vapeur lorsque l’état interne de la pierre n’est pas parfaitement connu.
La kornerupine demeure ainsi une gemme particulièrement intéressante : un silicate métamorphique complexe capable de produire des verts remarquables, un fort trichroïsme et parfois un spectaculaire effet œil-de-chat. Pour les collectionneurs québécois, elle possède un intérêt supplémentaire grâce aux occurrences de l’Outaouais et à l’histoire particulière des anciens spécimens de Lac-Sainte-Marie désormais en partie reclassifiés comme prismatine.