Analcime naturelle sur fond noir.

Analcime : le guide de référence

L’analcime est un aluminosilicate hydraté de sodium appartenant au groupe des zéolites. Elle est surtout reconnaissable à ses cristaux blancs ou incolores en forme de trapézoèdres, dont la géométrie peut rappeler celle de certains grenats. Sa formule idéale est NaAlSi₂O₆·H₂O, même si sa composition naturelle peut varier légèrement en fonction de la quantité de sodium et du rapport entre le silicium et l’aluminium.

L’analcime se développe dans plusieurs environnements géologiques. Elle est fréquente dans les cavités de basaltes et de phonolites, peut apparaître pendant les dernières phases hydrothermales de roches magmatiques alcalines et se former également lors de l’altération de matériaux volcaniques dans certains bassins sédimentaires. Elle possède donc une origine plus diversifiée que plusieurs autres zéolites essentiellement associées aux cavités volcaniques.

Décrite à partir de matériel provenant des îles Cyclopes, près d’Aci Trezza en Sicile, elle a reçu son nom de René Just Haüy en 1797. Le terme vient du grec analkimos, signifiant approximativement « faible » ou « sans force », en référence à la faible charge électrostatique produite lorsque le cristal est chauffé ou frotté.


L’analcime en bref

Propriété Donnée
Nom Analcime
Formule chimique idéale NaAlSi₂O₆·H₂O
Classe minérale Silicates
Sous-classe Tectosilicates
Groupe Zéolites
Série Série analcime-pollucite; relations également avec la wairakite
Symétrie Souvent décrite comme cubique ou pseudocubique; symétries plus basses possibles
Habitus caractéristique Trapézoèdres, cristaux pseudo-cubiques, masses granulaires
Couleurs Incolore, blanc, gris, rose, jaune, verdâtre
Dureté 5 à 5,5 sur l’échelle de Mohs
Densité Environ 2,24 à 2,29
Indice de réfraction Environ 1,479 à 1,493
Biréfringence Nulle à très faible; anisotropie anormale possible
Caractère optique Souvent presque isotrope, parfois biaxe anormal
Éclat Vitreux à subvitreux
Transparence Transparente à translucide
Clivage Très faible
Cassure Subconchoïdale
Ténacité Fragile
Trait Blanc
Localité type Îles Cyclopes, Sicile, Italie
Environnement typique Basaltes, phonolites, roches alcalines, altération hydrothermale et certains sédiments
Présence au Québec Oui, très bien documentée
Localité québécoise remarquable Mont Saint-Hilaire
Utilisation Collection minéralogique, recherche et applications des zéolites

L’analcime possède une dureté de 5 à 5,5, une densité généralement comprise entre 2,24 et 2,29 et des indices de réfraction autour de 1,48 à 1,49. Malgré son apparence extérieure presque parfaitement cubique, sa structure réelle peut présenter des symétries plus faibles selon le degré d’organisation du silicium et de l’aluminium.


Qu’est-ce que l’analcime?

L’analcime est une zéolite sodique hydratée, c’est-à-dire un minéral construit à partir d’une charpente tridimensionnelle de silicium, d’aluminium et d’oxygène contenant du sodium et des molécules d’eau.

Sa formule idéale est :

NaAlSi₂O₆·H₂O

À l’échelle d’une maille cristalline complète, cette composition peut également être représentée sous la forme :

Na₁₆Al₁₆Si₃₂O₉₆·16H₂O

La composition des cristaux naturels peut cependant s’écarter légèrement de cette valeur idéale. Le nombre d’atomes de sodium et le rapport entre silicium et aluminium peuvent notamment varier.

L’analcime appartient au groupe des zéolites, mais sa structure est relativement compacte comparativement à plusieurs autres membres du groupe. Ses canaux microscopiques sont particulièrement étroits, ce qui explique certaines différences dans ses propriétés d’adsorption.

Elle appartient également à une série avec la pollucite, une zéolite riche en césium. Dans l’analcime, le sodium domine, tandis que le césium devient l’élément caractéristique de la pollucite.

L’analcime possède également des relations structurales et chimiques avec la wairakite, un membre plus riche en calcium.

Pourquoi l’analcime ressemble-t-elle parfois à un grenat?

Les cristaux d’analcime prennent très fréquemment la forme d’un trapézoèdre, une forme cristalline également courante chez certains grenats.

Un cristal blanc d’analcime peut ainsi être confondu visuellement avec un grenat grossulaire blanc ou très pâle lorsqu’on se fie uniquement à la géométrie.

Les propriétés physiques permettent toutefois de les distinguer facilement : l’analcime est nettement plus tendre, plus légère et possède un indice de réfraction beaucoup plus faible.


Pourquoi l’analcime est-elle blanche, rose, jaune ou verte?

Une analcime chimiquement très pure est généralement incolore.

Les cristaux transparents peuvent sembler presque parfaitement dépourvus de couleur, particulièrement lorsqu’ils sont de petite taille.

Les grandes analcimes deviennent souvent blanches ou grisâtres, tandis que des couleurs jaunes, roses ou verdâtres sont également documentées.

Analcime blanche

Le blanc constitue probablement l’apparence la plus fréquente.

Cette couleur ne signifie pas nécessairement que le minéral contient un élément blanc particulier. Elle résulte souvent de la diffusion de la lumière à travers :

des fractures internes;

des inclusions;

des zones de croissance;

et de nombreuses petites imperfections microscopiques.

Un gros cristal peut ainsi être opaque ou blanc au centre alors que ses bords restent translucides.

Au mont Saint-Hilaire, les petits cristaux peuvent être parfaitement transparents et incolores, tandis que les grands cristaux deviennent fréquemment blancs à gris.

Analcime rose

Des analcimes roses sont connues dans plusieurs localités mondiales.

Certaines localités italiennes ont notamment fourni de grands trapézoèdres crème à rose.

La couleur est généralement attribuable à de faibles concentrations d’impuretés ou d’inclusions microscopiques, mais sa cause exacte peut varier selon la provenance.

Analcime jaune et orangée

Des teintes jaune pâle, crème et parfois orange sont également documentées.

À Montréal, par exemple, les occurrences d’analcime répertoriées comprennent des spécimens incolores, blancs, jaunes, verts, bruns et orange rougeâtre.

Ces couleurs peuvent provenir de petites quantités d’éléments étrangers ou de matériaux inclus pendant la croissance du cristal.

Analcime verdâtre

Le vert est moins fréquent mais fait partie des couleurs naturelles reconnues de l’espèce.

Une coloration verdâtre peut notamment apparaître lorsque des impuretés ou de minuscules inclusions modifient légèrement la lumière transmise par le cristal.

La couleur seule ne constitue donc jamais une méthode fiable pour identifier une analcime.


Composition chimique et structure cristalline

La formule idéale de l’analcime est :

NaAlSi₂O₆·H₂O

Sa structure est constituée d’un réseau tridimensionnel de tétraèdres SiO₄ et AlO₄ partageant leurs sommets.

Lorsque de l’aluminium Al³⁺ remplace du silicium Si⁴⁺ dans la charpente, une charge négative apparaît. Celle-ci est compensée par des ions sodium Na⁺ placés dans les cavités du réseau.

Les molécules d’eau occupent elles aussi certains espaces de cette structure.

Une structure de type ANA

La structure de l’analcime donne son nom à la topologie zéolitique ANA.

La charpente contient notamment des anneaux formés de quatre, six et huit tétraèdres et produit plusieurs systèmes de canaux internes.

Ces cavités sont plus étroites que celles de nombreuses autres zéolites.

Cette caractéristique explique pourquoi l’analcime possède une structure relativement compacte malgré la présence d’eau et de sodium dans ses canaux.

L’analcime est-elle vraiment cubique?

La réponse est plus complexe qu’elle en a l’air.

Pendant longtemps, l’analcime a été décrite simplement comme un minéral cubique.

Sa forme extérieure est d’ailleurs très souvent parfaitement pseudocubique et ses trapézoèdres possèdent une apparence hautement symétrique.

Des études cristallographiques ont toutefois montré que l’organisation du silicium et de l’aluminium peut réduire légèrement la symétrie interne.

Selon les spécimens, des structures :

cubiques;

tétragonales;

orthorhombiques;

monocliniques;

ou encore plus légèrement déformées

ont été décrites.

Ces différences sont suffisamment faibles pour que le cristal conserve extérieurement une apparence presque parfaitement cubique.

C’est pourquoi il est souvent plus juste de parler d’une structure idéale cubique ou d’un habitus pseudocubique, avec des réductions de symétrie possibles dans les cristaux naturels.


Propriétés physiques et optiques

L’analcime possède une dureté comprise entre 5 et 5,5 sur l’échelle de Mohs.

Elle est donc plus dure que plusieurs zéolites comme la stilbite ou l’heulandite, mais plus tendre que le quartz.

Sa densité se situe généralement entre 2,24 et 2,29.

Éclat

Les surfaces naturelles fraîches possèdent généralement un éclat vitreux.

Certains spécimens massifs ou altérés peuvent paraître davantage subvitreux ou ternes.

Les petits cristaux parfaitement transparents peuvent produire une brillance relativement importante malgré leur faible indice de réfraction.

Clivage et cassure

L’analcime ne possède pas de clivage parfaitement développé.

Le clivage selon {100} est généralement considéré comme très faible.

Lorsqu’elle casse sans suivre un plan de clivage, la fracture est souvent subconchoïdale, c’est-à-dire légèrement courbe et rappelant partiellement la cassure du verre.

Indice de réfraction

L’indice de réfraction est généralement compris entre :

1,479 et 1,493

Cette valeur est relativement faible comparativement à de nombreux minéraux gemmes.

Isotrope ou biréfringente?

Une analcime parfaitement cubique serait normalement isotrope et ne présenterait aucune biréfringence.

Dans la réalité, de nombreux cristaux possèdent cependant une symétrie légèrement inférieure.

Ils peuvent donc montrer une faible anisotropie anormale ou apparaître biaxes au microscope polarisant.

Cette caractéristique constitue un excellent exemple de la différence pouvant exister entre la forme macroscopique d’un cristal et sa structure interne réelle.

Propriétés électriques

L’analcime peut développer une faible charge électrique lorsqu’elle est frottée ou chauffée.

Cette réaction est cependant relativement faible, ce qui explique justement l’origine de son nom.


Comment se forme l’analcime?

L’analcime peut se former par plusieurs processus géologiques différents.

Cette diversité la distingue de plusieurs autres zéolites principalement associées aux cavités de basaltes.

Elle peut notamment apparaître :

dans les vacuoles de roches volcaniques;

pendant les dernières phases hydrothermales d’un magma;

par altération de feldspathoïdes ou de verre volcanique;

dans certains bassins lacustres alcalins;

et comme minéral authigène dans des roches sédimentaires.

Formation dans les basaltes et les phonolites

L’un des environnements classiques est constitué par les roches volcaniques pauvres en silice, notamment les basaltes et les phonolites.

Des bulles de gaz emprisonnées dans la lave peuvent laisser des cavités après son refroidissement.

Des fluides riches en sodium, silicium et aluminium circulent ensuite dans la roche.

Lorsque les conditions chimiques deviennent favorables, l’analcime peut cristalliser à l’intérieur des cavités.

Elle peut alors être associée à d’autres zéolites ainsi qu’à de la calcite ou différents silicates secondaires.

Formation hydrothermale

L’analcime peut également apparaître pendant les dernières étapes d’un système magmatique.

Lorsque le magma est presque entièrement cristallisé, des fluides riches en eau, sodium et différents éléments peuvent circuler dans les fractures et les cavités.

Ces fluides modifient les minéraux déjà présents et peuvent déposer de l’analcime.

Ce mécanisme est particulièrement important dans les roches magmatiques alcalines.

Altération de la néphéline et d’autres feldspathoïdes

Dans certaines roches riches en sodium, l’analcime peut remplacer des minéraux préexistants.

La néphéline, certains feldspaths ou d’autres feldspathoïdes peuvent être partiellement dissous puis remplacés par de l’analcime pendant une phase hydrothermale.

Cette origine est particulièrement pertinente dans certains complexes alcalins comme celui du mont Saint-Hilaire.

Formation sédimentaire

L’analcime peut également être authigène, c’est-à-dire se former directement à l’intérieur d’un sédiment après son dépôt.

Dans certains bassins lacustres alcalins, des matériaux volcaniques comme les cendres et le verre réagissent avec une eau riche en sodium.

De nouvelles zéolites peuvent alors cristalliser, dont l’analcime.

Elle peut également apparaître dans certains grès et siltstones pendant la diagenèse.


Où trouve-t-on l’analcime dans le monde?

L’analcime possède de nombreuses occurrences à travers le monde.

Ses localités se trouvent aussi bien dans des terrains volcaniques que dans des complexes alcalins et certains bassins sédimentaires.

Italie

Les îles Cyclopes, au large d’Aci Trezza en Sicile, constituent la localité type.

C’est à partir de matériel provenant de cette région volcanique que l’espèce a été décrite à la fin du XVIIIe siècle.

Les cristaux y apparaissent dans les cavités de basaltes volcaniques.

L’île Lachea et le Faraglione Grande possèdent notamment des occurrences documentées.

L’Italie possède également des localités remarquables dans le Tyrol du Sud, où de grands trapézoèdres crème à rose ont été découverts dans des cavités basaltiques.

Russie

La Russie possède plusieurs occurrences importantes.

Certaines localités sibériennes sont célèbres pour des cristaux d’analcime exceptionnellement volumineux.

Les complexes alcalins russes peuvent également contenir de l’analcime dans des environnements liés aux dernières phases hydrothermales de roches riches en sodium.

Norvège

La région du Langesundsfjord, en Norvège, est connue pour ses roches alcalines et sa grande diversité minéralogique.

De l’analcime y apparaît avec différents feldspathoïdes et minéraux associés aux pegmatites alcalines.

Le matériel norvégien a également servi à plusieurs études cristallographiques de l’espèce.

Inde

L’Inde possède de nombreuses occurrences d’analcime, notamment dans les terrains volcaniques du Maharashtra.

Les grandes coulées basaltiques des Trapps du Deccan contiennent de nombreuses cavités minéralisées où peuvent se développer des zéolites.

Des cristaux d’analcime sont notamment documentés dans la région de Pune.

États-Unis

L’analcime est connue dans plusieurs États américains.

Elle apparaît dans des roches volcaniques, des systèmes hydrothermaux ainsi que dans certains dépôts sédimentaires transformés par des eaux alcalines.

Certaines occurrences occidentales ont également joué un rôle important dans l’étude de la formation sédimentaire des zéolites.

Canada

Le Canada possède plusieurs localités, mais le Québec occupe une place particulièrement importante grâce aux spectaculaires cristaux provenant du mont Saint-Hilaire.

Cette localité a produit certains des cristaux d’analcime les plus grands et les plus remarquables connus pour l’espèce.


L’analcime au Québec

L’analcime est très bien représentée au Québec, particulièrement dans les complexes alcalins de la Montérégie et de Montréal.

Les occurrences documentées comprennent notamment le mont Saint-Hilaire, le mont Saint-Bruno, le sill de Saint-Amable, le mont Yamaska, plusieurs carrières montréalaises et certaines localités des Laurentides.

Mont Saint-Hilaire

Le mont Saint-Hilaire constitue sans doute l’occurrence québécoise la plus importante.

L’analcime y est décrite comme très abondante et apparaît dans plusieurs environnements minéralogiques différents de la carrière Poudrette.

Les petits cristaux peuvent être :

parfaitement incolores;

transparents;

et fortement vitreux.

Les plus grands deviennent généralement blancs ou gris et davantage translucides à opaques.

Le mont Saint-Hilaire a produit des trapézoèdres atteignant environ 25 cm, ce qui place la localité parmi les sources de certains des plus grands cristaux connus pour cette espèce.

Des cristaux autour de 15 cm de diamètre sont bien documentés, souvent associés à d’autres minéraux remarquables comme l’aegyrine et la sérandite.

Pseudomorphoses du mont Saint-Hilaire

L’analcime du mont Saint-Hilaire est également connue pour ses pseudomorphoses.

Dans ce type de spécimen, l’analcime remplace progressivement un autre minéral tout en conservant sa forme extérieure.

Des pseudomorphoses atteignant environ 25 cm et attribuées à des remplacements de cancrinite ou possiblement de burbankite sont documentées.

Ce phénomène produit des spécimens dont la forme extérieure peut sembler incompatible avec la morphologie normale d’une analcime.

De gigantesques poches minéralisées

Certaines poches zonées contenant de l’analcime au mont Saint-Hilaire ont atteint environ 1,3 × 2,6 mètres.

Ces dimensions montrent à quel point les dernières étapes hydrothermales du complexe alcalin ont pu produire des environnements favorables à la croissance de grands cristaux.

Montréal

L’analcime est aussi bien documentée à Montréal, où Mindat répertorie l’espèce dans au moins sept localités.

Les spécimens montréalais peuvent être :

incolores;

blancs;

jaunes;

verts;

bruns;

ou orange rougeâtre.

Les cristaux peuvent former des trapézoèdres ou de petites formes pseudo-cubiques.

Carrière Francon

La célèbre carrière Francon a produit de l’analcime parmi une minéralogie extrêmement diversifiée.

L’espèce y est documentée avec de nombreux carbonates, silicates, zéolites et minéraux rares caractéristiques des intrusions alcalines de la région montréalaise.

Carrière Miron

L’ancienne carrière Miron constitue une autre occurrence classique.

La présence d’analcime y est documentée dans les travaux de la Commission géologique du Canada consacrés aux minéraux de la région de Montréal.

Mont Royal

Plusieurs anciennes occurrences sont connues au mont Royal, notamment :

le tunnel du Canadien National;

l’ancienne carrière Corporation ou Forsyth;

et le réservoir McTavish.

Ces occurrences historiques témoignent de l’abondance de l’analcime dans certains environnements alcalins montréalais.

Montréal-Est

L’analcime est aussi documentée à la carrière Lafarge Montréal-Est, anciennement connue sous différents noms liés à Canada Cement et Francon Montréal-Est.

Mont Saint-Bruno et Varennes

En Montérégie, des occurrences sont également connues au mont Saint-Bruno, notamment dans les carrières Dulude et Goyer.

Le sill de Saint-Amable et la carrière Demix-Varennes possèdent eux aussi de l’analcime documentée.

Mont Yamaska

Le mont Yamaska représente une autre occurrence montérégienne liée aux intrusions alcalines de la province.

La présence d’analcime y est documentée dans les études consacrées aux minéraux de la région.

L’analcime constitue donc une espèce particulièrement représentative de certains complexes alcalins québécois. Le mont Saint-Hilaire demeure toutefois exceptionnel à l’échelle internationale par la taille et la qualité de ses cristaux.


À quoi ressemble une analcime naturelle?

L’apparence la plus caractéristique d’une analcime naturelle est celle d’un cristal trapézoédrique.

Cette géométrie possède de nombreuses faces symétriquement réparties autour du cristal et donne parfois l’impression d’un objet artificiellement taillé.

Cristaux trapézoédriques

Les trapézoèdres constituent l’habitus classique.

Le cristal ressemble souvent à une sphère géométrique constituée de nombreuses faces planes.

Cette forme est parfois appelée icositétraèdre trapézoïdal, car elle comporte 24 faces.

Les mêmes formes peuvent être rencontrées chez certains grenats, ce qui explique une confusion visuelle possible.

Cristaux pseudo-cubiques

Certains cristaux développent aussi des faces cubiques.

Ils peuvent alors présenter une combinaison entre le cube et le trapézoèdre.

Des spécimens du mont Saint-Hilaire montrent très clairement cette combinaison géométrique.

Petites analcimes transparentes

Les petits cristaux sont souvent :

incolores;

très transparents;

et fortement vitreux.

À cette taille, ils peuvent ressembler à de petites gemmes.

Leur dureté modérée et leur faible indice de réfraction limitent cependant leur intérêt en joaillerie.

Grandes analcimes

Les grands cristaux deviennent souvent :

blancs;

grisâtres;

translucides;

ou pratiquement opaques.

Ils peuvent également montrer des zones concentriques internes correspondant à différentes étapes de croissance.

Analcime massive

L’analcime peut aussi apparaître sous forme :

granulaire;

compacte;

massive;

ou dispersée à l’intérieur d’une roche.

Dans ces cas, sa célèbre forme trapézoédrique disparaît et l’identification devient beaucoup plus difficile sans analyse instrumentale.


Comment identifier une analcime?

L’analcime possède un habitus caractéristique, mais plusieurs minéraux peuvent produire des formes pseudo-cubiques similaires.

Une identification fiable repose donc sur plusieurs propriétés combinées.

Forme cristalline

Le trapézoèdre constitue le meilleur indice lorsque le cristal est bien développé.

La combinaison fréquente entre faces trapézoédriques et cubiques peut également être caractéristique.

Cette forme n’est toutefois pas unique à l’analcime.

Certains grenats, la leucite et la pollucite peuvent produire une géométrie comparable.

Dureté

L’analcime possède une dureté de 5 à 5,5.

Elle est ainsi :

plus dure que la stilbite ou l’heulandite;

similaire à plusieurs feldspathoïdes;

mais nettement plus tendre que le quartz ou le grenat.

Un test de rayure n’est pas recommandé sur un beau cristal de collection.

Densité

Sa densité de 2,24 à 2,29 est relativement faible.

Cette propriété constitue notamment un excellent moyen de la distinguer de la pollucite, beaucoup plus lourde en raison de sa teneur en césium.

Indice de réfraction

L’analcime possède un indice de réfraction généralement compris entre 1,479 et 1,493.

Cette valeur relativement basse permet de la distinguer de nombreux minéraux transparents plus réfringents.

Comportement optique

Un cristal peut apparaître presque isotrope au polariscope.

Certains spécimens montrent toutefois une faible anisotropie ou une structure biaxe anormale en raison de la diminution de symétrie interne.

Cette particularité peut fournir un indice supplémentaire mais demande une interprétation prudente.

Diffraction des rayons X

La diffraction des rayons X permet d’identifier directement la structure de type ANA.

Elle constitue l’une des méthodes les plus fiables lorsque le minéral est massif, finement cristallisé ou dépourvu d’une morphologie caractéristique.

Analyse chimique

Une analyse élémentaire permet notamment de confirmer la forte présence de :

sodium;

aluminium;

et silicium.

Elle devient particulièrement utile pour séparer l’analcime de la pollucite, riche en césium, ou de la wairakite, davantage calcique.


Analcime naturelle, synthétique et traitements

L’analcime vendue comme spécimen minéralogique est normalement naturelle.

Il existe cependant de l’analcime synthétique, notamment en raison de l’intérêt scientifique et industriel porté aux zéolites.

Analcime synthétique

L’analcime peut être produite par synthèse hydrothermale.

Des expériences ont notamment permis de fabriquer de l’analcime à partir de stilbite calcinée, d’hydroxyde d’aluminium et d’hydroxyde de sodium. Les cristaux obtenus ont été identifiés par diffraction des rayons X et spectroscopie infrarouge.

Des travaux plus récents ont également produit de l’analcime sans gabarit organique à partir de sources artificielles de silice et d’aluminium.

La synthèse peut aussi utiliser des matériaux relativement courants comme :

le kaolin;

les cendres;

certains verres;

la perlite;

ou différents déchets riches en silice et aluminium.

Ces analcimes synthétiques sont principalement destinées à la recherche et aux applications technologiques.

Il n’existe pas de marché important de fausses analcimes de collection produites afin d’imiter de grands trapézoèdres naturels.

Traitements

L’analcime n’est pas une pierre connue pour subir couramment :

un chauffage destiné à améliorer sa couleur;

une irradiation commerciale;

un remplissage de fractures;

ou une diffusion chimique.

L’intérêt des cristaux repose principalement sur leur forme naturelle, leur taille et leur provenance.

Effet de la chaleur

Comme l’analcime contient de l’eau dans sa structure, un chauffage important peut entraîner une déshydratation.

Des études cristallographiques ont directement suivi les changements structuraux produits par la perte d’eau.

La chaleur ne doit donc pas être considérée comme un moyen normal d’améliorer un spécimen, mais comme un risque potentiel d’altération.


Analcime, leucite, chabazite, pollucite ou sodalite?

L’analcime peut être confondue avec plusieurs minéraux blancs ou incolores, particulièrement lorsque ceux-ci possèdent une forme pseudo-cubique.

Propriété Analcime Leucite Chabazite Pollucite Sodalite
Composition principale NaAlSi₂O₆·H₂O KAlSi₂O₆ Aluminosilicate hydraté de Ca/Na/K CsAlSi₂O₆·nH₂O Na₈Al₆Si₆O₂₄Cl₂
Groupe principal Zéolites Feldspathoïdes Zéolites Zéolites Groupe de la sodalite
Système / symétrie Pseudocubique, symétrie variable Tétragonal pseudocubique Trigonal à symétrie abaissée Cubique Cubique
Dureté Mohs 5–5,5 5,5–6 4–5 6,5–7 5,5–6
Densité approximative 2,24–2,29 2,45–2,50 Env. 2,0–2,2 2,68–3,03 2,27–2,33
Indice de réfraction 1,479–1,493 Env. 1,508–1,509 Env. 1,47–1,50 Env. 1,51–1,53 Env. 1,48–1,49
Habitus typique Trapézoèdres Pseudocubes et icositétraèdres Rhomboèdres pseudo-cubiques Cubes ou trapézoèdres rares Dodécaèdres, masses
Hydratée Oui Non Oui Oui Non
Distinction importante Faible densité et forme trapézoédrique Potassique et plus dense Plus tendre Beaucoup plus dense et plus dure Contient du chlore

La leucite peut ressembler fortement à une analcime puisque les deux minéraux produisent des cristaux pseudocubiques et possèdent des compositions de base chimiquement apparentées.

La leucite est toutefois un feldspathoïde riche en potassium, non une zéolite hydratée. Elle est également légèrement plus dure et plus dense.

La chabazite forme surtout des rhomboèdres pseudo-cubiques. Sa dureté généralement plus faible et ses caractéristiques cristallographiques permettent de la distinguer d’une analcime.

La pollucite représente une comparaison chimiquement très intéressante puisqu’elle forme une série avec l’analcime. Elle contient cependant beaucoup de césium et possède par conséquent une densité nettement supérieure, généralement autour de 2,7 à 3,0. Sa dureté atteint également environ 6,5 à 7.

La sodalite peut posséder une densité et un indice de réfraction très proches de ceux de l’analcime. Elle est toutefois anhydre dans sa formule idéale, contient du chlore et forme plus typiquement des dodécaèdres ou des masses compactes.


Qualité, rareté et valeur de l’analcime

L’analcime n’est pas considérée comme une espèce minérale particulièrement rare.

Les grands cristaux parfaitement développés, transparents et associés à une matrice esthétique sont cependant beaucoup moins communs.

Il n’existe aucun système universel ou officiel de classement en grades A, AA ou AAA pour l’analcime.

Sa valeur dépend principalement de plusieurs critères minéralogiques.

Forme cristalline

Un trapézoèdre parfaitement développé constitue généralement la forme la plus recherchée.

Les faces doivent idéalement être :

nettes;

bien formées;

brillantes;

et exemptes de cassures importantes.

Les cristaux combinant plusieurs formes cristallographiques peuvent également être particulièrement intéressants.

Taille

La taille peut devenir un facteur important.

Des cristaux de quelques millimètres sont relativement courants dans certaines localités, tandis que des trapézoèdres de plusieurs centimètres deviennent beaucoup plus impressionnants.

Le mont Saint-Hilaire a produit des cristaux atteignant environ 25 cm, ce qui est exceptionnel pour l’espèce.

Transparence

Les cristaux totalement transparents possèdent généralement davantage d’impact visuel.

Les grands spécimens parfaitement limpides restent toutefois inhabituels.

Une légère opacité n’est pas nécessairement négative lorsque le cristal possède une excellente géométrie ou une provenance importante.

Couleur

Les analcimes blanches et incolores constituent la majorité des spécimens.

Les couleurs roses, jaunes ou vertes peuvent apporter davantage d’originalité.

La couleur ne remplace toutefois pas la qualité cristalline.

Un cristal incolore parfaitement formé peut être nettement plus intéressant qu’un spécimen coloré mais endommagé.

Associations minérales

Les associations naturelles jouent un rôle particulièrement important.

Au mont Saint-Hilaire, par exemple, une analcime associée à :

de l’aegyrine;

de la sérandite;

de la burbankite;

de la donnayite-(Y);

ou d’autres espèces rares

peut posséder un intérêt beaucoup plus important qu’un simple cristal isolé.

Provenance

La provenance peut fortement influencer l’intérêt pour un collectionneur.

Les îles Cyclopes ont une importance historique en tant que localité type.

Le mont Saint-Hilaire possède quant à lui une réputation internationale pour la taille et la qualité exceptionnelle de ses analcimes.

Un spécimen bien documenté provenant d’une ancienne carrière de Montréal peut également posséder un intérêt historique et régional important.


Utilisation en joaillerie et entretien

L’analcime est principalement un minéral de collection plutôt qu’une pierre utilisée couramment en joaillerie.

Sa dureté de 5 à 5,5 lui donne une résistance modérée aux rayures, mais reste insuffisante pour supporter confortablement un usage quotidien comparable à celui du quartz, du spinelle ou du saphir.

Elle est également fragile.

Peut-on facetter l’analcime?

Un cristal transparent suffisamment propre pourrait théoriquement être facetté.

L’indice de réfraction relativement faible limite cependant la brillance finale, et les cristaux transparents parfaitement exploitables sont beaucoup plus intéressants pour les collectionneurs lorsqu’ils conservent leur forme naturelle.

La taille gemmologique de l’analcime demeure donc exceptionnelle.

Bijoux

Une analcime transparente pourrait être utilisée dans un pendentif ou une pièce de collection montée.

Une bague serait beaucoup moins adaptée en raison des risques de :

rayures;

chocs;

et ébréchures.

La valeur minéralogique d’un beau trapézoèdre naturel est souvent supérieure à l’intérêt qu’aurait sa transformation en gemme facettée.

Nettoyage

La méthode la plus prudente consiste à utiliser :

de l’eau légèrement tiède;

un savon doux;

et une brosse très souple.

Les cristaux doivent être manipulés par leur matrice plutôt que directement par les faces lorsque cela est possible.

Éviter la chaleur

Les nettoyeurs à vapeur sont déconseillés.

L’analcime contient de l’eau dans sa structure cristalline et une température élevée peut entraîner sa déshydratation et modifier son organisation interne.

Ultrasons

Les ultrasons sont également à éviter pour les spécimens présentant :

des fractures;

des inclusions;

des cristaux accolés;

ou des associations minérales fragiles.

Les vibrations peuvent accentuer une fissure ou détacher un cristal de sa matrice.

Conservation

L’analcime devrait être conservée séparément des minéraux plus durs.

Le quartz, le feldspath, le béryl, le spinelle et le corindon peuvent tous rayer sa surface.

Les grands cristaux trapézoédriques doivent aussi être protégés des chocs directs sur leurs arêtes.

L’analcime demeure ainsi une zéolite particulièrement reconnaissable par ses cristaux trapézoédriques pseudocubiques. Sa composition riche en sodium, sa structure complexe dont la symétrie peut varier et la diversité de ses environnements de formation la distinguent des nombreuses zéolites fibreuses. Au Québec, elle possède une importance exceptionnelle : les gigantesques cristaux du mont Saint-Hilaire comptent parmi les spécimens les plus remarquables connus pour cette espèce, tandis que de nombreuses occurrences montréalaises et montérégiennes témoignent de son lien étroit avec les complexes alcalins de la province.

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