Clinohumite naturelle sur fond noir.

Clinohumite : le guide de référence

La clinohumite est un silicate de magnésium riche en fluor, appartenant au groupe de la humite. Sa formule idéale est Mg₉(SiO₄)₄F₂, mais les cristaux naturels peuvent contenir du fer et une certaine proportion de groupes hydroxyle OH. Elle est principalement connue dans des teintes jaune doré, jaune orangé, orange, brun orangé à rouge orangé.

Bien que la clinohumite soit connue dans plusieurs régions du monde, le matériau suffisamment transparent pour être utilisé comme pierre gemme reste rare. Les montagnes du Pamir au Tadjikistan constituent l’une des provenances les plus célèbres, où elle se rencontre notamment avec du spinelle dans des marbres riches en magnésium.

Avec une dureté d’environ 6 sur l’échelle de Mohs, une forte biréfringence et un pléochroïsme allant du jaune à l’orange brunâtre, la clinohumite possède des propriétés gemmologiques distinctives. Les pierres facettées dépassant quelques carats sont inhabituelles, même si des spécimens exceptionnellement grands ont été documentés.


La clinohumite en bref

Propriété Donnée
Nom Clinohumite
Formule idéale Mg₉(SiO₄)₄F₂
Formule naturelle courante (Mg,Fe²⁺)₉(SiO₄)₄(F,OH)₂
Classe minérale Silicates
Sous-classe Nésosilicates
Groupe Groupe de la humite
Système cristallin Monoclinique
Couleur Blanche, jaune, jaune doré, orange, brun orangé, rouge orangé, parfois rosée
Dureté Environ 6 sur l’échelle de Mohs
Densité Environ 3,17 à 3,35
Indices de réfraction Environ 1,628 à 1,674
Biréfringence Jusqu’à environ 0,046; autour de 0,033–0,038 dans de nombreuses gemmes
Caractère optique Biaxe positif
Éclat Vitreux
Transparence Transparente à translucide
Trait Blanc
Clivage Faible suivant {100}
Cassure Irrégulière à subconchoïdale
Ténacité Fragile
Pléochroïsme Jaune, orange, brun jaunâtre à rouge orangé
Macles Fréquentes
Fluorescence Souvent orange-jaune sous UV courts dans le matériel gemme
Éléments associés à la couleur Titane et fer principalement
Localité type Mont Somma, Campanie, Italie
Principales provenances gemmes Tadjikistan, Russie, Tanzanie
Utilisation comme gemme Oui, rare
Présence au Québec Oui, documentée dans plusieurs localités

La clinohumite possède donc une combinaison particulièrement utile pour son identification : une dureté relativement modeste, une densité supérieure à 3, une forte biréfringence et un caractère biaxe positif. Sa fluorescence orangée sous ultraviolets courts peut également constituer un indice intéressant.


Qu’est-ce que la clinohumite?

La clinohumite est une espèce minérale naturelle appartenant au groupe de la humite, une famille de silicates riches en magnésium contenant généralement du fluor ou des groupes hydroxyle.

Sa formule idéale est :

Mg₉(SiO₄)₄F₂

Dans les spécimens naturels, une partie du magnésium peut être remplacée par du fer ferreux Fe²⁺ et une partie du fluor par des groupes OH.

Une formule plus représentative peut donc être écrite :

(Mg,Fe²⁺)₉(SiO₄)₄(F,OH)₂

La clinohumite appartient aux nésosilicates, dans lesquels les groupes SiO₄ sont relativement isolés les uns des autres au sein de la structure.

Un membre du groupe de la humite

Le groupe comprend plusieurs espèces très proches chimiquement et structuralement, notamment la norbergite, la chondrodite, la humite et la clinohumite.

Ces minéraux diffèrent principalement par la proportion et l’empilement de certains modules structuraux.

Ils peuvent se trouver dans les mêmes roches et présenter des couleurs similaires, ce qui rend parfois leur identification visuelle pratiquement impossible.

Pourquoi le nom clinohumite?

Le nom fut donné en 1876 par le minéralogiste français Alfred Des Cloizeaux.

La partie « humite » indique sa relation avec la humite.

Le préfixe « clino- » fait référence à sa symétrie monoclinique, contrairement à la humite proprement dite, qui possède une structure orthorhombique.

Une distinction moderne importante

Une complication supplémentaire existe avec l’hydroxylclinohumite.

Dans la clinohumite véritable, le fluor domine sur l’hydroxyle dans le site concerné.

Lorsque OH devient dominant, le minéral appartient plutôt à l’espèce hydroxylclinohumite.

De nombreuses anciennes occurrences ont été appelées clinohumite sans mesure précise du rapport F/OH. Certaines pourraient donc correspondre en réalité à de l’hydroxylclinohumite.


Pourquoi la clinohumite est-elle jaune ou orange?

La clinohumite pure peut être très pâle ou presque blanche.

Les couleurs jaune, orange et brun orangé caractéristiques sont principalement liées à la présence d’éléments traces incorporés dans la structure.

Le titane joue un rôle particulièrement important.

Le rôle du titane

Les données minéralogiques montrent une tendance générale vers des couleurs plus jaunes à brunes lorsque la concentration en titane augmente.

Le titane peut se substituer à certains éléments de la structure et modifier la façon dont la lumière visible est absorbée.

Les clinohumites contenant suffisamment de titane sont parfois désignées par le terme descriptif :

titanclinohumite.

Ce nom correspond à une variété riche en titane plutôt qu’à une gemme complètement différente.

Clinohumite jaune

Les pierres jaune pâle à jaune doré peuvent contenir relativement peu d’éléments chromophores ou présenter une absorption suffisamment faible pour conserver beaucoup de luminosité.

Ces pierres sont particulièrement attrayantes lorsqu’elles possèdent une excellente transparence.

Certaines peuvent rappeler :

le chrysobéryl jaune;

le zircon jaune;

ou certains grenats.

Clinohumite orange

L’orange représente l’une des couleurs gemmes les plus caractéristiques.

Les pierres des montagnes du Pamir peuvent présenter des nuances :

orange;

orange-jaune;

orange brunâtre;

ou rouge orangé.

La saturation varie considérablement d’un cristal à l’autre.

Le rôle du fer

Le fer peut également être incorporé dans la structure.

Il contribue à modifier l’absorption de la lumière et peut renforcer les nuances jaunes, brunes ou orangées.

Dans les pierres naturelles, la couleur résulte donc souvent de l’interaction entre plusieurs éléments plutôt que d’un seul chromophore parfaitement isolé.

Pléochroïsme

La clinohumite est pléochroïque.

Selon l’orientation du cristal, elle peut montrer différentes nuances telles que :

jaune doré;

jaune-orange;

orange;

brun jaunâtre;

et rouge jaunâtre.

Ce pléochroïsme est généralement modéré, mais suffisamment visible dans certains spécimens pour influencer l’orientation choisie pendant le facettage.


Composition chimique et structure cristalline

La formule idéale de la clinohumite est :

Mg₉(SiO₄)₄F₂

Elle contient principalement :

du magnésium;

du silicium;

de l’oxygène;

et du fluor.

Du fer, du titane et des groupes hydroxyle peuvent également être présents en quantités variables.

Une structure monoclinique

La clinohumite cristallise dans le système monoclinique.

Son groupe spatial est :

P2₁/c

Cette structure permet de la distinguer de la humite proprement dite, qui appartient au système orthorhombique.

Une série polysomatique

Les minéraux du groupe de la humite peuvent être décrits comme une série dans laquelle différentes couches structurales sont assemblées selon des séquences particulières.

La clinohumite représente le membre correspondant à une répétition particulière de ces modules.

Sa structure contient des groupes :

SiO₄

associés à des couches riches en magnésium, fluor et hydroxyle.

Clinohumite et hydroxylclinohumite

La substitution entre :

F⁻

et

OH⁻

est particulièrement importante.

Lorsque le fluor domine, on parle de clinohumite.

Lorsque l’hydroxyle devient dominant dans le site correspondant, le minéral peut être classé comme hydroxylclinohumite.

Cette distinction ne peut pas toujours être faite simplement avec :

la couleur;

la densité;

ou l’apparence du cristal.

Une analyse chimique ou spectroscopique devient alors nécessaire.

Titane et fer

Le titane peut entrer dans certains sites normalement occupés par le magnésium.

Le fer ferreux peut également remplacer une partie du magnésium.

Ces substitutions influencent notamment :

la couleur;

la densité;

les indices de réfraction;

et certaines caractéristiques spectroscopiques.


Propriétés physiques et optiques

La clinohumite possède une dureté d’environ 6 sur l’échelle de Mohs.

Elle peut donc être facettée et polie, mais elle reste sensiblement plus tendre que :

le spinelle;

la topaze;

le chrysobéryl;

ou le saphir.

Elle demande davantage de précautions lorsqu’elle est utilisée dans un bijou.

Densité

La densité varie approximativement entre :

3,17 et 3,35 g/cm³

La composition chimique explique une partie de cette variation.

Les pierres gemmes du Tadjikistan étudiées par le GIA ont notamment présenté des densités autour de :

3,21 à 3,23

Indices de réfraction

Les données minéralogiques générales donnent approximativement :

nα = 1,628 à 1,638

nβ = 1,641 à 1,654

nγ = 1,662 à 1,674

Les gemmes du Pamir analysées par le GIA ont présenté des valeurs globales autour de :

1,632 à 1,666

Biréfringence

La différence entre les indices peut être relativement importante.

Certaines pierres gemmes présentent une biréfringence d’environ :

0,033 à 0,038

La plage théorique maximale peut être encore légèrement supérieure selon la composition.

Cette forte biréfringence peut provoquer une duplication visible des arêtes des facettes lorsqu’une pierre est observée suivant une direction favorable.

Caractère optique

La clinohumite est généralement :

biaxe positive.

Cette propriété permet de la distinguer de plusieurs gemmes orange ou jaunes possédant une symétrie différente.

Fluorescence

Certaines clinohumites gemmes présentent une réaction particulièrement intéressante aux ultraviolets.

Sous UV longs, elles peuvent être pratiquement inertes.

Sous UV courts, le matériel du Pamir étudié par le GIA a montré une fluorescence :

orange-jaune crayeuse modérée à forte.

Cette réaction constitue un bon indice gemmologique, même si elle ne doit jamais servir seule à identifier une pierre.


Comment se forme la clinohumite?

La clinohumite se forme principalement dans des environnements riches en magnésium ayant subi un métamorphisme ou une altération à haute température.

Les marbres dolomitiques et les skarns magnésiens représentent des contextes particulièrement importants.

Marbres riches en magnésium

Une dolomie ou un calcaire dolomitique contient de grandes quantités de magnésium.

Lorsque ces roches sont soumises à :

une forte température;

des fluides riches en fluor;

et des réactions métamorphiques,

de nouveaux minéraux magnésiens peuvent apparaître.

La clinohumite fait partie de ces espèces.

Skarns magnésiens

Les skarns se développent lorsque des roches carbonatées sont transformées par la chaleur et les fluides provenant d’une intrusion magmatique.

Les fluides peuvent apporter :

fluor;

silice;

titane;

fer;

et différents autres éléments.

Leur réaction avec un marbre riche en magnésium permet la formation d’assemblages contenant notamment :

clinohumite;

spinelle;

forstérite;

diopside;

phlogopite;

et calcite.

Association avec le spinelle

L’association avec le spinelle est particulièrement caractéristique de plusieurs gisements gemmifères.

Dans les montagnes du Pamir au Tadjikistan, le spinelle rouge à rose et la clinohumite jaune-orange peuvent se former dans les mêmes marbres métamorphiques.

Une association similaire est connue à Mahenge en Tanzanie.

Cette proximité explique pourquoi des morceaux de clinohumite orange ont parfois été vendus ou pris pour du spinelle orange.

Roches ultramafiques

La clinohumite peut aussi se développer dans certains environnements ultramafiques riches en magnésium.

Elle est notamment connue dans :

des péridotites;

des serpentinites;

et des roches ayant subi des réactions métamorphiques ou métasomatiques importantes.

Dans ces environnements, la disponibilité de fluor et d’eau joue un rôle essentiel.


Où trouve-t-on la clinohumite dans le monde?

La clinohumite est connue dans de nombreuses localités, mais les gisements produisant du matériau véritablement transparent de qualité gemme sont beaucoup moins nombreux.

Le Tadjikistan et la Russie figurent parmi les provenances gemmologiques les plus importantes.

Italie

Le mont Somma, dans le complexe volcanique Somma-Vésuve en Campanie, constitue la localité type de la clinohumite.

Le minéral y est connu depuis le XIXe siècle.

Les spécimens italiens possèdent surtout un intérêt historique et minéralogique.

Des cristaux de clinohumite et d’autres membres du groupe de la humite se rencontrent dans des blocs métamorphisés et différentes enclaves associées au système volcanique.

Tadjikistan

Les montagnes du Pamir représentent probablement la provenance la plus célèbre pour la clinohumite gemme.

Le secteur de Kukh-i-Lal et différentes localités du sud-ouest du Pamir produisent notamment des clinohumites associées à des spinelles roses et rouges dans des marbres magnésiens.

Les pierres peuvent être :

jaune-orange;

orange;

brun orangé;

et parfois rouge orangé.

Le matériel transparent suffisamment propre est rare.

La majorité des pierres facettées propres provenant du Pamir pèsent moins d’un carat, tandis que les spécimens de 1 à 3 carats sont déjà beaucoup moins communs.

Russie

La région du Taymyr, dans le nord de la Sibérie, constitue une autre source classique de clinohumite gemme.

Du matériel jaune à orange transparent y a été découvert et utilisé en gemmologie.

La Russie possède également plusieurs autres occurrences minéralogiques.

Tanzanie

La région de Mahenge, en Tanzanie, a produit de la clinohumite orange associée à du spinelle dans du marbre blanc.

Certains spécimens contiennent suffisamment de matériel transparent pour être facettés.

Lors des premières découvertes, une partie du matériau orange fut même prise pour du grenat spessartine avant d’être identifiée par diffraction des rayons X comme clinohumite.

Vietnam

La clinohumite est également connue à Luc Yen, au Vietnam.

Elle s’y trouve avec du spinelle dans du marbre blanc.

Les cristaux sont généralement :

jaune miel;

jaune foncé;

ou brun jaunâtre.

Ils peuvent atteindre plusieurs centimètres, mais la transparence est souvent insuffisante pour produire de belles pierres facettées.

Ces spécimens sont plutôt utilisés comme minéraux de collection ou matériaux ornementaux.

Autres régions

La clinohumite est également documentée dans de nombreux autres pays et régions comprenant notamment :

le Pakistan;

les États-Unis;

la Finlande;

le Canada;

le Groenland;

la Chine;

et plusieurs régions alpines.

La majorité de ces occurrences produisent principalement du matériel minéralogique plutôt que des pierres gemmes transparentes.


La clinohumite au Québec

La clinohumite est réellement répertoriée au Québec dans plusieurs localités distinctes.

Les principales occurrences recensées se trouvent notamment dans :

l’Outaouais;

les Laurentides;

et le Témiscamingue.

Cette présence est géologiquement cohérente avec les nombreux marbres métamorphiques, roches riches en magnésium et complexes alcalins présents dans la province.

Carrière Maxwell, Wakefield

La clinohumite est répertoriée à la carrière Maxwell, à Wakefield dans la municipalité de La Pêche, en Outaouais.

Cette occurrence est considérée comme valide dans les références minéralogiques modernes.

Elle est notamment appuyée par les travaux de la Commission géologique du Canada consacrés aux minéraux de collection du corridor Hull–Maniwaki.

La région appartient à la province géologique de Grenville et contient de nombreux marbres et assemblages métamorphiques riches en magnésium.

Carrière Cross, Chelsea

Une autre occurrence se trouve à la carrière Cross, à Chelsea en Outaouais.

Comme à Wakefield, le contexte géologique comprend des roches métamorphiques du Grenville dans lesquelles plusieurs minéraux magnésiens peuvent se développer.

La proximité des deux localités illustre la présence régionale de conditions géologiques compatibles avec le groupe de la humite.

Mine Parker, Notre-Dame-du-Laus

La clinohumite est également répertoriée à la mine Parker, à Notre-Dame-du-Laus dans les Laurentides.

Cette ancienne localité minéralogique est connue pour plusieurs assemblages intéressants associés aux roches métamorphiques de la région.

La présence de clinohumite y est référencée dans la littérature minéralogique consacrée à la mine.

Complexe alcalin de Kipawa

La clinohumite est également répertoriée au complexe alcalin de Kipawa, dans le Témiscamingue.

Le complexe est particulièrement célèbre pour sa grande diversité de minéraux inhabituels, dont plusieurs espèces contenant :

fluor;

zirconium;

terres rares;

et magnésium.

La clinohumite y est répertoriée aux côtés d’autres membres du groupe de la humite comme la chondrodite et la norbergite.

Une précision importante sur les anciennes identifications

La distinction moderne entre clinohumite et hydroxylclinohumite exige de connaître la dominance relative du fluor et de l’hydroxyle.

Certaines anciennes occurrences mondiales de « clinohumite » n’ont jamais fait l’objet de cette détermination précise.

Pour les spécimens québécois historiques, il est donc préférable de conserver une certaine prudence lorsque l’identification ne repose pas sur une analyse moderne du rapport F/OH.

Cela ne change toutefois pas le fait que la clinohumite est bien répertoriée comme espèce au Québec dans plusieurs références minéralogiques.


À quoi ressemble une clinohumite naturelle?

La clinohumite naturelle présente généralement des couleurs chaudes.

Les spécimens les plus caractéristiques sont :

jaunes;

orange-jaune;

orange;

brun orangé;

ou rouge orangé.

Les cristaux peuvent être transparents, translucides ou presque opaques.

Cristaux naturels

Les cristaux bien formés possèdent souvent une morphologie relativement complexe.

Ils peuvent être :

courts;

équants;

aplatis;

ou légèrement allongés.

De nombreuses faces différentes peuvent apparaître sur un même cristal.

Les cristaux isolés parfaitement formés atteignent généralement quelques centimètres au maximum.

Macles

Les macles sont fréquentes.

Des macles simples ou lamellaires peuvent se développer suivant :

{100}

Ces structures peuvent apparaître comme de fines lignes ou plans répétés traversant le cristal.

Elles sont parfois observables au microscope dans les pierres facettées.

Clinohumite orange gemme

Les plus belles pierres transparentes présentent une couleur :

orange;

orange-jaune;

ou orange brunâtre.

Lorsqu’elles sont correctement facettées, leur indice de réfraction permet une bonne brillance.

La forte biréfringence peut également produire une légère duplication visible à travers certaines facettes.

Inclusions

Le matériel gemme peut contenir :

des inclusions biphasées;

des cristaux minéraux;

des fractures;

des empreintes de croissance;

des plans de macles;

et des lignes de croissance angulaires.

Une clinohumite propre à l’œil nu est donc sensiblement plus rare que du matériau présentant des inclusions évidentes.


Comment identifier la clinohumite?

Une pierre orange ne devrait jamais être identifiée comme clinohumite uniquement en fonction de sa couleur.

Plusieurs gemmes peuvent présenter une apparence comparable, notamment :

le grenat spessartine;

le péridot brun;

le zircon;

et d’autres membres du groupe de la humite.

La combinaison des propriétés gemmologiques permet toutefois une identification fiable.

Densité

La densité se trouve généralement entre :

3,17 et 3,35

Cette valeur permet d’éliminer certaines pierres plus légères ou plus lourdes.

Elle reste toutefois suffisamment proche de plusieurs autres silicates pour ne pas constituer une preuve unique.

Indices de réfraction

Les indices se situent approximativement entre :

1,628 et 1,674

Leur écart relativement important reflète la forte biréfringence du minéral.

Une mesure correcte des trois indices au réfractomètre constitue donc une information particulièrement utile.

Biréfringence

La forte biréfringence constitue l’un des meilleurs critères.

Les clinohumites gemmes du Tadjikistan étudiées par le GIA ont donné des valeurs d’environ :

0,033 à 0,034

et d’autres spécimens ont présenté des valeurs proches de :

0,038.

Cette propriété permet notamment de distinguer rapidement la clinohumite d’un grenat spessartine, qui est normalement isotrope.

Caractère optique

La clinohumite est :

biaxe positive.

Le polariscope et le conoscope peuvent donc fournir des informations supplémentaires.

Fluorescence UV

Sous UV courts, certaines clinohumites produisent une fluorescence :

orange-jaune crayeuse relativement forte.

Le grenat spessartine est généralement beaucoup plus inerte.

Cette différence peut constituer un test de dépistage très pratique.

Spectroscopie Raman

La spectroscopie Raman fournit une identification particulièrement fiable.

Elle devient encore plus utile lorsqu’il faut distinguer la clinohumite :

de la chondrodite;

de la humite;

de la norbergite;

ou de l’hydroxylclinohumite.

Ces espèces possèdent une apparence et une chimie générale très proches.

Analyse du fluor et de l’hydroxyle

Pour distinguer avec certitude clinohumite et hydroxylclinohumite, une analyse capable d’étudier la quantité de :

F

et

OH

peut être nécessaire.

Cette distinction dépasse généralement les possibilités d’un simple examen visuel ou d’un réfractomètre.


Clinohumite naturelle, synthétique et traitements

La clinohumite rencontrée dans les collections minéralogiques et sur le marché des gemmes est principalement naturelle.

Il n’existe pas de production commerciale importante de clinohumite synthétique facetable comparable à celle du rubis, du saphir ou du spinelle synthétique.

Clinohumite synthétique

Des matériaux de composition apparentée peuvent être produits expérimentalement pour étudier :

la structure;

les relations entre fluor et hydroxyle;

les conditions de stabilité;

et le comportement du groupe de la humite.

Ces expériences ne correspondent toutefois pas à une industrie de pierres synthétiques destinées à imiter la clinohumite naturelle.

Traitements de couleur

Aucun traitement commercial courant n’est reconnu pour améliorer systématiquement la couleur jaune ou orange de la clinohumite.

Le chauffage, l’irradiation ou la diffusion ne constituent pas des pratiques standards pour cette gemme.

Les couleurs observées sur le marché sont généralement considérées comme naturelles.

Remplissage de fractures

Un traitement de clarté a néanmoins été observé.

Le GIA a étudié une clinohumite facettée de 0,68 carat provenant du Tadjikistan dont une fracture présentait des signes d’amélioration de clarté.

Cela démontre qu’un remplissage de fracture peut exister, même s’il ne constitue pas un traitement courant de l’espèce.

Pour une pierre importante, un examen gemmologique reste donc utile.

Le principal problème : l’identification

Le plus grand risque demeure une confusion avec une autre pierre.

Le matériau brut du Tadjikistan a notamment déjà été commercialisé comme spinelle orange, tandis que la clinohumite de Mahenge en Tanzanie a initialement été prise pour du grenat spessartine.

La rareté de la pierre rend donc une identification instrumentale préférable lorsqu’un spécimen possède une valeur importante.


Clinohumite, chondrodite, hydroxylclinohumite, péridot ou spessartine?

La clinohumite peut ressembler à plusieurs minéraux jaunes ou orange. Les autres membres du groupe de la humite représentent les distinctions minéralogiques les plus difficiles.

Propriété Clinohumite Chondrodite Hydroxylclinohumite Péridot Spessartine
Composition principale Mg₉(SiO₄)₄F₂ Mg₅(SiO₄)₂F₂ Mg₉(SiO₄)₄(OH)₂ (Mg,Fe)₂SiO₄ Mn₃Al₂(SiO₄)₃
Système cristallin Monoclinique Monoclinique Monoclinique Orthorhombique Cubique
Dureté Mohs Environ 6 Environ 6–6,5 Environ 6 6,5–7 7–7,5
Densité approximative 3,17–3,35 Environ 3,1–3,3 Environ 3,1–3,3 Environ 3,3–3,4 Environ 4,0–4,3
Indice de réfraction Environ 1,628–1,674 Environ 1,62–1,67 Très proche de la clinohumite Environ 1,65–1,69 Environ 1,79–1,81
Biréfringence Forte Forte Très proche Forte Aucune normale
Caractère optique Biaxe positif Biaxe positif Biaxe Biaxe Isotrope
Couleurs fréquentes Jaune, orange, brun Jaune, brun, orange Jaune à brun Vert à olive Orange à rouge-orange
Principale distinction Séquence structurale et F dominant Formule et structure différentes OH dominant au lieu du F Structure et chimie différentes Beaucoup plus dense et isotrope

La chondrodite appartient au même groupe et peut être pratiquement impossible à distinguer visuellement. Une analyse Raman ou structurale peut être nécessaire.

L’hydroxylclinohumite constitue une distinction encore plus subtile. La différence repose essentiellement sur la dominance de OH plutôt que du fluor dans le site concerné.

Le péridot possède une couleur généralement plus verte et appartient au système orthorhombique, mais ses propriétés optiques peuvent parfois sembler relativement proches.

Le grenat spessartine peut présenter pratiquement la même couleur orange, mais il est beaucoup plus dense et normalement isotrope.


Qualité, rareté et valeur de la clinohumite

La clinohumite n’est pas extrêmement rare comme espèce minérale, mais le matériau véritablement transparent et facetable reste inhabituel.

La majorité des spécimens naturels sont :

translucides;

opaques;

fortement inclus;

trop petits;

ou directement intégrés dans une matrice de marbre.

Couleur

Les couleurs gemmes les plus caractéristiques comprennent :

jaune doré;

orange vif;

orange-jaune;

et orange rougeâtre.

Une couleur suffisamment saturée sans rendre la pierre trop sombre permet généralement le meilleur équilibre entre couleur et luminosité.

Les spécimens brunâtres restent intéressants pour les collectionneurs mais produisent souvent des gemmes moins lumineuses.

Transparence

La transparence représente l’un des facteurs les plus importants.

Les clinohumites naturelles contiennent fréquemment :

fractures;

inclusions biphasées;

cristaux internes;

plans de macles;

et lignes de croissance.

Une pierre propre à l’œil nu devient donc beaucoup plus rare.

Taille

Les pierres gemmes de grande taille sont particulièrement inhabituelles.

Pour le matériel du Pamir, les pierres propres pèsent généralement moins d’un carat.

Les pierres de 1 à 3 carats sont beaucoup plus rares.

Il existe néanmoins des exceptions spectaculaires.

Le GIA a notamment étudié une clinohumite facettée de 84,23 carats, considérablement plus grande que le matériel normalement rencontré.

Une autre clinohumite de plus de 36 carats avait également été documentée auparavant.

Ces pierres représentent toutefois des cas exceptionnels et ne doivent pas être utilisées comme référence pour la disponibilité normale de la gemme.

Facettage

La forte biréfringence et le pléochroïsme doivent être pris en compte.

Une bonne orientation permet :

de maximiser la couleur orange;

de limiter les zones trop brunes;

et d’améliorer le retour de lumière.

Les pierres trop profondes peuvent devenir beaucoup plus sombres.

Cristaux de collection

Pour un cristal naturel, les critères sont différents.

Les collectionneurs recherchent notamment :

une forme bien développée;

des faces brillantes;

une belle couleur orange ou jaune;

une bonne transparence;

des macles intéressantes;

et une association esthétique avec le spinelle ou le marbre.

Les spécimens associant spinelle rouge et clinohumite orange sur marbre blanc peuvent être particulièrement spectaculaires.

Provenance

Le Tadjikistan représente la provenance gemmologique la plus emblématique.

La Russie possède également une importance notable pour les pierres transparentes.

L’Italie possède l’importance historique de la localité type.

Au Québec, l’intérêt est surtout minéralogique et régional, avec plusieurs occurrences documentées mais aucune production commerciale reconnue de clinohumite gemme comparable au Pamir.


Utilisation en joaillerie et entretien

La clinohumite peut produire une gemme particulièrement originale grâce à ses couleurs jaune-orange et à sa rareté.

Sa dureté d’environ 6 impose toutefois davantage de précautions que pour plusieurs pierres classiques.

Elle est suffisamment tendre pour être progressivement rayée par la poussière contenant du quartz.

Pendentifs et boucles d’oreilles

Les pendentifs et boucles d’oreilles constituent les utilisations les plus adaptées.

Ces bijoux limitent :

les chocs;

les frottements;

et l’abrasion quotidienne.

Ils permettent également à la lumière de traverser facilement les pierres orange transparentes.

Bagues

Une clinohumite peut être montée en bague, mais elle convient davantage à un port occasionnel.

Un sertissage protecteur est recommandé.

La pierre devrait être retirée pendant les activités susceptibles de provoquer :

des impacts;

des frottements;

ou un contact avec des surfaces abrasives.

Stockage

La clinohumite doit être conservée séparément des gemmes plus dures.

Le quartz, la topaze, le spinelle, le chrysobéryl, le saphir et le diamant peuvent tous rayer sa surface.

Une pochette individuelle ou un compartiment séparé constitue la meilleure solution.

Attention aux fractures remplies

Certaines clinohumites peuvent présenter des fractures naturelles.

Comme un cas d’amélioration de clarté a déjà été documenté, il est également prudent d’éviter les méthodes de nettoyage agressives lorsque l’on ignore si une pierre a subi un remplissage.

Nettoyage

Pour l’entretien courant, la méthode la plus sûre consiste à utiliser :

de l’eau tiède, un savon doux et une brosse très souple ou un chiffon propre.

La pierre doit ensuite être rincée délicatement et séchée avec un tissu non abrasif.

Les nettoyeurs à ultrasons et à vapeur sont déconseillés lorsque des fractures, inclusions ou remplissages sont présents.

Les changements brusques de température doivent également être évités.

La clinohumite demeure ainsi une gemme particulièrement intéressante : un rare membre monoclinique du groupe de la humite capable de produire des pierres transparentes jaune doré à orange intense, caractérisées par une forte biréfringence et parfois une fluorescence orange-jaune spectaculaire sous UV courts. Pour les collectionneurs québécois, elle possède un intérêt supplémentaire puisque plusieurs occurrences sont connues dans la province, notamment en Outaouais, dans les Laurentides et au complexe alcalin de Kipawa.

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