Andésine : le guide de référence
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L’andésine est un feldspath plagioclase de composition intermédiaire entre l’oligoclase, plus riche en sodium, et la labradorite, plus riche en calcium. Dans la classification traditionnelle des plagioclases, elle correspond aux compositions contenant environ 30 à 50 % du composant anorthite et 50 à 70 % du composant albite.
Généralement blanche, grise, jaunâtre ou verdâtre lorsqu’elle constitue les roches, l’andésine peut également former des cristaux transparents de qualité gemme. Certaines pierres présentent des couleurs orange, rouges ou vertes suffisamment attrayantes pour être facettées, mais les andésines rouges ont également été au centre d’une importante controverse gemmologique en raison de traitements par diffusion du cuivre.
L’andésine est principalement associée aux roches magmatiques de composition intermédiaire, notamment les andésites et certaines diorites, ainsi qu’à des roches métamorphiques des faciès amphibolite et granulite. Son nom vient d’ailleurs des Andes d’Amérique du Sud, où les plagioclases de cette composition ont été observés dans les roches volcaniques.
L’andésine en bref
| Propriété | Donnée |
|---|---|
| Nom | Andésine |
| Groupe minéral | Feldspaths |
| Série | Plagioclases |
| Statut | Nom compositionnel traditionnel, rattaché à l’albite dans la nomenclature moderne |
| Composition | Environ 50–70 % albite et 30–50 % anorthite |
| Formule générale | (Na,Ca)[Al(Si,Al)Si₂O₈] |
| Classe minérale | Tectosilicates |
| Système cristallin | Triclinique |
| Couleur | Blanche, grise, verte, jaune, rosée à rougeâtre |
| Dureté | 6 à 6,5 sur l’échelle de Mohs |
| Densité | Environ 2,66 à 2,68 |
| Indices de réfraction | Environ 1,543 à 1,563 |
| Biréfringence maximale | Environ 0,008 à 0,009 |
| Caractère optique | Biaxe, variable selon la composition et la structure |
| Éclat | Subvitreux à nacré |
| Transparence | Transparente à translucide |
| Trait | Blanc |
| Clivage | Parfait selon une direction, moins parfait selon une seconde |
| Macles | Fréquentes |
| Forme habituelle | Massive, grenue ou clivable; cristaux libres relativement rares |
| Environnements typiques | Andésites, syénites, diorites et roches métamorphiques |
| Présence au Québec | Oui |
L’andésine correspond traditionnellement au domaine An30–50 de la série des plagioclases, où « An » représente la proportion du composant anorthite. Mindat la présente aujourd’hui comme une variété de l’albite plutôt que comme une espèce minérale indépendante.
Qu’est-ce que l’andésine?
L’andésine appartient aux feldspaths plagioclases, l’un des groupes de minéraux les plus importants dans les roches de la croûte terrestre. Les plagioclases forment une série de composition allant de l’albite sodique, NaAlSi₃O₈, jusqu’à l’anorthite calcique, CaAl₂Si₂O₈.
Entre ces deux pôles, la proportion de sodium et de calcium varie progressivement. Les noms albite, oligoclase, andésine, labradorite, bytownite et anorthite ont historiquement été utilisés pour diviser cette série en différentes plages de composition.
L’andésine correspond à une composition relativement équilibrée entre sodium et calcium. Elle contient traditionnellement 50 à 70 % de composant albite et 30 à 50 % de composant anorthite. Elle se situe donc directement entre l’oligoclase et la labradorite.
Cette classification est toutefois essentiellement compositionnelle. Une andésine An31 et une andésine An49 peuvent présenter des compositions sensiblement différentes tout en conservant le même nom traditionnel. De la même manière, une pierre proche de la limite An50 peut être extrêmement difficile à distinguer d’une labradorite sans analyse chimique.
Le nom « andésine » fait référence aux Andes d’Amérique du Sud, où ce type de plagioclase est abondant dans certaines laves. La première occurrence enregistrée est associée au district minier de Marmato, en Colombie.
Pourquoi l’andésine peut-elle avoir différentes couleurs?
L’andésine utilisée comme constituant des roches est généralement blanche, grisâtre ou relativement pâle. Les spécimens peuvent cependant être verts, jaunes, rosés ou rouge chair, et certains matériaux transparents présentent des couleurs suffisamment intenses pour être utilisés comme pierres gemmes.
La couleur dépend de la présence d’éléments traces, de défauts dans la structure cristalline et parfois de minuscules particules présentes à l’intérieur du feldspath. Dans les matériaux gemmes rouges et verts les plus étudiés, le cuivre peut jouer un rôle particulièrement important.
La couleur ne constitue cependant pas un moyen fiable d’identifier l’andésine. L’albite, l’oligoclase, la labradorite et plusieurs feldspaths alcalins peuvent présenter des apparences très proches.
Andésine blanche, grise ou jaune
Les couleurs pâles sont les plus communes dans les roches. Une andésine presque pure visuellement peut être blanche ou grise, tandis que certaines compositions naturelles présentent une légère teinte jaune ou verdâtre.
L’apparence peut également être modifiée par des inclusions, de fines altérations ou des intercroissances avec d’autres feldspaths. Dans une roche, ces différences sont rarement suffisantes pour déterminer précisément la composition du plagioclase.
Andésine rouge
L’andésine rouge transparente est la forme qui a attiré le plus d’attention sur le marché des gemmes. Dans certains feldspaths rouges contenant du cuivre, la couleur est associée à l’état et à la distribution du cuivre à l’intérieur du cristal.
Il faut toutefois être particulièrement prudent avec ce matériau. Des recherches menées par le GIA ont montré qu’une quantité importante d’andésine rouge apparue sur le marché au début des années 2000 avait été produite en faisant diffuser artificiellement du cuivre dans des andésines initialement jaune pâle provenant de Mongolie intérieure.
Cela ne signifie pas que toute andésine rouge est nécessairement traitée. Des recherches menées sur du matériel provenant du Tibet ont notamment identifié des échantillons n’ayant pas montré les signes isotopiques d’un chauffage récent, même si l’origine et le traitement des andésines rouges asiatiques ont fait l’objet de longues investigations scientifiques.
Andésine verte
Des zones vertes peuvent également apparaître dans certains feldspaths contenant du cuivre. Des recherches sur des matériaux tibétains ont montré que les variations entre rouge et vert peuvent être associées à différents états et arrangements du cuivre dans le feldspath.
La couleur verte ne constitue cependant pas une caractéristique générale de l’andésine. Une pierre verte présentée comme telle doit être identifiée gemmologiquement, particulièrement lorsqu’elle possède une valeur commerciale importante.
Composition chimique et structure cristalline
L’andésine appartient à la série albite-anorthite. Sa composition se situe entre celle de l’albite :
NaAlSi₃O₈
et celle de l’anorthite :
CaAl₂Si₂O₈
Lorsque le calcium Ca²⁺ remplace progressivement le sodium Na⁺ dans la structure du plagioclase, une partie du silicium Si⁴⁺ est également remplacée par de l’aluminium Al³⁺ afin de maintenir l’équilibre électrique du cristal.
La formule générale de l’andésine peut donc être écrite :
(Na,Ca)[Al(Si,Al)Si₂O₈]
Le domaine traditionnel de l’andésine correspond approximativement à Ab50–70An30–50. Une andésine proche d’An30 est donc beaucoup plus sodique qu’une andésine située près d’An50.
L’andésine appartient au système cristallin triclinique. Comme les autres feldspaths, sa structure repose sur un réseau tridimensionnel de tétraèdres formés principalement de silicium, d’aluminium et d’oxygène.
Des variantes structurales de haute et de basse température sont également reconnues chez les feldspaths de cette composition. L’organisation du réseau peut donc conserver des informations sur l’histoire thermique du cristal.
Propriétés physiques et optiques
L’andésine possède une dureté comprise entre 6 et 6,5 sur l’échelle de Mohs. Elle se situe donc dans la même gamme que la plupart des autres feldspaths et demeure moins dure que le quartz.
Sa densité est généralement comprise entre environ 2,66 et 2,68. Elle est légèrement supérieure à celle des plagioclases plus riches en sodium, comme l’albite, et inférieure à celle des compositions davantage enrichies en calcium.
L’éclat est généralement subvitreux à nacré. Les cristaux peuvent être transparents à translucides et leur trait est blanc.
L’andésine possède un clivage parfait suivant {001} et moins parfait suivant {010}. Sa ténacité est fragile et sa cassure peut être irrégulière à conchoïdale.
Ses indices de réfraction évoluent avec la composition. Les valeurs rapportées se situent approximativement entre 1,543 et 1,563, avec une biréfringence maximale d’environ 0,008 à 0,009.
Les macles sont particulièrement fréquentes. Les lois de l’albite, de la péricline et de Carlsbad sont notamment documentées et peuvent produire des structures répétitives très utiles lors de l’observation pétrographique.
Comment se forme l’andésine?
L’andésine est particulièrement associée aux roches magmatiques présentant une teneur intermédiaire en silice. Elle est également présente dans certaines roches métamorphiques de température relativement élevée.
Sa formation dépend principalement de la composition du magma ou de la roche, de la température et de la quantité relative de sodium et de calcium disponible lors de la cristallisation.
Formation dans les roches magmatiques intermédiaires
L’andésine constitue un plagioclase caractéristique de plusieurs roches magmatiques intermédiaires. Elle est notamment présente dans les andésites, les diorites et certaines syénites.
Pendant la cristallisation d’un magma, la composition des plagioclases peut évoluer progressivement. Les cristaux formés plus tôt peuvent être plus riches en calcium, tandis que les nouvelles zones développées pendant le refroidissement deviennent davantage sodiques.
Un même cristal peut donc présenter un zonage chimique. Son cœur et sa bordure ne possèdent alors pas exactement la même proportion d’albite et d’anorthite.
Ce phénomène explique pourquoi un cristal peut parfois traverser les limites compositionnelles traditionnelles entre labradorite et andésine, ou entre andésine et oligoclase.
Formation dans les andésites
L’andésite est une roche volcanique de composition intermédiaire. Son nom et celui de l’andésine sont tous deux liés aux Andes, mais il ne faut pas considérer automatiquement tout plagioclase présent dans une andésite comme de l’andésine.
La composition exacte du feldspath doit être déterminée. Certaines andésites peuvent contenir des plagioclases plus calciques ou plus sodiques selon leur histoire magmatique.
L’association entre l’andésine et les andésites demeure néanmoins classique et explique en partie le nom donné au feldspath au XIXe siècle.
Formation métamorphique
L’andésine peut également être produite lors du métamorphisme. Elle est caractéristique de certaines roches ayant atteint les conditions du faciès amphibolite ou granulite.
Sous l’effet de températures et de pressions élevées, les minéraux d’une roche préexistante peuvent recristalliser et former de nouveaux assemblages. Lorsque les proportions de sodium et de calcium sont appropriées, le plagioclase résultant peut se situer dans le domaine de l’andésine.
Cette origine métamorphique est particulièrement importante au Québec, où l’andésine est documentée dans plusieurs terrains précambriens profondément métamorphisés.
Où trouve-t-on l’andésine dans le monde?
L’andésine est largement distribuée dans le monde puisqu’elle constitue un plagioclase relativement commun dans les roches magmatiques intermédiaires et dans plusieurs terrains métamorphiques.
Les cristaux libres de grande qualité sont cependant beaucoup moins fréquents que les grains intégrés directement aux roches. Le Handbook of Mineralogy indique que les cristaux isolés sont rares et atteignent typiquement quelques centimètres au maximum.
Colombie et Andes
La Colombie possède une importance historique particulière. L’andésine a été décrite à partir de matériel provenant du district minier de Marmato, dans les Andes colombiennes.
La présence du minéral dans les laves des Andes a directement inspiré son nom. Cette association reflète son caractère typique de nombreuses roches volcaniques de composition intermédiaire.
Europe
Des occurrences classiques sont connues en France, notamment dans le massif de l’Estérel et en Haute-Saône. L’andésine est également documentée en Allemagne, en Italie, en Islande et en Norvège.
Ces occurrences comprennent principalement des feldspaths présents dans des roches magmatiques et métamorphiques plutôt que des gisements exploités spécifiquement pour des pierres gemmes.
Japon
Plusieurs occurrences d’andésine sont documentées au Japon, notamment dans différentes régions volcaniques.
Cette présence est cohérente avec l’abondance des roches volcaniques intermédiaires dans l’archipel japonais. Les plagioclases y constituent des composants fondamentaux de nombreux assemblages magmatiques.
Tibet et Mongolie intérieure
Le Tibet et la Mongolie intérieure sont principalement devenus connus dans l’histoire récente de l’andésine en raison du commerce des feldspaths gemmes rouges et verts.
Le sujet doit toutefois être abordé avec prudence. Des travaux approfondis du GIA ont montré que de nombreuses andésines initialement pâles provenant de Mongolie intérieure avaient été traitées par diffusion du cuivre afin de créer des couleurs rouges ou vertes.
Des occurrences tibétaines ont également été étudiées sur le terrain. Certaines semblent authentiques, mais les recherches ont montré qu’il peut être extrêmement difficile de différencier une couleur naturelle d’une couleur obtenue artificiellement par diffusion du cuivre sans analyses avancées.
L’andésine au Québec
L’andésine est bien documentée au Québec et se rencontre dans plusieurs ensembles géologiques de la province. Elle apparaît principalement comme constituant de roches magmatiques et métamorphiques plutôt que sous forme de cristaux gemmes isolés.
Géologie Québec décrit notamment des plagioclases d’andésine dans la Formation de Mistamiquechamic, dans la Province du Supérieur. Certaines amphibolites contiennent environ 30 à 50 % de cristaux de plagioclase de type andésine, associés notamment à la hornblende et au clinopyroxène.
Sur la Côte-Nord, l’Anorthosite de Lac Allard offre un autre exemple particulièrement intéressant. Dans plusieurs unités, le plagioclase est décrit comme étant presque exclusivement constitué d’andésine antiperthitique. De minuscules cristaux de rutile sont également présents à l’intérieur d’une grande partie de ces feldspaths.
Le Complexe de Béthoulat contient également des plagioclases dont la composition varie de la bytownite jusqu’à l’andésine. Dans les faciès dioritiques, l’andésine peut devenir antiperthitique et présenter une zonation chimique entre un centre plus riche en calcium et une bordure plus sodique.
Dans le Complexe de Pambrun, Géologie Québec décrit des cristaux de plagioclase de composition andésine-labradorite pouvant atteindre jusqu’à environ 30 cm. Ces grands cristaux gris-bleu montrent à quel point les plagioclases peuvent devenir imposants dans certains complexes de la Province de Grenville.
Mindat répertorie également l’andésine dans différentes localités québécoises, notamment à la mine Millenbach en Abitibi-Témiscamingue et dans certaines occurrences de la Côte-Nord.
L’andésine n’est donc pas rare comme minéral constitutif des roches québécoises. Ce qui demeure beaucoup moins commun est une andésine transparente, bien cristallisée et suffisamment esthétique pour présenter un intérêt gemmologique.
À quoi ressemble une andésine naturelle?
Une andésine naturelle est généralement blanche, grise, jaunâtre ou verdâtre lorsqu’elle est observée dans une roche. Les couleurs rouge chair sont également documentées, mais l’apparence exacte dépend fortement des éléments traces et des inclusions.
Les cristaux parfaitement développés sont relativement rares. L’andésine se présente beaucoup plus souvent sous forme massive, granulaire ou clivable intégrée directement à une roche. Les cristaux libres peuvent néanmoins atteindre environ 2 cm dans certaines occurrences classiques.
Les surfaces fraîches présentent un éclat subvitreux, tandis que les plans de clivage peuvent prendre un aspect davantage nacré.
De fines stries parallèles peuvent apparaître sur certaines surfaces en raison des macles polysynthétiques caractéristiques des plagioclases.
Les andésines transparentes de qualité gemme offrent une apparence très différente. Une fois facettées, elles peuvent être jaune pâle, orange, rouge ou parfois verte. Leur éclat demeure toutefois celui d’un feldspath et leur indice de réfraction est nettement inférieur à celui du spinelle, du saphir ou du zircon.
Une andésine rouge extrêmement saturée doit être considérée avec prudence lorsqu’aucune information gemmologique n’est disponible. La couleur seule ne permet pas de déterminer si elle est naturelle ou issue d’un traitement au cuivre.
Comment identifier une andésine?
Il est pratiquement impossible de confirmer une andésine simplement à partir de sa couleur. Les autres plagioclases possèdent une apparence, une dureté et un clivage très similaires.
L’identification commence donc généralement par la reconnaissance d’un feldspath plagioclase, puis par la détermination plus précise de sa composition.
Dureté
L’andésine possède une dureté de 6 à 6,5 sur l’échelle de Mohs.
Cette propriété permet de la distinguer de plusieurs minéraux plus tendres, mais elle ne permet pratiquement pas de la séparer de l’albite, de l’oligoclase, de la labradorite ou de la bytownite.
Le test de dureté possède donc surtout une valeur d’orientation.
Clivage
L’andésine possède un clivage parfait suivant {001} et un autre moins parfait suivant {010}.
Ces surfaces relativement planes sont typiques des feldspaths et peuvent devenir nacrées sous certains angles d’éclairage.
Comme pour la dureté, le clivage permet surtout d’identifier la famille minérale plutôt que la composition exacte du plagioclase.
Macles polysynthétiques
Les macles constituent l’un des caractères les plus utiles pour reconnaître les plagioclases.
L’andésine peut présenter des macles répétées suivant la loi de l’albite ainsi que des macles de la péricline et de Carlsbad. À l’œil nu, elles peuvent produire de fines stries parallèles sur certaines surfaces.
Sous un microscope polarisant, les macles deviennent particulièrement évidentes et apparaissent sous forme de bandes alternantes.
Elles permettent de confirmer efficacement qu’un grain appartient probablement aux plagioclases, mais ne suffisent pas à elles seules à déterminer qu’il s’agit d’andésine.
Indices de réfraction
Les indices de réfraction de l’andésine se situent approximativement entre 1,543 et 1,563 selon la composition et la direction optique mesurée.
Ces valeurs sont légèrement supérieures à celles des plagioclases plus sodiques et évoluent progressivement vers celles des compositions plus calciques.
Pour une pierre gemme transparente, un réfractomètre peut donc fournir des informations utiles, mais une composition proche des frontières avec l’oligoclase ou la labradorite peut demeurer difficile à déterminer uniquement de cette manière.
Analyse chimique
La méthode la plus fiable pour confirmer précisément une andésine consiste à mesurer sa composition chimique.
Une microsonde électronique permet notamment de déterminer les proportions de sodium, de calcium, de potassium, d’aluminium et de silicium. La proportion d’anorthite peut ensuite être calculée directement.
Une composition située entre environ An30 et An50 correspond au domaine traditionnel de l’andésine.
Cette analyse est particulièrement importante près de la frontière entre andésine et labradorite, car deux pierres pratiquement identiques peuvent recevoir des noms différents simplement parce que l’une se situe à An49 et l’autre à An51.
Andésine naturelle, synthétique et traitements
La majorité de l’andésine présente dans les roches et les collections minéralogiques est évidemment naturelle. Les feldspaths peuvent être synthétisés pour la recherche scientifique, mais l’andésine synthétique produite comme imitation commerciale n’occupe pas une place comparable au rubis synthétique ou au saphir synthétique.
La question des traitements est en revanche fondamentale pour les andésines gemmes rouges et vertes.
Diffusion du cuivre
Le principal traitement documenté consiste à chauffer un feldspath en présence de cuivre afin de permettre à celui-ci de pénétrer dans le cristal.
Le GIA confirme que des feldspaths, notamment l’andésine et la labradorite, peuvent subir une diffusion du cuivre capable de modifier complètement leur couleur. Le traitement est considéré comme permanent.
Des expériences modernes ont reproduit ce procédé sur des andésines jaune pâle provenant de Mongolie intérieure. Après traitement à haute température avec un matériau contenant du cuivre, les cristaux peuvent développer différentes couleurs rouges ou verdâtres.
La controverse des andésines rouges
Au début des années 2000, d’importantes quantités de feldspath rouge ont été commercialisées sous le nom d’andésine avec des provenances annoncées notamment en Chine, au Tibet ou en République démocratique du Congo.
Les analyses scientifiques ont progressivement montré qu’une grande partie du matériel étudié avait été chauffée à haute température et enrichie artificiellement en cuivre. Les signatures isotopiques de l’argon, les résidus de surface et les caractéristiques chimiques ont notamment fourni des preuves de traitement sur de nombreux échantillons.
Des travaux ultérieurs sur des échantillons récoltés au Tibet ont rendu la situation plus nuancée. Certains échantillons provenant de zones étudiées sur le terrain ne montraient pas les mêmes signes de chauffage récent, indiquant que du feldspath naturellement coloré pouvait également être présent.
Pour une andésine rouge ou verte de valeur, un rapport provenant d’un laboratoire gemmologique reconnu est donc particulièrement utile. La séparation entre couleur naturelle et diffusion artificielle du cuivre peut nécessiter des méthodes analytiques avancées.
Andésine, oligoclase, labradorite, albite ou bytownite?
L’albite, l’oligoclase, l’andésine, la labradorite et la bytownite appartiennent toutes à la même série de plagioclases. Leur principale différence repose sur la proportion relative de sodium et de calcium.
| Propriété | Andésine | Oligoclase | Labradorite | Albite | Bytownite |
|---|---|---|---|---|---|
| Groupe | Plagioclase | Plagioclase | Plagioclase | Plagioclase | Plagioclase |
| Composant anorthite | Environ 30–50 % | Environ 10–30 % | Environ 50–70 % | Environ 0–10 % | Environ 70–90 % |
| Composant albite | Environ 50–70 % | Environ 70–90 % | Environ 30–50 % | Environ 90–100 % | Environ 10–30 % |
| Système cristallin | Triclinique | Triclinique | Triclinique | Triclinique | Triclinique |
| Dureté | 6–6,5 | 6–6,5 | 6–6,5 | 6–6,5 | 6–6,5 |
| Densité approximative | 2,66–2,68 | 2,63–2,66 | 2,68–2,72 | 2,60–2,65 | 2,72–2,75 |
| Couleur habituelle | Blanche, grise, jaune, verte ou rougeâtre | Blanche, grise, verdâtre | Grise, blanche à sombre | Blanche ou incolore | Blanche, grise |
| Macles polysynthétiques | Fréquentes | Fréquentes | Fréquentes | Fréquentes | Fréquentes |
| Particularité connue | Certaines pierres gemmes rouges | Certaines pierres de soleil | Labradorisation fréquente dans certains matériaux | Pôle sodique | Très riche en calcium |
| Critère principal | An30–50 | An10–30 | An50–70 | An0–10 | An70–90 |
Ces noms constituent des divisions conventionnelles d’une série dont la composition évolue de manière continue. Les propriétés physiques changent elles aussi progressivement plutôt que brutalement au passage d’un domaine à l’autre.
L’andésine se trouve exactement au centre de cette progression traditionnelle. Elle est plus riche en calcium que l’oligoclase, mais moins que la labradorite.
Cette proximité explique pourquoi l’identification visuelle est peu fiable. Même des analyses gemmologiques classiques peuvent laisser une incertitude lorsqu’une pierre possède une composition très proche d’une frontière.
Qualité, rareté et valeur de l’andésine
L’andésine n’est pas rare comme constituant des roches. Elle est présente dans de nombreux terrains magmatiques et métamorphiques à travers le monde.
Les cristaux transparents de qualité gemme sont cependant beaucoup moins communs. Leur valeur dépend principalement de leur couleur, de leur transparence, de leurs inclusions, de leur poids, de leur taille et surtout de la confiance que l’on peut avoir dans l’origine naturelle de leur couleur.
Couleur
Les andésines gemmes jaunes ou légèrement orangées peuvent présenter une apparence attrayante, mais les pierres rouges et vertes sont généralement les plus remarquables visuellement.
Pour les matériaux rouges, la couleur seule ne doit toutefois jamais être assimilée à une plus grande rareté naturelle. La diffusion du cuivre peut produire artificiellement des couleurs particulièrement saturées.
Une couleur spectaculaire accompagnée d’un rapport gemmologique confirmant son origine naturelle possède donc une signification très différente de celle d’une pierre sans documentation.
Transparence et inclusions
Une bonne transparence permet au facettage de produire davantage de brillance. Les pierres très fracturées ou fortement incluses sont généralement moins adaptées à la joaillerie.
Certaines inclusions peuvent toutefois être utiles pour l’identification. Leur nature, leur forme et leur distribution peuvent fournir des informations sur la croissance du cristal ou sur les traitements qu’il a subis.
Taille
Les cristaux bien formés d’andésine sont beaucoup moins communs que les masses et grains présents dans les roches.
Pour une pierre gemme, une taille importante combinée à une bonne transparence et à une couleur attrayante peut donc augmenter l’intérêt du spécimen.
Le poids ne devrait néanmoins jamais être évalué indépendamment de la qualité. Une pierre plus petite, transparente et bien taillée peut être beaucoup plus intéressante qu’une grande andésine terne ou fortement fracturée.
Origine naturelle de la couleur
Pour l’andésine rouge, ce critère possède une importance particulière.
La diffusion du cuivre est extrêmement difficile à détecter avec certitude dans certains cas et peut nécessiter des analyses de laboratoire sophistiquées. Le GIA indique d’ailleurs que la détection de certains traitements de diffusion dans les feldspaths peut être particulièrement complexe.
Une provenance annoncée ne devrait donc pas être considérée comme une preuve suffisante. Pour une pierre importante, la documentation gemmologique constitue une partie essentielle de son évaluation.
Utilisation en joaillerie et entretien
L’andésine transparente peut être taillée à facettes et utilisée dans des bagues, pendentifs, boucles d’oreilles et autres bijoux. Les couleurs jaune, orange, rouge et verte offrent une apparence inhabituelle comparativement aux feldspaths blancs ou gris présents dans les roches.
Sa dureté de 6 à 6,5 demeure toutefois modérée. Elle peut être rayée plus facilement qu’un quartz, un spinelle ou un saphir.
Le principal point faible de l’andésine est son clivage. Comme les autres feldspaths, elle possède deux directions de clivage qui peuvent favoriser une fracture lorsqu’un choc frappe la pierre selon une orientation défavorable.
Pour cette raison, les pendentifs et les boucles d’oreilles sont généralement mieux protégés que les bagues portées quotidiennement. Une bague en andésine devrait idéalement utiliser une monture qui protège les bordures de la pierre.
Pour le nettoyage, de l’eau tiède avec un savon doux constitue la méthode la plus prudente. Le GIA recommande cette méthode pour les feldspaths gemmes et conseille d’éviter les nettoyeurs à vapeur et à ultrasons en raison de leur clivage et de leur sensibilité aux dommages.
Une forte chaleur doit également être évitée. Cette précaution est particulièrement importante lors des réparations d’un bijou, puisque certains feldspaths ont déjà subi des traitements thermiques ou de diffusion dont l’historique n’est pas toujours connu.
Au-delà de son utilisation comme pierre gemme, l’andésine possède surtout une grande importance en pétrologie. Sa position au centre de la série des plagioclases permet aux géologues d’étudier la composition, les conditions de cristallisation et l’évolution thermique des roches magmatiques et métamorphiques.